Des paraboles pour expliquer la croissance

samedi 8 février 2014

Croissance extensive (la production augmente parce qu’on utilise plus de travail ou/et de capital) croissance intensive (la production augmente parce que le travail et le capital deviennent plus efficace), croissance exogène (la cause de la croissance est indépendante du fonctionnement de l’économie) ou endogène (c’est le fonctionnement même de l’économie qui engendre la croissance), cela fait beaucoup de concepts et il est facile de se perdre dans cette énumération.
Les économistes qui ont tenté d’expliquer la croissance économique ont souvent utilisé des "petites histoires" ou des fables.

Voyez vous même à partir de trois extraits et des questions associées.


D’après Anton Brender, La France face à la mondialisation, La Découverte, plusieurs éditions, la dernière en 2007.
Imaginons une histoire. Cinq paysans propriétaires cultivent une terre, aidés chacun par un ouvrier agricole. En travaillant tous longtemps et péniblement, ils arrivent, bon an mal an, à nourrir leurs dix familles. Survient une fée. D’un coup de baguette, elle rend leur terre plus riche, y fait couler une rivière qui l’irrigue naturellement. Dorénavant, les cinq paysans sont à eux seuls, capables de produire de quoi nourrir les dix familles. … Oui, mais comme les ouvriers sont devenus inutiles, les propriétaires ne veulent plus partager !

1 - Pourquoi peut-on dire que la croissance économique dépend des dotations naturelles en facteurs de production ?

La fée revient. D’instinct, elle accomplit une nouvelle merveille : elle apprend aux ouvriers sans travail à faire des tissus et les pourvoit en fils et métiers à tisser. Bientôt ils peuvent tisser de quoi vêtir largement dix familles… Ils échangent, auprès de leurs anciens maîtres, des tissus contre les denrées dont ils manquent. Entre les paysans et les ouvriers, un commerce se développe : les premiers cultivent la terre et produisent effectivement de quoi nourrir dix familles, les seconds tissent et permettent à tous d’être vêtus confortablement. …

2 - Pourquoi ce passage doit-il vous faire penser à Adam Smith ?

La fée reprend sa baguette et donne à l’un des ouvriers une machine. Elle lui permet de faire, seul, autant de tissus qu’ils en fabriquaient à cinq. Et ces tissus sont de meilleure qualité…

3 - Quel est l’effet de l’utilisation d’un équipement sur la productivité du travail ?

Guidée à nouveau par son instinct, elle montre, d’un coup de baguette, à nos quatre malheureux comment faire des meubles. À eux quatre, ils sauront vite en faire suffisamment pour meubler confortablement dix maisons. En échange de meubles, ils peuvent désormais, eux aussi, obtenir de beaux tissus auprès de leurs anciens compagnons et des vivres auprès de leurs anciens maîtres…La fée fait son compte : dix familles maintenant sont non seulement nourries et vêtues mais leurs maisons sont meublées…
En augmentant la productivité de quelques-uns, on peut, en moins de temps, couvrir les besoins déjà satisfaits… et donc libérer des travailleurs pour satisfaire de nouveaux besoins...

4 - Pouvez vous expliquer pourquoi, pour désigner le phénomène décrit ci-dessus, Alfred Sauvy parle de "déversement des emplois" ?

Ravie, la fée contemple le tableau final. Un paysan suffit à nourrir dix familles, un ouvrier à les vêtir, un autre fabrique leurs meubles, tandis qu’un autre encore répare les machines désormais utilisées par tous. Du coup le cinquième a appris la médecine, le sixième instruit leurs enfants, le septième, une fois la semaine, fait le clown pour les distraire ; le huitième tranche les disputes qui ne manquent pas d’apparaître ; le neuvième tient leurs comptes à tous et le dernier, le plus affable, a été élu maire de la communauté.

Dans l’ensemble du texte, la division du travail et le progrès technique sont-ils des sources de croissance exogènes ou endogènes ?


Gregory Nicholas Mankiw, Principes de l’économie, Economica, 1998.
Imaginez Robinson Crusoé perdu sur son île déserte. Il pêche son poisson, cultive ses légumes et fabrique ses vêtements. […] La notion de productivité fait référence à la quantité de biens et services qu’un travailleur peut produire en une heure de travail. Dans le cas de Robinson, les choses sont simples. Plus il attrape de poissons à l’heure, plus il a à manger. S’il trouve un meilleur coin de pêche, sa productivité augmente et il s’en porte mieux : il peut soit manger davantage de poissons, soit pêcher moins et consacrer davantage de temps à une autre activité.

Quels sont les choix offerts par l’augmentation de la productivité ?

Ce raisonnement vaut aussi pour un pays […]. Comme Crusoé, un pays vivra bien s’il est capable de produire de grandes quantités de biens et de services. Les Américains vivent mieux que les Nigérians parce que les travailleurs américains sont plus productifs que leurs homologues nigérians. […] Mais ceci n’est qu’une étape. Il faut maintenant se poser la question suivante : pourquoi certains pays sont-ils plus productifs que d’autres ? Si le niveau de vie de Robinson est déterminé par sa productivité, celle-ci est-elle fonction de divers facteurs. Robinson attrapera davantage de poisson s’il a davantage de cannes à pêche, s’il a appris à pêcher correctement, si l’île est naturellement poissonneuse, et s’il a réussi à dénicher les meilleurs endroits pour pêcher. Chacun de ces déterminants de la productivité de notre naufragé [...] a une contrepartie équivalente dans une économie complexe.

Trouvez les concepts économiques ou des expressions qui correspondent aux 4 déterminants de la productivité signalés par l’auteur du texte.


Dominique Guellec, Pierre Ralle, Les nouvelles théories de la croissance, La Découverte, Collection « Repères », 5e édition, 2003.

Robinson venait d’arriver sur I’île déserte. De son naufrage il n’avait sauvé qu’un sac de blé. Robinson le considéra : voilà de quoi vivre, mais pendant combien de temps ? Il regarda I’île. Elle était composée d’une bonne terre dont la quantité était telle qu’un homme seul ne pourrait jamais la cultiver tout entière. Ce constat soulagea Robinson. Toute sa vie il avait vécu de son travail. Sur cette terre, ce serait comme ailleurs. Cette année il sèmerait. L’an prochain, la récolte lui permettrait de vivre et de semer de nouveau. Il avait cependant un souci : quelle quantité de blé devait-il semer ? Et combien pouvait-il en garder pour sa consommation ?

1 - Quel arbitrage économique Robinson doit-il effectuer ?

Robinson décida de planter une certaine proportion de son stock de blé. Les premières années celui-ci augmenta rapidement. En maintenant constante la proportion du stock qu’il plantait, Robinson consommait, plantait et récoltait toujours plus. Il se rendit cependant compte que son stock de blé s’accroissait de moins en moins vite. C’est que plus la quantité de grain semé était élevée, plus le rendement de chaque grain était faible. Un jour il s’aperçut qu’il n’avait plus d’intérêt à accroître la quantité de grain semé : la quantité supplémentaire de blé qu’il semait devenant supérieure à la quantité qu’elle permettait de récolter. Il arrêta donc son expansion. La quantité de grain semé se stabilisa ainsi que les quantités produites et consommées.

2 - Comment évolue la production de blé ? Comment expliquer cette évolution ?

Un matin Robinson rencontra le perroquet. Ce qu’il avait d’abord considéré comme un simple compagnon de jeu s’avéra d’une aide précieuse. Ce perroquet avait manifestement été en contact avec les plus grands savants et les cultivateurs les plus experts. Chaque jour il transmettait à Robinson un peu du savoir appris auprès d’eux. Et Robinson pouvait ainsi améliorer l’efficacité de son travail. La production se mit alors à croître et rien ne semblait pouvoir l’arrêter.

3 - Que symbolise le perroquet ? A quoi est liée l’augmentation de la production de blé ?

Un jour le perroquet disparut. Au bout de quelques années, la production se stabilisa de nouveau. Robinson comprit alors qu’en étudiant ses expériences passées et en procédant à de nouvelles expérimentations, il pourrait à nouveau améliorer l’efficacité de son travail. Mais une telle étude prendrait du temps qu’il ne pourrait pas utiliser à produire du blé. Cela lui donna un second souci : quelle part de son temps allait-il consacrer à accroître son savoir-faire ? Et combien pouvait-il en consacrer à produire ?

4 - En quoi le progrès technique est-il devenu différent ?

Puis Vendredi apparut. Comme l’île était grande, les deux hommes se la partagèrent, chacun cultivant sur sa partie la quantité de blé nécessaire à sa consommation et à son investissement, chacun partageant son temps entre production du blé et étude. Robinson surveillait attentivement les modifications que Vendredi apportait à sa façon d’organiser la production : en les appliquant à son tour, il pouvait accroître la productivité de son travail. Quand Vendredi consacrait une grande partie de son temps à étudier, les progrès de Robinson étaient considérables... A vrai dire, celui-ci aurait souhaité que Vendredi consacre une part plus importante de son temps à étudier et une part plus faible à produire. Vendredi était d’un naturel égoïste. Quand il comprit que son compagnon profitait ainsi de ses travaux d’étude, il décida de construire une palissade pour se protéger de l’espionnage. Ainsi, au bout de quelque temps, les méthodes de production des deux hommes devinrent différentes. Le blé de Robinson fournissait de hauts rendements, mais était d’une qualité médiocre, utile pour les usages courants. Celui de Vendredi était meilleur et pouvait servir dans les occasions exceptionnelles, mais ses rendements étaient faibles. Les deux hommes se mirent à échanger. Vendredi se rendit compte que les quantités de son blé que Robinson souhaitait se procurer étaient d’autant plus importantes que le prix fixé était bas. Ce dont il tint compte pour fixer le prix de son blé..

[brouge]Que symbolise l’apparition de Vendredi ? Pourquoi Vendredi construit-il une palissade ? Que symbolise la palissade ? Quel est l’effet de la palissade sur la production ?


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