L’école de la régulation

dimanche 5 janvier 2014

En France la référence aux analyses néokeynésiennes - Nicholas Kaldor, Joan Robinson - ou néoricardiennes - Piero Sraffa, Luigi Pasinetti - est naturelle pour les économistes formés à l’ENSAE [1] et engagés dans l’élaboration de la planification. Les chercheurs travaillant à la Direction de la prévision [2] ou au CEPREMAP construisent des modèles reposant sur les hypothèses keynésiennes et leur interprétation est très fortement inspirée par les idées de Marx.

L’analyse de la croissance devient structurelle et historique en même temps qu’elle rejette l’approche par les marchés pour privilégier le circuit (comptabilité nationale, planification à moyen et long terme). Ces travaux empruntent aux keynésiens l’idée que la demande précède l’offre et aux marxistes l’idée que l’accumulation du capital renvoie à un rapport social. Le passage d’un mode de croissance à un autre est nécessairement progressif et engendre des tensions entre les formes d’accumulation et de régulation. Les grandes crises économiques correspondent au moment le plus intense de ces tensions. Par exemple la crise de 1929 correspond au conflit entre une économie reposant sur les principes anciens (concurrence et absence d’institutions efficaces pour régler l’organisation sociale) et les nouvelles méthodes de production (OST, grandes unités de production) réclamant des débouchés croissants et réguliers.

Chaque période apporte des réponses plus ou moins satisfaisantes aux questions :
- comment assurer des débouchés pour une production croissante ?
- comment rentabiliser les facteurs de production ?

La théorie de la régulation est souvent critiquée pour sa présentation : elle serait purement littéraire et de ce fait ne relèverait pas de l’analyse économique qui doit être capable de modéliser et de mesurer les phénomènes qu’elle est censée décrire.

Pour répondre à cette critique certains régulationnistes ont élaboré des modèles au même titre que les autres théoriciens de la croissance.

Un exemple : le modèle de Robert Boyer (1988).

L’objectif est de confronter un régime de croissance de la productivité et d’un régime de croissance de la demande. Le régime de croissance de la productivité reprend les déterminations technologiques et les effets induits de répartition et de demande déterminant l’influence de la croissance de la production sur celle de la productivité. Les variables (taux de croissance) sont en majuscules et les paramètres en minuscules.

La croissance de la productivité « PR » dépend d’un trend autonome « a » du taux de croissance de l’investissement « I » et de celui de la production « Q »
PR = a + bI + dQ
« I » dépend d’un accélérateur de consommation « C » et de la variation de la part des profits : écart entre croissance de la VA (« Q ») et des salaires réels « WR »
I = f + vC + u(PR-WR)
« C » dépend de l’évolution de la masse salariale donc de la croissance de l’emploi « N » et du salaire « WR » C = c (N.WR) + g
« WR » dépend de croissance de l’emploi et de la productivité WR = kPR + jN + h
PR = a + bI + dQ

I = f + vC + u(PR-WR)

C = c (N.WR) + g

WR = kPR + jN + h

Q = a C + (1 - a) I

N = Q - PR

Régime de croissance de la productivité
Un raisonnement du même type permet de construire un régime de croissance de la demande à partir des salaires et des comportements d’investissement.
Régime de croissance de la demande

[1Aujourd’hui L’ENSAE est une école scientifique originale dans le système des grandes écoles françaises, à la charnière entre les écoles d’ingénieur et des écoles de commerce.

[2Intégrée en 2004 à la Direction générale du Trésor et de la politique économique (DGTPE), rebaptisée en 2010 Direction générale du Trésor


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 267 / 1404550

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Économie générale  Suivre la vie du site L’économie et son domaine  Suivre la vie du site Compléments   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP + AHUNTSIC

Creative Commons License