Bulletin mensuel BCE (janvier 2014)

lundi 27 janvier 2014

Éditorial
Au terme de son examen régulier de la situation économique et monétaire, le Conseil des gouverneurs a décidé, lors de sa réunion du 9 janvier 2014, de laisser inchangés les taux d’intérêt directeurs de la BCE. Les informations et les analyses disponibles ont une nouvelle fois confirmé la précédente évaluation du Conseil des gouverneurs. Les tensions sous‑jacentes sur les prix dans la zone euro devraient rester contenues à moyen terme. Corroborant ce scénario, les évolutions monétaires et du crédit demeurent atones. Dans le même temps, les anticipations d’inflation à moyen et à long terme pour la zone euro sont solidement ancrées à un niveau compatible avec l’objectif du Conseil des gouverneurs de maintenir l’inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 %. Cette configuration continue d’indiquer que l’économie de la zone euro pourrait traverser une période prolongée de faible inflation, suivie d’une remontée graduelle vers des taux d’inflation inférieurs à, mais proches de 2 %. Dans ce contexte, le Conseil des gouverneurs tient résolument à souligner qu’il maintiendra une orientation accommodante de la politique monétaire aussi longtemps que nécessaire, ce qui soutiendra la reprise progressive de l’économie dans la zone euro. En conséquence, le Conseil des gouverneurs réitère fermement ses indications sur la trajectoire future des taux directeurs de la BCE et continue de prévoir que ces taux resteront à leurs niveaux actuels ou à des niveaux plus bas sur une période prolongée. Comme indiqué précédemment, cette anticipation est fondée sur le maintien à moyen terme de perspectives d’inflation globalement modérées, compte tenu de la faiblesse généralisée de l’économie et de l’atonie des évolutions monétaires.
En ce qui concerne les conditions du marché monétaire et leurs implications éventuelles pour l’orientation de la politique monétaire, le Conseil des gouverneurs suit attentivement leurs évolutions et est prêt à examiner tous les instruments disponibles. Le Conseil des gouverneurs reste déterminé à conserver l’orientation largement accommodante et à prendre, si nécessaire, de nouvelles mesures décisives.
S’agissant de l’analyse économique, le PIB en volume de la zone euro a augmenté, en glissement trimestriel, de 0,1 % au troisième trimestre, après une hausse de 0,3 % au deuxième trimestre 2013.
Tandis que les évolutions des données relatives à la production industrielle en octobre vont dans le sens d’un début de quatrième trimestre assez faible, les indicateurs de confiance provenant des enquêtes disponibles jusqu’en décembre ont continué de s’améliorer à partir de bas niveaux, indiquant dans l’ensemble la poursuite de la reprise progressive de l’activité économique. En 2014 et 2015, la production devrait se redresser lentement, sous l’effet notamment d’une légère hausse de la demande intérieure soutenue par l’orientation accommodante de la politique monétaire. L’activité
économique dans la zone euro devrait également bénéficier d’un raffermissement graduel de la demande extérieure. En outre, l’amélioration générale observée sur les marchés financiers depuis l’été 2012 commence à faire sentir ses effets sur l’économie réelle, et il devrait en aller de même des progrès réalisés en matière d’assainissement budgétaire. De plus, les revenus réels ont récemment bénéficié d’une hausse limitée des prix de l’énergie. Cela étant, le chômage demeure élevé dans la zone euro et le nécessaire processus d’ajustement des bilans dans les secteurs public et privé continuera de peser sur l’activité économique.
Les risques entourant les perspectives économiques dans la zone euro continuent d’être orientés à la baisse. Les évolutions des conditions sur les marchés monétaires et financiers à l’échelle mondiale et les incertitudes qui y sont associées pourraient influer négativement sur la situation économique.
D’autres risques à la baisse ont trait à un renchérissement des matières premières, à une demande intérieure et une croissance des exportations plus faibles que prévu ainsi qu’à une mise en oeuvre trop lente ou insuffisante des réformes structurelles dans les pays de la zone euro.
Selon l’estimation rapide d’Eurostat, la hausse annuelle de l’IPCH dans la zone euro s’est établie à 0,8 % en décembre 2013, après 0,9 % en novembre. Cette évolution, globalement conforme aux prévisions, a reflété un ralentissement de la hausse des prix des services. Sur la base des cours constatés des contrats à terme sur l’énergie, l’inflation en rythme annuel devrait, au cours des prochains mois, demeurer proche des niveaux actuels. À moyen terme, les tensions sous‑jacentes sur les prix dans la zone euro devraient rester contenues. Dans le même temps, les anticipations d’inflation à
moyen et à long terme continuent d’être solidement ancrées à un niveau compatible avec l’objectif du Conseil des gouverneurs de maintenir l’inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 %.
Les risques pesant sur les perspectives d’évolution des prix restent considérés comme globalement équilibrés à moyen terme, les risques à la hausse étant liés à un niveau plus élevé des prix des matières premières et à une augmentation plus forte que prévu des prix administrés et de la fiscalité indirecte,
et les risques à la baisse découlant d’une activité économique plus faible qu’anticipé.
S’agissant de l’analyse monétaire, les données relatives à novembre confortent le diagnostic d’une expansion sous‑jacente toujours atone de la monnaie au sens large (M3) et du crédit. La croissance annuelle de M3 est demeurée globalement inchangée à 1,5 % en novembre, contre 1,4 % en octobre, après deux mois consécutifs de baisse en septembre et en août. La croissance annuelle de M1 est restée robuste, à 6,5 %, traduisant une préférence pour la liquidité, tout en demeurant inférieure au pic de 8,7 % observé en avril 2013. Comme les mois précédents, le principal facteur soutenant la
progression annuelle de M3 a été l’amélioration de la position extérieure nette des IFM, qui a continué de refléter l’intérêt accru des investisseurs internationaux pour les actifs de la zone euro. Le rythme annuel de variation des prêts au secteur privé est resté faible. Le taux de croissance annuel des prêts aux ménages (en données corrigées des cessions de prêts et de la titrisation) s’est établi à 0,3 % en novembre, soit un niveau globalement inchangé depuis début 2013. Le rythme annuel de variation des prêts aux sociétés non financières (en données corrigées des cessions de prêts et de la titrisation) s’est inscrit à – 3,1 % en novembre, après – 3,0 % en octobre. Dans l’ensemble, la faible dynamique des prêts aux sociétés non financières continue de traduire leur décalage avec le cycle économique, le risque de crédit ainsi que l’ajustement en cours des bilans des agents financiers et non financiers.
Depuis l’été 2012, le financement des banques s’est considérablement amélioré. Afin de garantir une transmission adéquate de la politique monétaire aux conditions de financement dans les pays de la zone euro, il est essentiel que la résorption de la fragmentation des marchés du crédit de la zone euro se poursuive et que la résilience des banques soit renforcée lorsque cela est nécessaire.
L’évaluation complète opérée par la BCE appuiera davantage encore ce processus de renforcement de la confiance. Elle améliorera la qualité des informations disponibles relatives à la situation des banques et aboutira à l’identification et à la mise en oeuvre des mesures correctives qui s’imposent.
Des progrès réguliers dans la mise en place d’une union bancaire permettront de rétablir la confiance dans le système financier.
En résumé, il ressort de l’analyse économique que la zone euro pourrait traverser une période prolongée de faible inflation, suivie d’une remontée graduelle vers des taux d’inflation inférieurs à, mais proches de 2 %. Un recoupement avec les signaux provenant de l’analyse monétaire confirme ce scénario.
En ce qui concerne les finances publiques, il est important de ne pas relâcher les efforts entrepris et de poursuivre l’ajustement budgétaire à moyen terme. Les stratégies en matière de finances publiques doivent être conformes au pacte budgétaire et garantir des mesures d’assainissement propices à la croissance, qui améliorent la qualité et l’efficacité des services publics tout en réduisant au minimum les effets de distorsion créés par la fiscalité. Accompagnée de la mise en oeuvre résolue de réformes structurelles, une telle orientation contribuera à la reprise progressive de l’économie dans la zone euro et exercera une incidence positive sur les finances publiques. Il convient de mettre en particulier l’accent sur les réformes des marchés des biens et des services et des marchés du travail ainsi que sur la mise en oeuvre rigoureuse des politiques du Marché unique afin d’améliorer les perspectives en matière de croissance économique et de favoriser la création d’emplois dans un contexte de chômage élevé.
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