Croissance et mutations du commerce mondial

lundi 2 septembre 2013

Les changements intervenus depuis le début des années 1970 dans les relations économiques internationales sont résumées par l’expression "mondialisation".
Celle-ci concerne les échanges de produits (biens et services) qui traduisent la division internationale du travail, les flux de capitaux correspondant à la globalisation financière, mais elle recouvre aussi l’internationalisation de la production correspondant à la division internationale du processus productif.

Essor des échanges et montée des interdépendances

Le commerce croît plus vite que la production ce qui traduit l’ouverture progressive des économies.

Taux de croissance moyen annuel pour la production et les exportations mondiales (long terme)

Source : OMC séries longues

Croissance du volume du commerce mondial des marchandises et du PIB mondial, 1950-2011 (Variation annuelle en pourcentage)

Statistiques du commerce mondial OMC 2012 rapport annuel

La période récente montre d’ailleurs que la relation fonctionne dans les deux sens : la crise économique se traduit par une contraction du commerce sans précédent en plus de 70 ans.

La liaison repérée entre croissance du PIB et croissance des exportations se vérifie pour toutes les catégories de marchandises même si c’est particulièrement net pour les produits manufacturés.

Sur le très bon site Xerfi Canal ce graphique en vidéo qui en 2’18 décrit la baisse de régime du commerce international de ces dernières années.



Le degré d’ouverture des économies s’élève régulièrement depuis la seconde guerre mondiale.

Degré d’ouverture (moyenne des exportations et des importations rapportée au PIB) en % pour la France depuis la seconde guerre mondiale.

La carte mondiale des degrés d’ouverture montre d’importantes disparités mais dans les comparaisons internationales il faut tenir compte de la taille relative des économies : un petit pays a normalement un taux d’ouverture plus élevé puisqu’il est très dépendant des échanges extérieurs (il n’est pas possible de tout produire sur une territoire limité) et inversement un grand pays, bien doté en ressources naturelles et en capital, disposant de plus d’une population active importante a moins besoin de s’ouvrir aux échanges.

En 2011, la valeur en dollars du commerce mondial de marchandises a augmenté de 19 pour cent pour s’établir à 18 200 milliards de dollars EU, dépassant le record de 16 100 milliards de dollars EU enregistré en 2008. Cette évolution des valeurs nominales du commerce de marchandises traduit en fait deux évolutions distinctes, celle des volumes échangés (quantités des marchandises) et celle des prix des marchandises échangées. Les volumes sont restés stables en revanche les prix et en particulier ceux des produits primaires ont nettement augmenté.
En 2011, la valeur des exportations mondiales de services commerciaux a augmenté de 11 pour cent pour s’établir à 4 200 milliards de dollars EU.
En dépit du ralentissement provoqué par la récession de 2009 la tendance est évidente : le commerce des marchandises connaît une extraordinaire croissance depuis le début des années 2000 : près de 12% de mieux chaque année en moyenne pour la période 2000-2007 et plus de 14% pour les 3 années 2005-2006-2007. La performance reste exceptionnelle mais elle confirme une tendance longue puisque depuis le début des années 1960, le commerce mondiale connait une croissance en moyenne deux fois plus rapide que celle de la production mondiale.

Souvent les produits franchissent plusieurs fois les frontières nationales, au cours du processus de production, avant d’arriver à leur destination finale. Comme les statistiques du commerce des marchandises enregistrent la valeur des produits à chaque passage de frontière il n’est pas étonnant que le total du commerce mondial dépasse le PIB mondial.

On doit noter aussi le caractère structurel des déséquilibres commerciaux en particulier pour l’Allemagne et le Japon (excédents permanents) et les États-Unis (déficit permanent).

Soldes des 6 grands pays dans le commerce de biens 1967 –2007 (en % du commerce mondial de biens à prix et taux de change courants)

Source : CEPII, panorama de l’économie mondiale, H. Boumellassa, M. Fouquin, C. Herzog & D. Ünal (décembre 2009)

Soldes par régions dans le commerce de biens 1967 –2009

Source : CEPII, panorama de l’économie mondiale, H. Boumellassa, M. Fouquin, C. Herzog & D. Ünal (décembre 2012)

La polarisation des échanges est très nette : trois régions assurent 85 % du total des exportations (donc des importations) et une partie très importante est constituée d’échanges entre pays de la même zone (38 % du commerce mondial se fait entre pays européens !).

Ainsi pour les économies développées, la distinction entre économie nationale et internationale est considérablement réduite, alors qu’elle demeure essentielle sur le plan politique.
- La production et la consommation de masse des économies développées ne sont pas concevables sans relations internationales fortes.
- Pour certains les données précédentes montrent que la participation à l’économie mondiale est la clef de la croissance économique et de la prospérité d’une nation. [1]

Si le secteur tertiaire occupe 40 % des emplois et représente 70 % de la valeur ajoutée dans le monde, les échanges de services ne représentent encore qu’une part modeste de l’ensemble du commerce mondial, 20 % environ et cette part varie peu, mais il faut prendre en compte le fait que les statistiques disponibles présentent des lacunes importantes, de sorte qu’il est difficile d’évaluer l’évolution de ce secteur.
Les services de proximité ne sont pas concernés par définition par le commerce mondial mais le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication, la libéralisation des mouvements de capitaux ont renforcé les effets de l’accord général sur le commerce des services AGTS (GATS en anglais) entré en vigueur en 1994 et prolongé par les négociations multilatérales conduites par l’OMC. La domination des pays développés est encore plus forte que pour les échanges de marchandises, puisqu’ils réalisent plus de 80 % des échanges de services contre moins de 70 % pour les marchandises. Comme pour le commerce des biens, les soldes des échanges de services sont structurellement déséquilibrés.

Une autre caractéristique importante de cette évolution est la croissance des échanges multilatéraux aux dépens des échanges bilatéraux. L’ouverture se fait dans plusieurs directions, et l’horizon de la production, le marché potentiel, est désormais le monde dans son ensemble.

Une nouvelle géographie des échanges

Carte interactive proposée par la Banque mondiale : Exportations / PIB

Répartition géographique des échanges mondiaux appréciée sur le long terme : 1953, 2002 et 2006

et pour 2010

OMC rapport annuel 2003, 2007 et séries longues

Les trois principaux blocs (Amérique du Nord, Europe occidentale et Asie et Océanie) représentaient 72,2 % des échanges mondiaux en 1953 et 86,2 % en 2002, mais 80 % en 2006 (le recul de l’Amérique du Nord et de l’Europe occidentale compense la croissance de l’Asie).
On notera la très forte part du commerce intrazone pour l’Europe

Matrice du commerce mondial en 2010

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La division internationale du travail (DIT) correspond à la répartition de la production mondiale de biens et de services entre pays ou zones économiques plus ou moins spécialisées.
- Dans la division internationale du travail « traditionnelle », les pays développés (industrialisés) échangeaient entre eux des produits manufacturés et en exportaient vers les pays du « tiers monde », important en retour des produits primaires.

Cette image doit être corrigée pour prendre en compte les transformations récentes des systèmes productifs. La crise actuelle qui affecte aussi les économies émergentes peut ralentir la progression de ces dernières mais le rythme de croissance de leurs exportations et importations reste très supérieur à celui des pays développés.
Cet écart se traduit par un bouleversement du classement mondial des exportateurs et importateurs.

Mais le plus important est ailleurs : le commerce intra-branche correspondant aux échanges internationaux de produits au sein d’une même branche de l’industrie ou des services s’est considérablement développé modifiant ainsi la DIT traditionnelle (80% des échanges de produits manufacturés relèvent de l’échange intra-branche).

Les échanges entre les États participant à une entente régionale représentent une part importante des échanges extérieurs totaux de ces mêmes pays.

Cette régionalisation des échanges s’explique par l’étroite complémentarité des économies ainsi que par la proximité géographique, proximité qui réduit les coûts de transport [2].
Bien entendu, les accords régionaux ont aussi eu pour objectif et pour résultat de favoriser les échanges en levant, progressivement mais de manière différenciée géographiquement, les obstacles tarifaires et non-tarifaires.

La révolution intervenue dans les transports de marchandises a eu des effets évidents sur les échanges de marchandises. Voir sur ce thème sur l’excellent blog de Christophe Foraison, SOS-SES, un belle illustration : Maman, les p’tits bateaux qui vont sur l’eau... ; cet article peut être utilement complété par , celui-là sur le site "project syndicate" ou encore ces articles du Journal du Net économie : Les porte-conteneurs : les monstres marins du commerce mondial et Les plus grands aéroports de fret du monde.

Enfin il est clair que le commerce mondial ne peut être isolé d’une autre dimension de la mondialisation, celle qui concerne la production intégrée dans le cadre de la multinationalisation de la production.
Cette question peut être abordé à partir de cet article simple publié par l’OCDE en résumé du rapport "Entreprendre pour le développement 2007" sous le titre "Plus que des t-shirts : les producteurs du sud dans les chaînes de valeur mondiales" (Federico Bonaglia et Andrea Goldstein).

Les échanges et les investissements internationaux ont été de formidables vecteurs de diffusion du savoir et de développement. La part des pays en développement dans le commerce international de pièces détachées et composants a ainsi nettement progressé : à la fin des années 90, ils représentaient 35 pour des exportations mondiales et 44 pour cent des importations. Confinés à l’origine à des tâches d’assemblage, les producteurs du sud ont développé leurs capacités de fabrication et assumé davantage de responsabilités, des achats à la logistique en passant par une participation à la conception de produits pour les distributeurs de marque (« fabricants sans usine »), quand ils ne créaient pas leur propre marque. De plus en plus de sous-traitants de pays en développement travaillant pour des multinationales de pays de l’OCDE sont devenus à leur tour des multinationales – comme en témoigne l’augmentation des investissements étrangers directs (IDE) en provenance de pays en développement.
Il convient pourtant de nuancer ce bilan, les différents pays ou secteurs n’ayant pas tous bénéficié de la même manière de l’intensification des échanges et des investissements. Les entreprises des pays industriels gardent le contrôle sur leurs principaux actifs stratégiques, comme les compétences en termes de technologie, d’organisation et de marketing ainsi que sur les noms de marque et le concept. Les multinationales, les acheteurs et les distributeurs mondiaux tiennent toujours les rênes des CVM : il leur suffit de limiter à des opérations simples d’assemblage (ce qu’ils font souvent) le transfert de savoir-faire à leurs fournisseurs des pays en développement. En outre, si les acheteurs se sont concentrés (et ont acquis ce faisant un plus grand pouvoir de négociation), le cercle des fournisseurs possibles s’est agrandi.

[1On constate depuis 1950 une corrélation étroite entre les résultats économiques internes d’un pays et sa participation à l’économie mondiale. Les deux grands pays dont l’intégration dans l’économie mondiale a été la plus rapide, le Japon et la Corée du Sud, sont aussi les deux pays dont la croissance interne a été la plus forte.
Il en va de même en Europe pour l’Allemagne et la Suède.

[2Voir cet article de mars 2008 : "Pourquoi la géographie compte toujours" par Hervé Boulhol sur le site Telos.


Portfolio

titre documents joints

1er septembre 2013
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Taux d’intérêt en mars 2013

1er septembre 2013
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Bulletin mensuel de la BCE


BNP Paribas EcoWeek du 30 octobre 2009.

1er septembre 2013
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