Intégration économique régionale

dimanche 23 mars 2014

Depuis la seconde guerre mondiale et surtout depuis le début des années 1980 les relations économiques internationale suivent deux deux processus. L’internationalisation des échanges de produits et des capitaux s’inscrit dans ce qu’il est convenu d’appeler la mondialisation. Parallèlement des États ont noués entre eux des relations plus étroites pour constituer des ententes régionales pouvant déroger aux obligations imposées par le GATT et après 1995 l’OMC.
Pour certains auteurs les deux processus sont en conflit, l’entente régionale étant un moyen de résister aux effets négatifs de la mondialisation, pour d’autres c’est plutôt un moyen d’accélérer cette mondialisation.

Les différentes formes d’intégration régionale

**La typologie classique

Au début des années 1960, l’économiste hongrois Bela Balassa a dressé la liste des cinq formes concrètes d’ententes économiques entre deux ou plusieurs États [1].
- La zone de libre-échange regroupe des États entre lesquels les marchandises circulent librement. Chaque État demeure totalement libre de son tarif extérieur vis-à-vis des pays non-membres de la zone, contrairement à une union douanière qui est une forme plus avancée. Les deux zones de libre échange les plus connues aujourd’hui sont : depuis 1994 l’Association de Libre Échange Nord Américaine ALENA (North American Free Trade Area, NAFTA) réunissant les États-Unis, le Canada et le Mexique, et depuis 2002 l’ASEAN Free Trade Area, AFTA qui réunit désormais les Brunei, les Philippines, la Malaisie, la Thaïlande, l’Indonésie, Singapour, Vietnam, Laos, Cambodge et la République de l’Union du Myanmar (ex Birmanie) ; la Chine, le Japon et la Corée du Sud sont associés depuis 2010.

Bilan de l’ALENA sur radio Canada début 2013.



Présentation de l’ASEAN sur France 24 en octobre 2013.

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En 1960, à l’initiative du Royaume -Uni sept États européens ne faisant pas partie de la Communauté Économique Éuropéenne (CEE) qui constituent un marché commun, forment l’AELE, Association Européenne de Libre Échange (EFTA, European Free Trade Area).
La composition a été modifiée très souvent depuis 1960 : 7 membres au départ (Royaume-Uni, Danemark, Norvège, Suisse, Portugal, Autriche, Suède rejoints par l’Islande en 1970 mais départ du Danemark et du Royaume-Uni en 1973, la Finlande intègre l’AELE en 1986 quand le Portugal en sort, adhésion du Liechtenstein en 1991 mais sorties de l’Autriche de la Suède et de la Finlande en 1995. il n’y a plus aujourd’hui (mars 2014) que quatre États membres de l’AELE : Suisse, Norvège, Islande et Liechtenstein. Les trois derniers ont intégré l’espace économique européen (EEE) en signant le traité avec l’Union européenne. L’Islande est le seul des quatre membres à être candidat à l’entrée dans l’Union européenne.
- L’union douanière est une zone de libre-échange dont les membres appliquent un tarif extérieur commun pour leurs importations en provenance des autres pays que ceux de la zone. L’Union européenne à 28 est une Union douanière même si pour 18 pays l’intégration a pris la forme d’une Union économique et monétaire. Les Unions douanières sont nombreuses.
Les principales sont (en plus de l’UE) le MERCOSUR depuis 1991 qui est pour partie un marché commun (entre Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay) mais intégrant depuis 2004 dans l’union douanière les pays de la Communauté andine (Colombie, Équateur, Pérou et Bolivie) et l’intégration du Chili, du Guyana et du Suriname, la Communauté d’Afrique de l’Est (regroupe depuis 2006 le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, le Burundi et le Rwanda, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale regroupant depuis 1994 le Cameroun, la République du Congo, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad, le Conseil de coopération du Golfe depuis 1981 entre six États arabes du golfe Persique (l’Arabie saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Qatar), l’Union douanière d’Afrique australe depuis 1969 avec l’Afrique du Sud, le Botswana, le Lesotho, la Namibie, le Swaziland, l’Union économique et monétaire ouest-africaine qui est contrairement à son nom une simple Union douanière mais avec une certaine unité monétaire et financière, elle regroupe le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal, le Togo... l’Union européenne a constitué des unions douanières avec des pays voisins : la Turquie, Saint-Marin, Andorre. Depuis janvier 2010, l’Union douanière, créée par la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie est effective [2]. Le glissement d’une zone de libre échange vers l’étape suivante, l’Union douanière peut sembler naturel pourtant ce n’est pas le cas. Il y a eu depuis 1947 plus de 300 traités de libre échange alors qu’il n’y a aujourd’hui qu’une dizaine d’unions douanières.
- Le marché commun est une union douanière accompagnée d’une ouverture de l’ensemble des marchés, marché des produits, marché du travail, marché des capitaux et reposant sur la libre circulation des hommes et des capitaux par la suppression des réglementations néfastes pour les échanges.
Le seul exemple vraiment significatif de l’efficacité d’un marché commun est celui du marché commun européen né du Traité de Rome (décembre 1957) et transformé ensuite en Union économique.
Le Marché commun centraméricain MCCA créé en 1960 regroupe cinq États : Costa Rica, Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua. Souvent un marché commun regroupe des pays, pas nécessairement tous, faisant partie d’une union douanière (on a vu plus haut que le MERCOSUR est un marché commun pour les États membres permanents, Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay et Venezuela depuis 2012).

- L’union économique correspond à une approche plus volontariste, elle intègre non seulement la régulation par le marché, mais aussi le rôle régulateur des interventions étatiques : c’est donc le marché commun plus l’harmonisation des politiques économiques.
- L’union économique et monétaire est la phase ultime de l’intégration, elle comporte une mise en place de politiques communes, mais aussi la création d’une zone de parités fixes entre les membres et éventuellement la création d’une monnaie commune (comme l’ECU) voire unique (comme l’Euro).

**L’exemple européen

Un long processus et une succession de traités.
Cette vidéo d’archives réunies par le journal Le Monde constitue une bonne introduction.


Les grandes étapes de la construction... par lemondefr



L’Europe c’est 47 États dont 28 sont membres de l’Union européenne. Le processus d’association commence dès le début des années 1950.
- Signé à Paris le 18 avril 1951, le traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) est entré en vigueur le 23 juillet 1952. Il a expiré le 23 juillet 2002.
- Le Traité de Rome est le traité fondateur de la Communauté économique européenne ; il a été ratifié en 1957 par les six premiers pays membres (Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, République Fédérale d’Allemagne).
Ce Traité est toujours en vigueur, mais il est aujourd’hui complété par celui de Maastricht. Il organisait une Union Douanière et prévoyait une politique agricole commune (PAC), qui était la seule esquisse d’organisation commune aux six pays. Il s’agissait donc d’un Traité d’essence commerciale, et qui ne prévoyait aucun transfert de souveraineté, sauf dans ce domaine et dans le domaine agricole. Signé à Bruxelles le 8 avril 1965, le traité de fusion est entré en vigueur le 1er juillet 1967. Il institue une Commission et un Conseil uniques pour les Communautés européennes, alors au nombre de trois (Communauté européenne du charbon et de l’acier, Communauté économique européenne et Communauté européenne de l’énergie atomique).
- L’Acte unique européen (1987) est constitué d’une série d’amendements apportés au traité de Rome en 1986 par les douze membres (à l’époque) de la Communauté européenne [3]. Le traité poursuit l’objectif de la suppression des obstacles non tarifaires, afin d’instaurer un véritable "marché unique" entre les pays de l’Union, c’est-à-dire une concurrence basée sur la réalité des coûts de production. En supprimant totalement le contrôle des changes l’Acte unique au sein de l’Union européenne (nouvelle appellation de la Communauté européenne), précipite l’adoption du traité de Maastricht).
- Le Traité de Maastricht ratifié en 1992 ou 1993 selon les États, ouvre de nouveaux champs à l’Union européenne : monnaie unique, environnement, politique sociale, politique étrangère, instauration d’une citoyenneté européenne. Les mécanismes de décision s’appuient après ce traité sur un vote à la majorité qualifiée, et non plus à l’unanimité, qui était requise sur certains points. Le Traité, est orienté vers le fédéralisme puisqu’il prévoit d’assez nombreux transferts de souveraineté des nations vers les institutions communautaires, avec la possibilité, pour certains pays qui le décideraient, de rester en dehors de certaines des perspectives prévues (le Royaume-Uni et le Danemark pour la zone euro par exemple).
- Signé le 2 octobre 1997, le traité d’Amsterdam (1er mai 1999) modifie les articles des traités Acte unique et CEE. Des versions consolidées des traités UE et CE lui sont annexées.
- Le traité de Nice est entré en vigueur le 1er février 2003 et visait principalement la réforme des institutions parce qu’il fallait les adapter pour que l’Union puisse fonctionner efficacement après son élargissement à 25 États membres en 2004, puis à 27 États membres en 2007. Le traité de Nice, le traité sur l’Union européenne (traité UE) et le traité instituant la Communauté européenne (traité CE) ont été fusionnés dans une version consolidée.
- Le traité de Lisbonne signé le 13 décembre 2007 est entré en vigueur dans une version remaniée le 1er janvier 2009 après ratification par les 27 [4] et devant le refus de ratification par certains États une version "consolidée" a été signée en 2010. Ses principaux objectifs sont de renforcer la démocratie de l’UE, de répondre aux attentes des citoyens européens en matière de responsabilité, d’ouverture, de transparence et de participation à haut niveau, et d’améliorer l’efficacité et la capacité de l’UE dans la gestion des défis mondiaux actuels tels que le changement climatique, la sécurité et le développement durable.
L’accord sur le traité de Lisbonne fait suite aux débats sur l’adoption d’une Constitution. Un « traité établissant une Constitution pour l’Europe » avait été adopté par les chefs d’État ou de gouvernement lors du Conseil européen des 17 et 18 juin 2004 et signé à Rome le 29 octobre 2004, mais n’a jamais été ratifié.

Les États européens participent à plusieurs ensembles économiquement intégrés. Les 18 pays qui sont dans l’UEM (la zone euro) entretiennent des relations fortes avec les 10 autres pays membres de l’Union européennes. L’ensemble constitué par les 28 États est associé à des pays candidats à l’intégration.
Huit pays sont en cours de négociations, parmi lesquels cinq ont actuellement le statut de pays candidat (Turquie [5], Ancienne République Yougoslave de Macédoine (ARYM), Monténégro, Islande et Serbie) et trois celui de candidat potentiel (Bosnie-Herzégovine, Albanie et Kosovo) [6].

L’Union européenne entretient aussi des relations importantes pour des raisons historiques avec d’autres États.
En 1995, l’Union Européenne a signé un accord de partenariat Euromed (ou Processus de Barcelone) élargi ensuite avec des pays du sud méditerranéen : l’Algérie, l’Autorité palestinienne, l’Égypte, Israël, la Jordanie, le Liban, le Maroc, la Syrie, la Tunisie, la Turquie, l’Albanie et la Mauritanie. L’objectif était de créer une zone de paix et de stabilité avec l’ambition de permettre le libre-échange en 2010. Après des négociations difficiles, l’initiative lancée par la France, baptisée "Processus de Barcelone – Union pour la Méditerranée" a été reprise par l’UE, en 2008. Elle vise à donner un nouveau souffle au partenariat.
L’Union européenne et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, pays ACP, entretiennent des relations privilégiées qui remontent aux origines de l’Union. Ces relations de nature politique, économique et sociale relèvent principalement de la coopération au développement. Succédant aux conventions antérieures (Yaoundé, Lomé), l’accord de Cotonou, signé en 2000, offre le cadre général actuel des relations entre l’Union et les 79 pays ACP. Celui-ci est également renforcé par des volets régionaux et nationaux, et complété par un volet financier, principalement représenté par le Fonds européen de développement (FED).

Les effets attendus de l’intégration régionale

**Sur le commerce

La théorie économique présente les effets d’une union douanière en distinguant le détournement de trafic et la création de trafic.
- La suppression des droits de douane entre deux États "détourne" des échanges puisque les exportations et les importations entre les deux sont désormais moins couteuses. Ce qu’ils échangent entre eux ils ne l’échangent plus avec les autres. La mise en place d’un tarif extérieur commun pénalise les exportateurs des autres pays et élève le prix des produits importés du reste du monde pour les consommateurs des deux pays participant à l’entente. Par exemple, la politique agricole commune a protégé les producteurs européens en leur permettant de pratiquer des prix nettement supérieurs aux prix du marché mondial, ce qui est une perte de bien-être des consommateurs de l’entente régionale.
- La création de trafic correspond au fait que les consommateurs de chaque État membre achètent de plus grandes quantités aux producteurs des autres États membres. Il en résulte des gains d’efficacité par des économies d’échelle et, à la condition que ces producteurs soient plus efficaces que les offreurs du reste du monde, un gain en bien-être.
L’Union européenne est de loin la première puissance commerciale dans le monde. Son commerce extérieur (avec les pays extra-européen) est désormais globalement déficitaire (159 milliards d’euros en 2011) avec des déficits structurels concernant la Chine (produits manufacturés courants), le Japon (produits manufacturés haut de gamme), la Russie, la Norvège et certains pays du Moyen-Orient (pétrole et gaz naturel). Mais la zone euro s’en sort mieux puisqu’elle a enregistré en 2012 un excédent record de sa balance courante de 111 milliards d’euros (1,2% du PIB de la zone).

La création du marché unique n’a pas entraîné une spécialisation du tissu industriel (comme le met en avant la théorie de l’avantage comparatif) au profit des pays les plus développés. Au contraire, les échanges intra-branches (à l’intérieur d’une même branche d’activité) se sont fortement développés depuis le début des années 80 : la France vend et achète à l’Allemagne des automobiles et des machines, sans avoir liquidé pour autant son secteur automobile pour se concentrer sur l’agriculture par exemple.
Les statistiques commerciales montrent que la part du commerce inter-branche, qui dominait au début des années 90, a ainsi régressé au profit du commerce intra-branche, désormais plus important. Pour les pays les plus riches de l’Union européenne, le commerce intra-branche représente désormais plus de la moitié des échanges.
Mais une nouvelle forme de spécialisation est apparue : les produits échangés se distinguent de plus en plus par la qualité, tandis que le commerce dit de variété (des produits identiques à même prix) demeure stable.
Cette évolution générale est à l’évidence une conséquence du Marché unique, qui a supprimé les barrières douanières, et autorisé des économies d’échelle entraînant un élargissement de la variété des produits offerts.

Il ne faut pas perdre de vue que la création du marché unique intervient dans le processus plus général de mondialisation des échanges et de la production. Celle-ci s’est accompagnée d’une accélération de la croissance des échanges internationaux de biens et services au cours des deux dernières décennies. C’est aussi vrai pour les échanges financiers. Elle s’appuie sur les comportements différents des entreprises en matière d’investissements et d’échange de marchandises dans le cadre de deux motivations principales qui sont : d’accéder à de nouveaux marchés (accroissement des débouchés) d’une part et d’autre part d’organiser mondialement leur activité (amélioration de la compétitivité). Ces deux motivations pouvaient a priori accroître les échanges ou, au contraire, les diminuer selon la recomposition géographique des implantations des entreprises. Mais le bilan est évident : la mondialisation a bien provoqué une augmentation forte de l’échange économique international. Aux flux classiques d’exportations et d’importations s’ajoutent ceux que suppose la nouvelle division internationale de la production au sein des groupes et l’intensification, difficilement mesurable, des échanges de biens intermédiaires. En Europe les deux types de flux se sont développés et les regroupements d’entreprises, les délocalisations, fruits de la division internationale du processus productif ont prix une place considérable encore plus visible depuis la mise en place de la zone euro et la passage d’une Union à 15 à l’UE actuelle (à 28).
Cela introduit un biais dans la connaissance statistique des échanges extérieurs. Pour la France, par exemple, ce sont des entreprises multinationales qui sont à l’origine d’environ 90 % de nos échanges ; 40 % de ces derniers se rattachant à l’activité, en France, de filiales de groupes étrangers. Les échanges intra-groupe représentent une part appréciable de notre commerce extérieur (de 25 % à 40 % selon les estimations35(*)) et cette proportion tend à augmenter. Il faudrait donc absolument améliorer la connaissance des échanges intra-groupe pour mesurer correctement les échanges extérieurs d’un pays membre de l’Union. La question se pose aussi au plan des relations entre l’ensemble de l’UE ou la zone euro avec les pays extra-européens, mais moins fortement.

Les échanges intra-régionaux dominent toujours le commerce international

Extraits de « La géographie du commerce mondial, 1967-2011 », Panorama du CEPII, D. Ünal, janvier 2014.
Développés plus tardivement qu’en Europe ou en Amérique, les échanges régionaux représentent désormais plus de la moitié du commerce asiatique.
Depuis la fin des années soixante, alors que la population mondiale a doublé et la production quadruplé, le commerce international a été multiplié par dix. Cette croissance remarquable des échanges a souvent pour cadre les régions géographiques. La région Europe-CEI présente l’intégration régionale la plus poussée au monde, avec une part d’intra-zone qui s’élève à plus de 70 % des échanges totaux depuis plus de quatre décennies (graphique 1). Les échanges à l’intérieur du Marché unique européen y sont pour beaucoup, mais l’Europe a aussi remarquablement intensifié son commerce avec les pays de la Communauté des Etats indépendants issus de l’ex Union-Soviétique depuis le début des années 1990.

Graphique 1 : part des échanges intra-zone dans les échanges des grandes régions (en % des échanges de la région)

A l’inverse, l’ensemble « Afrique et Moyen-Orient » est celui qui a le moins développé ses échanges intra-régionaux. Même s’ils progressent depuis le début des années 1990, ceux-ci se limitent aujourd’hui à 12 % du commerce total de la zone. Pour cette grande région à fort potentiel de croissance, une meilleure insertion à l’économie mondiale allant au-delà des exportations des produits primaires vers le reste du monde devrait se concrétiser par une intégration régionale à l’instar de ce qui s’est produit dans les autres continents.

En Amérique, les échanges intra-zone correspondent actuellement à un peu moins de la moitié du commerce total. Le continent américain a connu un flux et reflux de régionalisation depuis la fin des années 1960. Les pays d’Amérique se sont plus orientés vers l’extérieur du continent jusqu’au début des années 1990. Puis, l’instauration d’une zone de libre-échange au Nord, entre les États-Unis, et le Canada et son extension au Mexique dans le cadre de l’Alena, ainsi que la mise en place du Mercosur, le Marché commun du Sud, ont sensiblement favorisé l’intégration commerciale du continent. Mais depuis le début du millénaire, avec l’émergence chinoise dans le commerce international, les flux américains s’orientent de plus en plus vers l’extérieur du continent.

L’intégration commerciale des pays d’Asie-Océanie a démarré plus tardivement. Les flux intra-zone se sont renforcés dans les années 2000 grâce à une division régionale du travail très active, notamment autour de la Chine. Aujourd’hui, l’Asie-Océanie n’est plus un vaste ensemble qui cherche ses débouchés sur les grands marchés américain et européen, les échanges mutuels des pays asiatiques représentent plus de la moitié du commerce total du continent (55 %).

Au niveau mondial, en 2011, le commerce intra-régional (graphique 2.A) dépasse nettement les flux inter-régionaux (graphiques 2.B et 2.C) : 56 % contre 41 % (la ventilation géographique des échanges est non disponible pour 3 % des flux mondiaux). Dans les échanges entre les cinq grandes régions du monde, les duos montants sont ceux où l’Asie-Océanie est impliquée (graphique 2.B). La part relative du commerce asiatique dans le monde a crû de 3 points depuis 1967 à la fois avec les partenaires de l’Amérique et avec ceux de la région Europe-CEI ; il atteint dans les deux cas 10 % du commerce mondial en 2011. La progression fut encore plus forte (+ 5 points) avec le partenaire Afrique et Moyen-Orient, la part du duo s’élevant à 7 % du commerce mondial en 2011. Le commerce transatlantique a été le principal perdant de l’émergence asiatique (graphique 2.C) : le poids relatif du commerce entre l’Amérique et l’ensemble Europe-CEI a été divisé par deux (7 % en 2011 contre 14 % en 1967).

Graphique 2 : Évolution des échanges à l’intérieur et entre les grandes régions (en % du commerce mondial)

Note : Les échanges qui impliquent des zones non ventilées ne figurent pas ici (3 % du commerce mondial).



**Sur le bien être

Savoir si la création de l’UE et de l’UEM ont amélioré le bien être des citoyens européens n’est pas facile faute d’un indicateur de mesure satisfaisant. Si on s’en tient au PIB par habitant, il suffit de suivre l’évolution du taux de variation de cet agrégat.
Même dans ce cas, il faut cependant être prudent car le marché unique prolonge une intégration qui avait déjà produits des effets structurant. Par ailleurs depuis 1993 l’espace européen a changé de dimension géographique passant de 12 pays à 28 et cet élargissement a concerné des États en retard de développement relativement au noyau dur des 6 ou des 9 de la première Europe. Il n’y a rien d’étonnant dans ces conditions à voir un processus de rattrapage (prévu par la théorie économique) confirmer ce qui avait déjà été observé pour l’Espagne et le Portugal (et dans une moindre mesure la Grèce) lors de leur intégration. Il faut aussi prendre en compte le caractère accidenté, voire cyclique, de la conjoncture économique depuis une vingtaine d’années et c’est encore plus vérifiable pour la période actuelle. De ce point de vue, la zone euro est caractérisée par des taux de croissance du PIB par habitant nettement plus faible qu’aux États-Unis et Royaume-Uni.
Mais, retenir le seul PIB par habitant est une manière réductrice d’apprécier le bien être.
Le marché unique a permis d’élargir le choix des biens et des services de bonne qualité à des prix définis par la concurrence, la libre circulation des travailleurs, la libre prestation des services et la liberté d’établissement des indépendants qui ont désormais valeur de droits fondamentaux.
Il a eu des effets de propagation indéniables sur pratiquement toutes les politiques communes en imposant une importante harmonisation fiscale - certes inachevée - et une meilleure cohésion économique et sociale se traduisants par des progrès importants des politiques de développement régional et des politiques sociales. Il a renforcé les bases juridiques des politiques de protection du consommateur et de l’environnement ainsi que celles des politiques de recherche et de développement. Enfin, le marché unique était indispensable pour passer à une union économique et monétaire. Un grand marché unique réclame une monnaie unique et ce marché permet la convergence indispensable pour une zone monétaire homogène.
En garantissant aux citoyens de la Communauté la faculté d’exercer une activité professionnelle dans n’importe quel État membre la mise en œuvre des libertés fondamentales du marché commun permettrait aux facteurs de production (travail et capital), de produire et de vendre dans l’État membre où les conditions sont les plus avantageuses. Les entreprises peuvent s’établir où elles veulent dans le marché commun et faire appel à une multitude de services et de sources de capitaux existant dans tous les États membres. La libéralisation des mouvements des capitaux a contribué à une amélioration de l’allocation des ressources au sein de l’Union. Les marchés publics des États membres sont ouverts aux offres de toutes les entreprises communautaires. Dans les secteurs de la banque et de l’assurance, où les obstacles aux échanges trans-frontaliers étaient particulièrement importants, l’augmentation de la concurrence s’est manifesté par la création d’un nombre de plus en plus élevé - mais qui reste limité - de succursales et de points de vente ouverts dans d’autres États membres de l’Union.

Une illustration avec cette intervention (17 minutes) de Louis Schweitzer 35 ans de construction européenne : bilan et perspectives à propos de l’industrie.


35 ans de construction européenne : bilan et... par Ifri-podcast



Pourtant, les euro-sceptiques sont de plus en plus nombreux et n’hésitent pas à réclamer une sortie de l’Union européenne accusée d’être responsable de la situation économique actuelle en Europe.
Selon eux, s’il est indéniable que choix des biens et des services de bonne qualité à des prix définis par la concurrence est plus large aujourd’hui, il faut faire une réserve importante : ce choix est encore faiblement partagé pour des raisons culturels et sous l’effet des habitudes de consommation. Les consommateurs qui utilisent des services hors de leur territoire (une banque étrangère) et qui utilisent internet pour des comparatifs de prix dans l’ensemble des pays de l’Union ne sont pas si nombreux.
De même, ce n’est pas parce que les travailleurs peuvent circuler librement qu’ils le font. Les chômeurs français ne sont pas dans la grande majorité des cas sensibles à la bonne santé du marché du travail dans un autre pays de l’Union ; le capital se déplace plus facilement que le travail sauf pour des emplois très qualifiés.
En revanche la crainte de voir des travailleurs venant de pays moins développés mais circulant librement peser sur les marchés du travail des pays "riches" est présentée comme un réel danger.
Le fait que les entreprises puissent s’établir où elles veulent dans le marché commun et faire appel à une multitude de services et de sources de capitaux existant dans tous les États membres n’est pas vécu positivement le plus souvent parce que cela signifie aussi que les délocalisations sont à l’œuvre. Quand une entreprise ferme un établissement en France pour aller s’installer en slovaquie, les salariés de cet établissement ne se réjouissent pas de l’amélioration du bien-être des salariés slovaques.
L’ouverture à la concurrence des marchés publics des États membres peut conduire à une dégradation de la qualité pour des raisons liées à la recherche de l’efficacité marchande qui n’est pas nécessairement compatible avec la notion de service public. Sans compter le fait que la taille des grandes entreprises européennes capables de s’affronter sur ces marchés peut très bien entraîner des pratiques de concurrence imparfaite (ententes, partage des marchés...).

Comment comprendre la montée des partis euro-sceptiques ? essai de réponse dans cette vidéo de EuroNews.



Enfin il faut souligner que la construction européenne doit beaucoup à la volonté de la France et de l’Allemagne qui depuis le traité de l’Elysée ont toujours été en avance dans les extensions de toutes les formes de coopération. L’émission Le dessous des cartes a consacré une séquence à ce traité signé en 1963 à l’occasion de son 50e anniversaire.

Pour une présentation de l’UEM (la zone euro) voir cet article.

[1Bela Balassa, The Theory of Economic Integration, R. Irwin, 1961.

[2Ce sont les négociation de cette union avec l’Ukraine qui était en même temps en pourparlers avec l’UE qui sont à l’origine de la crise politique ukrainienne et du rattachement de la Crimée à la Russie en mars 2014

[3Dans ce traité les amendements au traité de Rome ont été adoptés en une seule fois d’où le terme "unique".

[4Pas encore 28 à cette date

[5La Turquie est dans une situationparticulière parce qu’elle a signé un accord d’association avec la CEE en 1963 (l’accord d’Ankara), et elle est officiellement candidate à l’entrée dans l’Union européenne depuis 2005.

[6La coopération régionale est un élément essentiel du processus de stabilisation et d’association, qui guide la progression des pays des Balkans occidentaux en vue de leur adhésion à l’Union européenne. En 2008, le Conseil de coopération régionale (CCR) a remplacé le pacte de stabilité pour l’Europe du Sud-Est en tant que cadre de coopération géré à l’échelon régional.