Comment justifier les taux d’intérêt

dimanche 1er septembre 2013

Le taux d’intérêt est le pourcentage appliqué à la somme d’argent prêtée par un agent à un autre pour calculer le revenu que recevra le prêteur. Le versement de ce revenu s’ajoute au remboursement de la somme prêtée.
Ainsi : une somme de 10 000 euros prêtée au taux annuel de 5 % pendant un an donnera lieu à un versement de 10 500 euros. Si le prêt porte sur plusieurs années et est remboursé en partie chaque année, le versement annuel des intérêts est calculé uniquement sur le capital restant dû.

Il y a deux manières d’emprunter : demander un crédit et émettre un titre d’endettement.

La différence entre les deux ne se situe pas du côté de l’emprunteur qui dans tous les cas doit rembourser et verser les intérêts - les économistes disent qu’il doit assurer le service de la dette - mais du côté du prêteur.
En accordant un crédit le prêteur engage une somme d’argent pour une durée fixée à l’avance. Il se prive de liquidité. Un crédit bancaire par exemple est en principe parfaitement illiquide ce qui signifie que la banque ne peut pas récupérer la somme prêtée avant l’échéance. C’est pour échapper à cette contrainte que les banques ont développé des instruments permettant de transformer les crédits en titres. Pour en savoir plus sur la titrisation voir cet article.
C’est ici que réside l’avantage pour le prêteur qui intervient en souscrivant des titres d’endettement. Parce que ces titres sont négociables, il est possible à tout moment de les vendre et de retrouver ainsi la liquidité à laquelle le prêteur a renoncé initialement.

Il est donc assez logique de distinguer les taux d’intérêt liés au crédit bancaire de ceux qui correspondent à des opérations de marché, sachant que les seconds interviennent dans la formation des premiers. Mais il faut au préalable présenter les arguments utiliser pour justifier le versement d’un intérêt.

Comment justifier le versement d’un intérêt ?

Si le prêt à intérêt existe c’est parce qu’en l’absence de rémunération, les prêteurs ne seraient pas assez nombreux pour répondre à la demande des emprunteurs. Le taux d’intérêt ressemble donc à un prix. Pour certains c’est le prix de la renonciation à la consommation, pour d’autres c’est celui de la renonciation à la liquidité. Il y a dans les deux cas un arbitrage - entre consommer et épargner ou entre conserver de la monnaie liquide ou placer cette monnaie - et le taux d’intérêt est un des paramètres de l’arbitrage - contre la préférence pour le présent dans le premier cas et contre la préférence pour la liquidité dans le second.
Au delà de cette opposition théorique importante, il va de soi qu’une opération mettant en cause deux échéances distantes - la date à laquelle la somme sera remboursée est distincte de celle à laquelle elle a été prêtée (même s’il s’agit de quelques heures comme sur le marché interbancaire) - fait courir des risques aux prêteurs et ces risques doivent être appréciés et compensés monétairement.

Préférence pour le présent ou préférence pour la liquidité

Le choix de l’une ou l’autre des deux présentations dépend de la conception que l’on se fait de la monnaie. Si la monnaie est un simple instrument permettant de faciliter les échanges elle ne saurait être recherchée pour elle même, elle n’a pas d’utilité propre ce qui implique que la monnaie qui n’est pas dépensée pour consommer est entièrement prêtée. Le taux d’intérêt est le paramètre d’arbitrage entre consommation et épargne parce que conserver de la monnaie n’est pas rationnel. Si au contraire une utilité spécifique est attachée à la détention de monnaie parce que les placements privent le détenteur de monnaie de la liquidité à laquelle il est attaché, alors, le taux d’intérêt est un paramètre d’arbitrage entre conserver la monnaie sous sa forme liquide et faire des placements.

Taux d’intérêt et préférence pour le présent : la théorie traditionnelle du taux d’intérêt.

Les agents ont une préférence pour le présent, même lorsque les prix sont stables (pas d’inflation), parce qu’ils sont capables de dire quelle somme perçue dans un an correspond à 1000 euros perçus immédiatement. S’ils répondent 1050 euros leur taux de préférence pour le présent vaut 5 %. Cela signifie qu’ils considèrent que 1050 euros dans un an valent 1000 euros aujourd’hui. Si leur taux de préférence pour le présent vaut 5 % il faudra leur promettre un taux intérêt au moins égal à 5 % pour qu’ils choisissent d’épargner. Le taux d’intérêt est le prix qu’il faut payer pour décider les agents à ne pas dépenser.

Dans cette théorie le taux d’intérêt est un déterminant du partage du revenu entre consommation et épargne.

Taux d’intérêt et préférence pour la liquidité  : la théorie keynésienne du taux d’intérêt.

Les agents ont une préférence pour la liquidité, parce qu’ils considèrent que disposer d’une réserve de monnaie permet de saisir des opportunités de dépense et présente des avantages pratiques. Si on veut les dissuader de conserver des disponibilités monétaires en monnaie matérielle ou sur leur compte courant, il faut les dédommager en leur proposant un taux d’intérêt suffisant.
Le taux d’intérêt est le prix qu’il faut payer pour que les agents renoncent à la liquidité.

Dans cette théorie le taux d’intérêt est un déterminant du partage de l’épargne entre épargne liquide et épargne placée.



Le taux d’intérêt dépend de la durée et du risque associé à l’engagement

Il doit d’abord compenser pour le prêteur la renonciation à la possibilité d’utiliser immédiatement la somme correspondante. Plus la privation est longue et plus la compensation doit être importante.
Les taux d’intérêt à long terme sont donc plus élevés que les taux à court terme.
La courbe des taux décrit la structure des taux d’intérêts classés selon leur maturité (du plus court au plus long) à un moment donné. La forme de cette courbe reflète les anticipations des intervenants sur le marché en matière d’évolution des taux d’intérêt.
- Dans une courbe des taux ascendante, les taux d’intérêt à long terme sont supérieurs aux taux d’intérêt à court terme ; cette structure est considérée comme normale, le risque sur les opérations longues, supérieur au risque sur les opérations à court terme, étant normalement plus rémunéré.
- Dans une courbe des taux descendante (ou inversée) les taux à court terme sont supérieurs aux taux longs : cette courbe révèle des anticipations du marché à la baisse de taux.
- Dans une courbe plate, les taux sont les mêmes quelles que soient les maturités.

Courbe des taux pour les titres d’État - France - mars et juillet 2013.

Source : Bulletin mensuel de la Banque de France

Le taux d’intérêt doit ensuite intégrer une prime de risque pour plusieurs raisons.
- La monnaie qui sera fournie lors du remboursement n’aura probablement pas le même pouvoir d’achat que celle qui a été prêtée. Si le prêt est effectué en devise il y a en plus le risque lié à la variation du taux de change. Le taux d’intérêt nominal, celui qui figure dans le contrat (celui qui est nommé) ne correspond pas au taux réel puisque celui-ci est calculé en pouvoir d’achat constant c’est-à-dire en déduisant du taux nominal le taux d’inflation qui mesure la perte de pouvoir d’achat de la monnaie. [

Pour mesurer le taux d’intérêt réel on utilise la règle suivante (tant que les taux sont inférieurs à 10 %)

[*Taux d’intérêt réel = Taux d’intérêt nominal - Taux d’inflation*]


- L’emprunteur peut devenir insolvable et le remboursement n’aura pas lieu en partie ou en totalité. Il faut donc mesurer le risque d’insolvabilité de l’emprunteur, la qualité de sa signature.



Il faut maintenant observer comment ces principes sont appliqués dans les deux cas présentés en introduction : le crédit bancaire et les titres d’endettement.


titre documents joints

Taux d’intérêt en mars 2013

1er septembre 2013
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Bulletin mensuel de la BCE


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