L’herbe est plus verte dans le pré du voisin : le match Angleterre-France

jeudi 27 mars 2014

Posez la question et vous obtiendrez la réponse "la France va mal et le Royaume-Uni va bien" et les justifications suivent s’inspirant des propos peu diplomatiques tenus en janvier 2014 par David Cameron dans le Times : selon lui le retour à la croissance s’est fait grâce à une politique économique qui tourne le dos aux « grandes erreurs ayant conduit à la grande récession : plus d’emprunts, plus de dépenses et plus de dette », ajoutant « Si vous doutez des effets désastreux que représenterait un retour des politiques économiques inspirées par les travaillistes, regardez les pays qui sont en train de suivre cette approche ».

Pourtant les "faits" sont là et on a du mal à comprendre comment il peut y avoir un tel aveuglement à montrer en exemple une économie qui ne va pas si bien que cela :
certes, avec un taux de croissance du PIB de 1,4 % en 2013 (estimation) et 2,4 % prévus en 2014, le Royaume-Uni fait beaucoup mieux que la France mais les graphiques joints ci-dessous relativise cette performance quand on la replace dans le moyen terme, et la France fait même aussi bien que l’Allemagne si on prend un peu plus de recul.





Source : sur le blog "Classe éco", ce billet Crise : la France ne s’en sort pas si mal. Surtout, ne le répétez pas !


La "réussite anglaise" s’accompagne d’un endettement des ménages représentant 140 % du revenu disponible.
Le déficit commercial est nettement plus élevé pour le Royaume-Uni (résultats trimestriels Eurostat)

Le taux de chômage au Royaume-Uni est nettement plus faible que celui de la France (7,4 % de la population active contre 10,5 % en France)...

... mais cet écart s’explique par d’autres raisons que le dynamisme de la création d’emplois [1]

Emploi en France et au Royaume-Uni (indice 100 pour 1994)

Source : le blog d’Olivier Bouba-Olga, ce billet

Pour les finances publiques, le déficit budgétaire devrait représenter 5,8 % du PIB en 2014 (contre 6,8 % en 2013) au Royaume-Uni selon le Fonds monétaire international, et la dette, 95 % du PIB ce qui dans les deux cas est "pire" que la situation française.

Quant à l’inflation la performance française est bien meilleure.

Source : Eurostat

Les analyses récentes de la conjoncture britanniques confirment cette appréciation pour le moins nuancée. Ainsi par exemple le département de recherche économique du Crédit agricole dans le focus du 27 mars 2014 (n°14/24) sous le titre : Royaume-Uni : la reprise actuelle est-elle différente ?
« L’économie britannique enregistre jusqu’à maintenant quatre années consécutives de croissance positive depuis le creux de mi-2009. Cependant, le rythme de cette reprise a été peu soutenu dans les premières années suivant la crise financière (1 % par an en moyenne sur 2010–2012), pénalisé par le processus de désendettement dans les secteurs public et privé et obéré par l’escalade de la crise de la dette dans la zone euro. Si la récession a été très sévère en termes historiques (son ampleur est comparable à la récession des années 1930), la reprise est bien plus lente, avec pour conséquence que le PIB est encore inférieur de -1,4 % à son pic d’avant la récession (au 1er trimestre 2008). La performance du Royaume-Uni, comparée à celle d’autres pays développés, est loin d’être spectaculaire. Elle a même été légèrement plus faible que celle de la zone euro dans les premières années de la reprise. »
Comment comprendre alors que les commentaires dans cette comparaison sont très largement favorables au Royaume-Uni ? Une proposition de réponse dans le billet déjà signalé plus haut :
Crise : la France ne s’en sort pas si mal. Surtout, ne le répétez pas !

[1Le Royaume Uni est probablement l’un des pays européen qui propose les prestations chômage les moins avantageuses pour les salariés, tant pour le montant des prestations chômage que pour la durée, en comparaison d’autres pays comme la France, la Belgique ou la Suisse par exemple. Le résultat c’est que beaucoup de "chômeurs" se tournent vers d’autres systèmes d’aide comme par exemple l’invalidité (trois plus nombreux qu’en France), et que le système d’emplois fait une large place aux "bad jobs".


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