Définition et fonctions économiques de l’entreprise

dimanche 1er septembre 2013

Donner une définition de l’entreprise est difficile. D’un point de vue substantiel il est possible de faire la liste des personnes morales ou physiques généralement considérées comme des entreprises. D’un point de vue conceptuel il existe des approches théoriques de l’entreprise mais leur diversité pose problème.
Le plus simple est sans doute de respecter une démarche traditionnelle consistant à présenter l’entreprise à partir de ses fonctions économiques.

L’entreprise : essai de définition

Pour le sens commun une entreprise est définie par son activité : la production de biens et de services en combinant du travail et du capital (des équipements). ces biens et services sont destinés à être vendus dans le but de réaliser un profit.
C’est d’ailleurs une définition de ce genre que retient l’INSEE : « est entreprise toute activité qui a pour but de produire des biens et des services destinés à être vendus sur des marchés en vue de générer des profits ».
Dans les manuels d’économie d’entreprise la définition renvoie à une autre logique : l’entreprise est présentée comme une organisation caractérisée par sa hiérarchisation et son fonctionnement comme système [1].
L’économie d’entreprise est devenue une discipline autonome longtemps après la naissance de l’économie politique (l’économie générale dans les cours de ce site).
Traditionnellement l’acte de naissance de l’économie d’entreprise est daté par la publication d’un article de Ronald Coase, intitulé The nature of the firm [2].
Dans cet article Ronald Coase s’étonne de l’absence de l’entreprise ou et de l’entrepreneur dans l’analyse économique. Celle-ci explique comment le marché permet la coordination des décisions individuelles des offreurs et des demandeurs mais ne dit pas pourquoi il existe des zones dans lesquelles la coordination échappe au marché. Il souligne ainsi la fonction qui fonde l’entreprise, elle permet de supprimer les coûts de transaction en mettant en place des relations qui ne sont pas négocier en permanence [3].
Ainsi l’entreprise est un lieu de « coordination dirigée » par opposition au marché, lieu de « coordination spontanée ».

Il est inutile de chercher une définition juridique de l’entreprise : il n’en existe pas.
En revanche le droit distingue des formes juridiques d’entreprise : entreprise individuelle, EIRL, EURL, société civile ou commerciale, société coopérative...
Parce qu’elle entretient des relations contractuelles avec d’autres personnes (physiques ou morales) l’entreprise est soumise à des obligations légales : enregistrement auprès des autorités compétentes (Registre du commerce et des sociétés ; registre des métiers pour les entreprises artisanales ; URSSAF pour les professions libérales).
Elle peut alors être "identifiée" par chacun par une inscription au répertoire SIREN (Système d’Identification du Répertoire des ENtreprises) et un numéro dans le code SIRET (système d’identification du répertoire des établissements) tenu par l’INSEE.
L’exercice de l’activité de l’entreprise peut faire l’objet d’une autorisation préalable délivrée à titre permanent ou révisable. Là encore dans le cadre des législations en vigueur (activités de banque, assurance, pharmacie, travail temporaire... condition d’exercice de la médecine, du notariat... ).
Cette approche juridique éloigne de l’approche économique présentée plus haut parce qu’elle fait apparaître des formes d’entreprises dont l’objectif n’est pas le profit, même si toutes les entreprises doivent équilibrer leurs comptes (recettes et dépenses) pour survivre durablement.
Ainsi à côté des entreprises privées intervenant dans le secteur marchand il y a un grand nombre d’entreprises ayant la forme d’associations et de coopératives (qui peuvent être sans but lucratif) et il y a des entreprises publiques dans le secteur marchand et le secteur non marchand.
L’entreprise est une des formes des organisations productives à côté par exemple des administrations publiques qui produisent des services non marchands.
Il semble que l’entreprise peut être caractérisée à partir des 3 affirmation suivantes :
1) l’entreprise est une organisation productive (comme une administration publique ou une ISBLSM)
2) l’entreprise utilise et combine des facteurs de production (comme une administration publique et une ISBLSM)
3) L’entreprise vend les produits qu’elle fabrique sur un marché (ce qui n’est pas le cas d’une administration publique ou d’une ISBLSM)
Par conséquent, le critère principal de définition qui conduit à distinguer l’entreprise des autres organisations productives est le fait de mettre en oeuvre une production marchande. Pour en savoir plus sur la distinction entre organisation productive et entreprise voir cet article

Les fonctions économiques de l’entreprise

Les fonctions économiques de l’entreprise retenues dans le cours d’économie d’entreprise sont principalement :
- la création de richesse à travers la production de biens et de services
- la répartition de ces richesses à travers le partage de la valeur ajoutée
- l’innovation.

1) La production et la création de richesses.

L’entreprise produit des biens et des services marchands, ce qui recouvre au sens de l’INSEE les biens et services destinés normalement à être vendus sur le marché à un prix calculé pour couvrir leur coût de production.
Tous les biens produits sont marchands en revanche pour les services les économistes considèrent qu’un producteur rend des services non marchands lorsqu’il les fournit gratuitement ou à des prix qui ne sont pas économiquement significatifs.

2) La répartition de la valeur ajoutée.

La valeur de la production vendue par une entreprise est mesurée par le chiffre d’affaires. Cette production intègre des consommations intermédiaires c’est-à-dire des produits achetés par l’entreprise pour être transformés. La valeur de ces consommations intermédiaires doit être déduite du chiffre d’affaires pour mesurer la valeur réellement produite par l’entreprise, la valeur ajoutée

[*VA = CA-CI*]

La valeur ajoutée ne doit pas être confondue avec le bénéfice ou le profit.
En effet le bénéfice c’est la valeur restant pour l’entreprise une fois que toutes les dépenses engagées pour produire ont été déduites alors que dans le calcul de la valeur ajoutée les seules dépenses déduites sont celles qui concernent les achats de biens e services transformés pendant la production.
Ainsi par exemple la rémunération du travail n’est pas déduite du CA pour calculer la VA.
C’est d’ailleurs avec la valeur ajoutée que seront payés les salaires et les charges salariales, et toutes les autres dépenses de fonctionnement.
Ces opérations décrivent la circulation de la valeur ajoutée créée par les producteurs et répartis entre les différents agents qui ont contribué à l’activité productive.

La valeur ajoutée fait l’objet de partages successifs.

- Il faut d’abord payer les dépenses directement liées à l’activité productive :

  • les dépenses liées à l’utilisation de salariés (rémunération du travail), la rémunération des salariés contient les salaires et les cotisations sociales qu’elles soient versées par l’entreprise ou par le salarié (c’est le coût complet du travail, le "coût salarial").
  • et les impôts liés à la production (TVA et autres impôts liés à la production) Ce qui ne va pas aux salariés ou à l’État reste momentanément dans les comptes de l’entreprise et constitue l’excédent brut d’exploitation (EBE).

- Ce revenu d’exploitation n’est pas le bénéfice.

  • d’une part il est complété par des revenus que l’entreprise perçoit en dehors de son activité productive proprement dite : des revenus de brevets, des primes d’assurance, des intérêts ou/et des dividendes sur des titres qu’elle possède, des loyers...).
  • et d’autre part, inversement l’activité de l’entreprise a été rendue possible par les ressources financières dont elle a disposé, les capitaux apportés par les actionnaires et les sommes empruntées, elle doit verser des revenus aux apporteurs de capitaux sous forme de dividendes et d’intérêts. Elle est soumise à des prélèvements liés à des obligations légales : impôts sur le revenu et le patrimoine, cotisations d’assurance, loyer, redevances de brevets, licences d’exploitation...).

L’excédent brut d’exploitation ainsi modifié devient le revenu disponible brut.

C’est une expression comptable de ce qu’on appelle dans le langage courant le bénéfice.
Celui-ci supporte des impôts et dans le cas d’une société peut être distribué sous forme de dividendes.
Le bénéfice après impôts et dividendes constitue une réserve financière, une capacité d’autofinancement.

3) L’entreprise et l’innovation

C’est l’économiste autrichien Joseph Alloïs Schumpeter qui donne ses lettres de noblesse à l’entrepreneur.
Selon lui l’économie « au repos » est un ensemble de marchés interdépendants simultanément en équilibre grâce au mécanisme des prix. Les agents sont spontanément rationnels et adoptent les comportements requis par expérience, même s’ils n’en comprennent pas les raisons exactes. L’économie ainsi décrite est nécessairement stationnaire, la dynamique, c’est à dire la croissance ne peut venir dans ces conditions que du comportement d’agents particuliers, les entrepreneurs qui sont à l’origine des innovations.
L’entrepreneur est celui qui introduit le changement en ne se conformant pas aux routines, qu’il soit chef d’entreprise, manager, ou même fonctionnaire d’une économie planifiée… Il est nécessairement un aventurier puisqu’il ne se conforme pas aux comportements établis et agit dans l’incertain : dans son domaine, les connaissances nécessaires au calcul économique font défaut. Ce domaine, c’est l’innovation.
Elle se présente sous plusieurs formes :
- innovations de produits
- innovations de procédés
- innovations organisationnelles
- innovations de marchés...
L’innovation est un pari offrant l’espoir d’un succès spectaculaire (le profit) mais faisant aussi courir le risque d’un échec total (la faillite).
Ce sont ces hommes qui révolutionnent sans cesse les processus de production, créent de nouveaux produits et menacent les situations acquises. Le capitalisme, de ce fait, crée une dynamique qui est à l’origine de la croissance économique.
L’innovation qui consiste à passer de l’invention à la réalisation est le propre de l’entrepreneur. Il a donc un rôle dynamique et révolutionnaire, c’est-à-dire qu’il consacre son énergie et risque son argent pour produire et vendre autre chose ou autrement, comparé à ce que font les entreprises en place. Ce processus, que Schumpeter appelle "la concurrence destructrice", est générateur de gaspillage social. Il contribue en effet à déclasser des activités, des emplois et des machines et, en outre, s’accompagne fréquemment de dépenses inutiles : " les frais de campagne de publicité, l’étouffement des nouvelles méthodes de production (achats de brevets pour ne pas les exploiter) et ainsi de suite " .
Pour toutes ces raisons, ni le plein-emploi ni la production maximum (à court terme) ne sont garantis. Mais cette concurrence destructrice est aussi une « destruction créatrice qui révolutionne incessamment de l’intérieur la structure économique, en détruisant continuellement ses éléments vieillis et en créant continuellement des éléments neufs » .
Les règles du système capitaliste vont sélectionner des individus dotés des propriétés requises : la propriété privée, la possibilité de protéger l’innovation par des brevets ou parfois par des pratiques monopolistiques à l’origine d’une rente de monopole, ménagent la possibilité de succès éclatants. Ceux qui ne réussissent pas à s’adapter sont généralement éliminés, et surtout l’incertitude du jeu tient en haleine les entrepreneurs.
Sélection et stimulation attirent des parieurs qui assureront l’innovation.
Bien sûr Schumpeter distingue à côté de ce petit nombre d’individus qui sont les "vrais entrepreneurs" tous ceux qui constituent le plus grand nombre et dirigent des entreprises de manière routinière. L’innovation finit toujours d’ailleurs par céder la place à la routine routine, planifiée et organisée, prise en charge par des salariés spécialisés : les managers.

[1Un réseau de composants interdépendants en interaction - les moyens - pour atteindre un but fixé à l’avance - les objectifs.

[2Traduction française dans la Revue française d’économie Volume 2 n°2-1 pages 133 à 163 - disponible en texte intégral (PDF) à cette adresse.

[3l’employeur et le salarié ne négocient pas chaque jour la rémunération et le contenu du travail, ces aspects sont définis par des contrats stables.


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