L’analyse de la conjoncture

lundi 2 septembre 2013

On appelle "conjoncture" la situation économique au moment de l’observation et son évolution à court terme, de quelques mois à un an. La conjoncture est le plus souvent étudiée au niveau d’un pays, mais elle peut être étudiée au niveau des branches, des secteurs ou des régions et même pour une entreprise.

La conjoncture

Cette définition montre que la conjoncture est la traduction observable de deux mouvements. D’une part, l’’économie connaît des évolutions tendancielles induites par des transformations structurelles, par exemple le développement des activités de services. D’autre part, des "événements", généralement qualifiés comme "chocs conjoncturels", provoquent des écarts relativement aux évolutions tendancielles.
La conjoncture observée à un moment donné est donc le résultat de l’évolution tendancielle et des perturbations qu’elle subit. Elle est décrite à partir d’indicateurs connus et utilisés par tous les "décideurs".

Qui produit les analyses conjoncturelles ?

Les notes de conjoncture sont produites par des organismes publics nationaux : l’Insee, la direction de la prévision pour le ministère de l’Economie et des finances, la Banque de France pour la Banque centrale européenne, les services des assemblée, l’Assemblée nationale, Sénat, Conseil économique et social.
Les organisations internationales publient aussi des études par pays : la Commision européenne, l’OCDE, le FMI.
Les banques et quelques très grandes entreprises mettent à la disposition de leurs clients des études conjoncturelles périodiques.
Les organisations syndicales ou socioprofessionnelles fournissent leurs propres estimations conjoncturelles et alimentent le débat. Certains de ces "instituts de conjoncture" sont reconnus au même titre que les organismes publics, c’est le cas pour Rexecode et le COE (pour le patronat) ou l’Ires (pour les syndicats de salariés).
Enfin il existe des organismes indépendants publiant régulièrement comme l’OFCE (observatoire français de conjoncture économique) ou épisodiquement comme le CEPII(centre d’études prospectives et d’informations internationales) des études faisant autorité dans la communauté des conjoncturistes.

Qui utilise les analyses conjoncturelles ?

Les notes de conjoncture sont utilisées par les pouvoirs publics dans le cadre de la politique économique conjoncturelle et des politiques structurelles. Les autorités budgétaires, le ministère de l’Economie et des finances, et monétaires, le Conseil de la Banque centrale européenne, prennent leurs décisions en fonction des résultats affichés dans ces notes mensuelles, semestrielles ou annuelles.
Les entreprises ont besoin de connaître les changements qui vont intervenir dans leur environnement : l’évolution de la demande des ménages, des taux d’intérêt, des coûts de production, des marchés étrangers...
Les ménages intègrent dans leurs décisions financières et dans leurs comportements de dépense, les informations disponibles sur l’évolution des prix, des revenus et du marché du travail (chômage).
Les marchés financiers sont en attente permanente des annonces des chiffres de la conjoncture et des décisions des autorités budgétaires et monétaires : l’annonce de la baisse des taux d’intérêt entraîne la hausse des cours et inversement...



Tendance et écarts conjoncturels

Sous l’effet du progrès technique, la productivité horaire augmente chaque année. Pour un volume horaire de travail dont l’évolution est observable ou prévisisble (le temps de travail est réglementé et l’évolution de la population active est déterminée en grande partie par des données démographiques) il est possible d’anticiper l’évolution tendancielle de la production.
En simplifiant, si le nombre des actifs augmente de 1 % et si la productivité augmente de 2 %, toutes choses égales par ailleurs, la production augmentera tendanciellement de 3 %.
La croissance potentielle est mesurée comme le taux de croissance du PIB potentiel, soit la production qu’une économie est capable de soutenir durablement sans générer de tensions sur les prix.
Elle dépend de trois facteurs :
- le volume de travail,
- le stock de capital
- et la productivité globale des facteurs.
Le volume de travail dépend à son tour de la population active, du taux de chômage structurel et du nombre d’heures travaillées par tête.
La croissance potentielle sert à situer la position de l’économie dans le cycle, avec des implications directes en matière de politique économique : du point de vue de la politique monétaire, un écart de production négatif (i.e. une croissance effective inférieur à son potentiel) se traduit par une réduction des pressions inflationnistes (et inversement).
Mais, l’économie subit des "chocs conjoncturels" provoquant des écarts relativement à la tendance. Une augmentation brutale et importante du prix du pétrole ou des taux d’intérêt, une chute des cours boursiers, auront des effets sur l’activité économique.
On parle parfois du caractère cyclique de l’activité économique pour indiquer que des périodes de croissance forte de la production sont suivis par des périodes de ralentissement voir de récessions. Certains économistes considèrent qu’il y a des cycles courts et des cycles longs qui se superposent (voir cet article pour en savoir plus sur les cycles économiques).

Croissance potentielle, croissance tendancielle

La croissance tendancielle est un simple prolongement de la croissance passée (extrapolation du rythme de croissance moyen observé).
L’existence de forces de rappel empêcherait la croissance économique de connaître des fluctuations qui l’éloigneraient trop de son rythme tendanciel .
La croissance potentielle, quant à elle se réfère à une modélisation de l’économie et en particulier du processus de production.
On peut la définir brièvement comme la croissance qui résulte de l’utilisation des facteurs de production disponibles sans induire de tensions inflationnistes et donc sans provoquer de tensions sur les différents marchés (marché du travail et marché des biens).
- À court terme privilégie l’évolution du stock de capital et le taux d’utilisation dés capacités de production sont déterminants.
- À long terme, une fois que le capital s’est ajusté, c’est l’évolution des ressources en main d’oeuvre qui limite la production potentielle et l’évaluation de son niveau est fondée sur une représentation du marché du travail et éventuellement sur une cible d’inflation. On adopte le plus souvent une définition réduite en termes de croissance qui stabilise le chômage.
L’écart de PIB, ou output gap est la différence entre le niveau observé (ou prévu) du PIB et son niveau tendanciel ou potentiel, permet d’apprécier la phase du cycle dans quelle se trouve l’économie.

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Chocs conjoncturels

Les économistes parlent de choc conjoncturel pour désigner un événement ponctuel modifiant sensiblement la situation économique. Les économistes utilisent deux distinctions essentielles entre chocs monétaires et chocs réels d’une part et chocs d’offre et chocs de demande d’autre part.
Un choc monétaire c’est une modification d’une variable monétaire : hausse brutale des taux d’intérêt, ou appréciation forte du taux de change du dollar en euros par exemple.
Un choc réel c’est une modification des conditions de la production : une innovation technologique importante par exemple.
Un choc d’offre affecte les conditions de la production : progrès technique comme on vient de l’évoquer mais aussi hausse ou baisse du prix du pétrole ou concurrence nouvelle des producteurs ayant des coûts plus faibles.
Un choc de demande modifie les débouchés des entreprises : réduction ou augmentation des dépenses publiques, réforme du système de protection sociale, disparition ou conquête d’un nouveau marché...

Un choc conjoncturel sera positif ou négatif selon qu’il stimule ou au contraire freine la croissance économique.

Mutations structurelles

Les structures économiques et sociales influencent la capacité d’une économie à absorber les chocs conjoncturels.
Un système de protection social efficace et organisé sur le principe d’une solidarité collective, permet d’éviter une chute brutale de la demande de consommation des ménages lorsque le chômage se développe ou lorsque la valeur des actifs réels ou financiers s’effondre. Inversement, un marché du travail très réglementé peut constituer un obstacle aux transformations induites par la mondialisation ou le progrès technique.
Il est donc indispensable que les pouvoirs publics associent l’action conjoncturelle et les politiques structurelles dont les effets à long terme sont essentiels. Construire l’Union Economique et Monétaire (UEM), engager une politique d’éducation et de formation, soutenir la recherche développement, construire des infrastructures adaptées à l’économie d’aujourd’hui sont autant d’exemples de ces politiques structurelles qui déterminent le cadre dans lequel les entreprises évoluent.
Certaines transformations structurelles ne sont pas choisies et ont un caractère durablement affirmé. Il en est ainsi des changements de la démographie et des comportements sociaux. Le vieillissement de la population, le développement de l’activité féminine, les transformations de l’organisation familiale, provoquent l’émergence de nouveaux produits et entraînent le déclin d’autre activité.

Analyse de la conjoncture

Utiliser un ou plusieurs tableaux de bord permettant d’avoir une idée synthétique de la conjoncture est assez naturel. Le plus souvent ces indicateurs fonctionnent comme des signaux d’alerte lorsqu’ils s’écartent de leur niveau "normal". C’est pour cette raison qu’on parle des clignotants de l’économie.
Maintenir l’économie dans une situation proche du plein emploi, avec une inflation faible et sans déséquilibre extérieur est souhaitable, mais il faut aussi que le PIB par habitant augmente chaque année pour que le bien être matériel des citoyens s’apprécie. La compréhension des sources de la croissance économique est indispensable.
Les données objectives observées et calculées par les organismes de conjoncture ne sont pas la seule source d’informations. Les décisions des ménages et des entreprises ont une dimension subjective qu’il faut prendre en compte. c’est le rôle des enquêtes de conjoncture qui donne lieu à la publication d’indicateurs synthétiques.

Tableaux de bord, clignotants, et indicateurs synthétiques

Au début des années 1960, l’OCDE a lancé la publication d’indicateurs de performance économique. La représentation la plus connue est celle du carré magique regroupant sur un même graphique quatre indicateurs : le taux de croissance du PIB, le taux d’inflation, le taux de chômage et le rapport du solde extérieur relativement au PIB. La désignation retenue renvoie à l’idée qu’il est très difficile (ce serait "magique") d’obtenir une performance élevée pour les quatre objectifs. On sait par exemple qu’une forte croissance économique assure un faible niveau de chômage mais s’accompagne le plus souvent de tensions inflationnistes et d’une croissance rapide des importations.

Tous les organismes de conjoncture utilisent les résultats des enquêtes de conjoncture conduites auprès des ménages et des entreprises. Il s’agit de recueillir des informations sur les anticipations et la perception de l’environnement économique.
- L’Insee publie chaque trimestre une "note de conjoncture" résumant toutes les indications obtenues à partir du croisement des enquêtes et des données des comptes nationaux.
- La Banque de France publie une "enquête mensuelle de conjoncture" .

Les indicateurs synthétiques dégagés des enquêtes concernent les comportements
- des ménages : consommation courante, achats de biens d’équipements ménagers, construction de logements, sentiment sur le climat des affaires...
- et des entreprises : carnets de commande, taux d’utilisation des capacités de production, stocks, projets d’investissement...

Contributions à la croissance du PIB

Dans une économie nationale pour une période donnée - une année par exemple - tous les biens et services mis à disposition des agents (par la producteurs résidents - le PIB - et par les producteurs non résidents - les importations) reçoivent une utilisation (ils sont consommés ou bien ils sont achetés comme équipements ou encore ils sont exportés) et si les utilisations ne correspondent pas rigoureusement aux ressources disponibles les stocks de produits vont augmenter ou diminuer.

L’équilibre entre les ressources et les emplois d’une économie s’écrit :

PIB + importations = Consommation finale + FBCF + Exportations + ou - variation de stocks

Il est donc possible d’interpréter l’évolution du PIB à partir des évolutions des autres éléments de cette égalité comptable.
Cela revient à mesurer les contributions à la croissance de la production provenant de la consommation finale, de l’investissement, du commerce extérieur et des variations de stocks.

Typologie des conjonctures

Une période de haute conjoncture est caractérisée par un rythme élevé de croissance du PIB, supérieur à 4 % en valeur, avec un taux de chômage proche du taux de chômage d’équilibre. Une situation de haute conjoncture débouche généralement sur une "surchauffe" de l’économie c’est-à-dire des tensions inflationniste sur les prix et les salaires. Cela conduit normalement les pouvoirs publics à intervenir pour réduire ces tensions ce qui entraîne généralement la fin de l’expansion.
Inversement une période de basse conjoncture est caractérisée par un rythme faible de croissance du PIB, inférieur à 2 % en valeur, avec un taux de chômage nettement supérieur au taux de chômage d’équilibre.
Lorsque la croissance est nulle ou devient négative - le PIB diminue - on parle alors de récession.
Pour éviter que cette période ne donne naissance à une déflation, c’est-à-dire la baisse des prix et des salaires nominaux (ce qui est rare) les pouvoirs publics adoptent des mesures de politique monétaire, et de politique budgétaire.
Les économistes habitués à cette opposition ont été surpris de voir apparaître une forme paradoxale de conjoncture : la deuxième moitié des années 1970 (la période marquée par les deux chocs pétroliers) correspond à une stagflation expression qui indique qu’une forte inflation coexiste avec un taux de chômage élevé traduisant une faible croissance économique.


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