Capital, investissement immatériel et investissement public

dimanche 1er septembre 2013

Le vocabulaire doit impérativement être précisé parce que le concept "capital" est polysémique et parce que les formes de l’investissement sont nombreuses.

Le capital

Au sens large pour l’analyse économique, le capital est un facteur de production au même titre que le travail.

Pour produire des biens et des services un entrepreneur doit engager des dépenses :
- pour rémunérer le travail fourni par les membres du personnel de l’entreprise
- pour acquérir les biens et services utilisés et/ou transformés dans le processus de production.

La valeur produite doit être au moins égale à la dépense totale engagée pour produire pour que la production soit rentable, autrement dit, le profit existe si et seulement si la recette totale excède la dépense totale en travail et en capital. [1]

Les dépenses en travail et en capital sont de nature différente :
- la dépense en travail est une location de la capacité de travail (les marxistes disent la "force de travail") des salariés
- la dépense en capital est un achat de biens et services qu’on peut qualifier de biens et services de production (puisqu’ils servent à produire).

Ces biens et services de production sont de deux types :
- certains sont intégrés dans les biens et services produits par l’entreprise, ce sont des consommations intermédiaires, ils disparaissent dans le processus de production
- d’autres sont utilisés plusieurs fois et demeurent disponibles pour continuer à produire.

On comprend pourquoi les économistes désignent par l’expression capital fixe ce dernier type de biens et services de production.

Le capital fixe c’est l’ensemble des biens de production utilisés durablement par un producteur dans son activité productive. [2]

La durée d’utilisation doit forcément être appréciée. Les économistes considèrent que pour pouvoir parler de capital fixe, cette durée doit être d’au moins un an. Donc le capital fixe c’est l’ensemble des biens de production utilisés par un producteur pendant au moins un an.

La FBCF

Dans le langage courant l’investissement c’est une dépense engagée pour obtenir un résultat futur. Certes il y a bien l’idée de durée mais il n’y a pas nécessairement de référence à la production. Par exemple on dira qu’« on investit en bourse » parce qu’on achète des titres financiers. Les économistes ne font pas cette confusion et ils parlent dans ce cas d’un placement et non pas d’un investissement.
Pour les économistes l’investissement c’est la formation brute de capital fixe.
La FBCF réalisée dans une année c’est l’ensemble des dépenses d’acquisition (faites pendant cette année) de biens et services destinés à participer au processus de production pendant au moins un an.

Chaque année des biens de production cessent d’être utilisés parce qu’ils sont usés ou inadaptés aux nouvelles méthodes de production. Par ailleurs, si l’entreprise se développe et augmente ou diversifie sa production il lui faut acquérir de nouveaux biens de production.

La FBCF contient donc en fait, deux types d’achats de biens de production :
- certains remplacent du matériel usé ou déclassé
- d’autres s’ajoutent aux biens de production déjà installés.

Seuls les achats de biens de production s’ajoutant au capital fixe disponible constituent une formation nette de capital fixe (FNCF), et pour retrouver la formation brute de capital fixe, il faut ajouter les achats de biens de production de remplacement.
Pour qualifier ces achats de remplacement, les économistes utilisent une expression qui ne traduit pas l’achat mais la cause de cet achat : ils disent qu’il s’agit d’une consommation de capital fixe (CCF). [3]

On a donc la formule suivante :

FBCF = FNCF + CCF

Dans le langage courant, la formation nette de capital fixe devient l’investissement net, la formation brute de capital fixe devient l’investissement brut et la consommation de capital fixe devient l’investissement de remplacement ou l’amortissement.

Comme toujours quand on construit un classement il suscite des discussions. À l’origine, n’étaient comptées comme capital fixe que les dépenses portant sur les biens dont la durée de vie est supérieure à un an.
Aucun service ne pouvait être capitalisé. Il fallait cependant traiter la question du petit matériel (durant plus d’un an) dont l’acquisition ressemble beaucoup aux consommations intermédiaires. Le système européen de comptabilité 95 a donc ajouté un seuil : il faut que la dépense soit supérieure à 500 euros pour être du capital fixe ; en-dessous, c’est de la consommation intermédiaire.

Sur le site Ecodico [4] une petite vidéo pour présenter la FBCF.


La FBCF-EcoDico_-_BNPParibas_WebPedagogique par lewebpedagogique

Mais cela laissait encore de côté les investissements immatériels.

Investissements immatériels

Les investissements immatériels sont toutes les activités d’une entreprise orientées vers un but nouveau, ou les outils non incorporés utilisés par une entreprise, à un niveau tactique et stratégique, au cours de la période de référence.
Au niveau tactique, ils visent à un changement quantitatif ou à un accroissement des connaissances existantes, ou à l’acquisition ou l’amélioration de biens existants, tandis qu’au niveau stratégique, ils visent à l’acquisition de connaissances entièrement nouvelles.
Ces activités peuvent être achetées à des tiers ou produites pour un usage interne, et impliquent normalement un certain degré de risque. Elles comprennent des activités ou des outils commerciaux, technologiques, informatiques et organisationnels. On donne généralement comme contenu de cette définition les dépenses de recherche-développement, de formation, d’acquisition de logiciels, ou encore de publicité.
Les résultats de ces activités se traduisent par un rendement prévu dans un futur proche. Ce sont des actifs relatifs à la somme des connaissances, au pouvoir sur le marché ou à la capacité de l’organisation interne, dotés d’une durée de vie supérieure à un an.

Il y a donc des raisons de compter ces investissements immatériels comme de la FBCF (objectifs et durée) et des raisons de ne pas les considérer comme de la FBCF (ce ne sont pas des biens de production).

Dans les comptes des sociétés, l’investissement immatériel peut figurer dans des postes tels que le fonds de commerce, les concessions, les brevets, les licences, les marques commerciales (ces postes faisant partie des actifs immobilisés), ainsi que dans les dépenses de recherche-développement ou les dépenses de marketing (ces postes faisant le plus souvent partie des produits d’exploitation courants).

En comptabilité nationale ils ne relèvent pas de la définition stricte de la FBCF et ils devraient être enregistrés, comme des consommations intermédiaires.

Devant l’importance croissante des investissements immatériels dans le processus productif, le SCN 93, système mondial, et sa version européenne, le SEC 95, ont étendu le champ du capital fixe à certains d’entre eux.
Ainsi, les achats ou la création de logiciels, les dépenses de prospection pétrolière, les œuvres artistiques ou littéraires originales sont maintenant inclus dans la FBCF. En revanche les autres investissements immatériels et en particulier les dépenses de recherche-développement restent en dehors de la FBCF.

Sur le site Ecodico [5] une petite vidéo pour présenter les investissements immatériels.


L’investissement immatériel par lewebpedagogique

Dans l’industrie manufacturière, « l’immatériel » (R & D, logiciels, publicité, formation) occupe une place croissante dans les processus productifs. L’investissement incorporel, indispensable pour améliorer la compétitivité hors prix des entreprises industrielles, dépasse largement depuis longtemps l’investissement corporel (43,7 milliards d’euros contre 25 milliards d’euros pour les investissements matériels en 2007 pour l’industrie manufacturière).

Peu de données sur les investissements immatériels en dehors de ceux qui étaient fournis par le SESSI avant 2009.

Investissement public

S’il est difficile de prendre en compte les investissements immatériels, le même problème se pose pour les investissements publics.
Si on applique la définition de la FBCF de la comptabilité nationale, les investissements publics sont les dépenses de FBCF des administrations publiques.

Dans la comptabilité publique tenue par les administrations, la présentation est différente puisqu’elle oppose des dépenses de fonctionnement aux dépenses d’investissement.
On dira que l’écart n’est pas grand et que l’esprit est le même. Mais qu’en est-il du caractère profond de ces dépenses ?
Les nouvelles théories de la croissance dites théories de la croissance endogène font des dépenses d’infrastructure, de recherche et de formation une source de croissance mais alors que les premières augmentent le stock de capital fixe et sont à la fois de la FBCF et des dépenses d’équipement, les secondes sont des investissements immatériels et des dépenses de fonctionnement. De la même manière doubler le nombre d’enseignants du supérieur c’est indéniablement pour le sens commun un investissement public mais c’est une dépense de fonctionnement et cela ne peut pas figurer dans la FBCF des administrations.

Toujours sur le site Ecodico [6] une petite vidéo pour présenter les investissements publics.


L’investissement public par lewebpedagogique

Pour résumer tout ce qui précède vous pouvez regarder ces vidéos empruntées à "minicours".


1.3 Capital par minicours




1.4 Capital productif par minicours

[1Une entreprise peut être viable même si elle ne réalise pas immédiatement un profit, à condition que les profits réalisés les années suivantes compensent les pertes initiales. Il y a des dépenses en capital importantes qu’il faut réaliser au début de l’activité mais qui ne seront pas renouvelées (on ne construit pas les locaux d’installation des ateliers tous les ans...).

[2Il y a donc deux conditions importantes pour qu’un bien soit du capital fixe : qu’il soit utilisé par un producteur pour produire et qu’il soit utilisé durablement.

[3Pour les économistes, une consommation c’est une dépense d’acquisition d’un bien ou d’un service conduisant à la destruction de ce bien ou de ce service.

[4EcoDico, dictionnaire de macro-économie en vidéo réalisé sous la direction d’un professeur d’économie et avec la collaboration active des économistes de la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.

[5EcoDico, dictionnaire de macro-économie en vidéo réalisé sous la direction d’un professeur d’économie et avec la collaboration active des économistes de la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.

[6EcoDico, dictionnaire de macro-économie en vidéo réalisé sous la direction d’un professeur d’économie et avec la collaboration active des économistes de la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.


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