Définition et mesure de la production

samedi 31 août 2013

Pour mesurer la production il faut commencer par définir ce concept. Ensuite il faudra distinguer entre la valeur de la production telle qu’elle apparaît au moment de sa mise à disposition (vente des biens et services marchands, ou fourniture des services non marchands) et la valeur ajoutée par le producteur aux biens et services transformés par son activité productive.

Définition de la production.

La production est l’activité humaine conduisant à la création de valeur. Plus précisemment c’est l’activité exercée sous le contrôle et la responsabilité d’une unité institutionnelle [1] qui combine les ressources de main-d’œuvre, capital et biens et services pour fabriquer des biens ou fournir des services ; elle est aussi le résultat de cette activité.


1.2 Production de biens et de services par minicours

Les biens et services issus de la production sont en principe destinés à être vendus. Mais la comptabilité nationale élargit la notion à des opérations qui ne conduisent pas à des ventes.
Cela conduit à distinguer une production marchande et une production non marchande.

  • La production marchande ne pose pas de problème dès lors que l’on considère que la valeur peut être mesurée par le prix de vente. Si un bien est vendu 10 euros, cela signifie que pour l’acheteur et le vendeur sa valeur est égale à 10 euros ! [2]
  • La production non marchande contient deux types de produits : la production pour usage propre et les autres productions non marchandes.
    • La production pour usage propre correspond à certaines activités internes aux entreprises par exemple lorsqu’une entreprise fabrique une machine pour son usage propre, ou pour les produits agricoles conservés par les agriculteurs, ou encore les services de logement que les propriétaires occupants se rendent à eux-mêmes.
    • L’ autre production non marchande correspond aux services fournis par les administrations publiques et les ISBLM gratuitement ou à un prix non significatif économiquement [3].
      • Certains de ces services sont indivisibles, c’est-à-dire que leur consommation ne peut pas être individualisée (défense nationale, justice, police, diplomatie...)
      • D’autres donnent lieu à une consommation individualisable (éducation, santé...) donc pourraient faire l’objet d’une vente, mais ils sont fournis gratuitement ou à un prix non significatif pour des raisons politiques (préférences collectives).

Qui produit ?

Une première remarque s’impose : la comptabilité nationale ne définit pas le producteur comme celui qui participe physiquement à l’activité de production mais comme celui qui prend possession des produits au moment de leur création. Par exemple, un salarié n’est jamais considéré comme un producteur. De même, dans le cas des services domestiques, le producteur n’est pas la personne qui effectue le travail mais le ménage employeur.

Puisque la définition de la production intègre la production marchande et la production non marchande, tous les secteurs institutionnels sont producteurs.

  • La production marchande est en principe le fait d’entreprises : sociétés non financières, sociétés financières, et des ménages (entreprises individuelles).
  • La production non marchande est principalement réalisée par les administrations publiques et les ISBLM, mais aussi comme il a été dit plus haut des ménages et des entreprises (production pour usage propre).

La part des secteurs institutionnels dans la production a évolué depuis 1950 comme le montre le graphique suivant. La production des entreprises individuelles occupe une place moins importante et il faut souligner aussi l’augmentation de la part des administrations publiques dans la valeur ajoutée totale. Les ISBLSM jouent un rôle modeste pendant toute la période.

Source : INSEE comptes nationaux annuels séries longues.

Il est courant de penser que celui qui travaille "produit", mais cela correspond à une confusion entre la production et la contribution à la production. Le travailleur "contribue" à produire, il est un facteur de production.
Les économistes distinguent le plus souvent deux facteurs de production : le travail et le capital. Ils font l’un et l’autre l’objet d’articles spécifiques sur ce site.

en attendant vous pouvez regarder cette petite vidéo empruntée à "minicours"


1.1 Les facteurs de production par minicours

Comment mesurer la production ?

La production intérieure (celle réalisée par des agents résidents) est la somme des productions marchandes c’est-à-dire celle des biens et des services vendus sur un marché et des productions non-marchandes qui correspondent à la production des services rendus sans paiement d’une contrepartie immédiate.

Si la valeur de la production retenue est celle de la production vendue (biens et services marchands) ou fournie gratuitement (services non-marchands), un même produit peut être compté plusieurs fois, puisque certains biens et services sont achetés par des producteurs pour être incorporés dans les produits qu’ils fabriquent.
Pour avoir une mesure sans double emploi de la production, il faut retenir la valeur ajoutée, c’est-à-dire tenir compte du fait qu’une partie de la production vendue est transformée par des producteurs pour élaborer de nouveaux produits.


Pour les services non-marchands produits par les administrations et les ISBLM, la valeur de la production finale ne peut pas être mesurée par la production vendue (chiffre d’affaires) puisqu’il n’y a pas de vente. Par convention, les économistes considèrent que la valeur de cette production est égale à la somme des coûts de production (consommations intermédiaires, rémunérations des salariés, consommation de capital fixe et impôts liés à la production) supportés par les administrations pour produire ces services non-marchands (cela revient à considérer que la valeur finale de la production est équivalente au coût total de production).


La valeur ajoutée des branches [4] non-marchandes est donc égale à la somme suivante correspondant au coût de production :

rémunérations des salariés + consommation de capital fixe (amortissements) + impôts liés à la production.


2.2 Calcul de la valeur ajoutée par minicours

Que la production soit marchande ou non marchande, une partie de la valeur créée est destinée à remplacer du matériel usé (amortissement ou investissement de remplacement), elle constitue une consommation de capital fixe (les équipements sont désignés par cette expression : capital fixe), c’est pourquoi on parle de valeur ajoutée brute. Pour passer à la valeur ajoutée nette il suffit de déduire la consommation de capital fixe c’est-à-dire les dépenses engagées pour remplacer du matériel et des équipements [5].

Comme les estimations sont effectuées pour des ensembles de produits, définis par une nomenclature, il n’est pas question d’additionner des quantités physiques : d’un point de vue économique, une voiture d’un modèle donné n’est pas équivalente à une voiture d’un modèle différent, une tonne de blé n’est pas équivalente à une tonne de maïs. Les évaluations se font en valeur, c’est-à-dire en euros, en utilisant les prix effectivement pratiqués. Cette façon de faire est justifiée par l’idée suivante : les prix reflètent à la fois les coûts supportés par les producteurs et les utilités relatives pour les acquéreurs. Même si on peut discuter cette conclusion (le prix représente-t-il réellement la valeur ?), il serait, de toute façon, impossible d’adopter une autre solution, qui serait forcément arbitraire.

Le produit intérieur brut : PIB

Le PIB mesure le résultat final de l’activité de production des unités productrices résidentes : c’est donc la somme des richesses crées pendant une période, en général une année et on dira par exemple que le PIB de la France en 2006 valait 1792 milliards d’euros.

PIB = Somme des valeurs ajoutées brutes (des résidents) + impôts sur les produits nets des subventions.

Résultats pour 2012

Source : INSEE comptes de la Nation pour 2012, mai 2013, INSEE Première n°1447

Pour en savoir plus sur les agrégats des comptes nationaux

Le tableau précédent distingue les évolutions en volume et en valeur : cette distinction est essentielle dans une économie monétaire parce qu’il faut bien prendre en compte la variation du niveau des prix. L’évolution en valeur est calculée avec les prix de chaque année, elle comporte donc deux composantes : les "volumes" produits ont changé, mais les prix ont eux aussi été modifiés. L’évolution en volume élimine l’effet de la variation des prix.
Pour en savoir plus sur cette distinction voir cet article de la rubrique "compléments"

On peut retrouver la valeur du PIB en privilégiant d’autres approches (au lieu de l’optique de la production) : par la dépense et par les revenus.
En effet si la production constitue une ressource pour l’économie nationale, cette ressource est utilisée (employée) par les agents.

[1Centre élémentaire de décision économique caractérisé par une unicité de comportement et une autonomie de décision dans l’exercice de sa fonction principale. Une unité résidente est dite institutionnelle dès lors qu’elle dispose d’une autonomie de décision dans l’exercice de sa fonction principale et qu’elle dispose d’une comptabilité complète, ou au moins qu’elle serait en mesure d’en établir une pertinente du point de vue économique ou juridique.
Les unités institutionnelles sont regroupées en secteurs institutionnels.

[2il faut cependant que le prix soit économiquement significatif c’est à dire qu’il couvre durablement plus de 50 % des coûts de production ; la vente n’est pas obligatoire réalisée contre de la monnaie (troc ou rémunération en nature) ni immédiatement ce qui signifie qu’un produit non-vendu mais stocké pour être vendu plus tard est enregistré comme une production.

[3inférieur à 50 % des coûts de production

[4La comptabilité nationale est construite à partir d’une nomenclature d’activités et de produits : une branche regroupe les unités institutionnelles ou les morceaux d’unités institutionnelles qui produisent une même catégorie de produit. Par opposition, un secteur (qu’il ne faut pas confondre avec un secteur institutionnel) regroupe les unités institutionnelles qui participent à une même activité principale.

[5Ces dépenses sont souvent désignées par le terme "amortissements"