L’innovation, acteurs et enjeux

samedi 8 février 2014

Dans un autre article le rôle de l’entrepreneur innovateur a été mis en évidence, mais il n’est pas à lui seul responsable de la place que les innovations occupent dans le processus de croissance observé dans les économies industrialisées.

Les acteurs de l’innovation

**L’entreprise et la recherche du profit

Lorsque l’entreprise se trouve en situation de concurrence pure et parfaite, elle ne peut durablement conserver un profit “anormal” c’est-à-dire allant au delà de la rémunération du capital investit puisqu’à l’équilibre, en concurrence pure et parfaite les facteurs de production - travail et capital - sont rémunérés à leur productivité marginale.
Le profit “anormal” attirerait de nouveaux concurrents, l’offre augmenterait et le prix baisserait réduisant ainsi le profit à sa valeur “normale”. Les profits élevés ne peuvent donc provenir que d’un décalage provisoire, d’un écart provoqué par l’innovation. L’entreprise innovante bénéficie provisoirement d’un avantage technique, économique ou commercial, qui lui permet de réaliser un profit plus élevé. Tant qu’elle conserve cette position avantageuse son profit peut rester plus élevé que celui de ses concurrents. L’innovation est ainsi à l’origine du profit “d’aubaine”. _ Innover devient le moyen de défendre le profit. . Schumpeter développe cette analyse et montre que la fonction utile de l’entrepreneur réside dans cette propriété : l’entrepreneur est un innovateur et c’est pour cela qu’il perçoit un profit.

**Les ménages et la capacité à accepter l’innovation

Les innovations de procédés bouleversent les méthodes de production. Les innovations de produits changent les habitudes des consommateurs. Si ces derniers sont ouverts aux changements, les innovations peuvent se diffuser plus rapidement. On peut ainsi opposer des positions culturelles plus ou moins favorables à l’innovation et constater les effets sur l’emploi Dans un livre important qui n’a pas eu tout l’écho qu’il méritait Bernard Réal dresse le tableau suivant des dispositions à recevoir l’innovation et des effets sur l’emploi.

Source : Bernard Réal, La puce et le chômage, Le Seuil 1990

**Le rôle de l’État

L’État joue forcément un rôle important à la fois parce qu’il participe à la naissance des innovations et parce qu’il contrôle leur diffusion. En finançant la recherche scientifique (recherche fondamentale) et en développant un système de formation adapté, l’État peut créer un climat favorable à l’innovation. Il peut aussi mettre en place des institutions dont le rôle est de promouvoir les initiatives dans ce domaine, ou encore de créer les “synergies” indispensables (regroupement, financement initial...). Ces idées sont devenues une nouvelle explication de la croissance économique dans le cadre des théories de la croissance endogène.

Le rôle des investissements en Recherche-Développement

Nombre de chercheurs pour mille actifs

Effort de recherche des pays de l’OCDE

Sur le site Ecodico [3] une petite vidéo pour présenter les investissements en R-D.


L’investissement en R&D par lewebpedagogique



La stratégie de Lisbonne échec et dépassement

On peut penser que l’effort de recherche-développement se retrouve dans l’innovation et qu’un pays qui a une forte capacité d’innovation fera des gains de productivité. Alors que depuis le début des années 1960, la croissance de la productivité était plus soutenue en Europe qu’aux États-Unis, ce n’est plus le cas depuis une le début des années 1990. En mars 2000, conscients des conséquences de cette évolution défavorables, les pays de l’Union Européenne (15 à cette date) ont adopté lors du Conseil européen de Lisbonne des lignes directrices [1] destinées à devenir des orientations de politique générale aménagées pour chaque État. Cette stratégie de Lisbonne (on dit aussi Agenda de Lisbonne) doit permettre de faire de l’économie de l’Union européenne « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ».
Pour ce faire il faudrait :
- préparer la transition vers une société et une économie fondées sur la connaissance, au moyen de politiques répondant mieux aux besoins de la société de l’information et de la recherche et développement, ainsi que par l’accélération des réformes structurelles pour renforcer la compétitivité et l’innovation et par l’achèvement du marché intérieur ;
- moderniser le modèle social européen en investissant dans les ressources humaines et en luttant contre l’exclusion sociale ;
- entretenir les conditions d’une évolution saine de l’économie et les perspectives de croissance favorables en dosant judicieusement les politiques macroéconomiques. [2]

Les politiques économiques destinées à assurer le succès de la stratégie de Lisbonne font l’objet d’un examen périodique pendant sa durée (2000-2010) et concernant les objectifs en matière d’innovation pour laquelle d’ici à 2010, il fallait atteindre un taux d’investissement (public et privé) total dans la recherche et le développement égal à 3 % du PIB européen [3].

Voici le jugement porté par Marion Gaillard sur le site "Vie publique" (mars 2013).

Bilan de la stratégie de Lisbonne

Cette stratégie a échoué. Alors qu’elle prévoyait d’affecter au budget de la recherche 3% de son PIB, l’UE dans son ensemble n’y consacre que 1,9% (avec des écarts importants entre pays : 3,95% pour la Suède en 2006 contre 2,16% pour la France ou 1,1% pour l’Italie). À titre de comparaison, ce pourcentage est de 2,6% aux États-Unis et 3,15% au Japon. De même, le taux de croissance visé était de 3% et il n’a atteint que 1,25 % en moyenne.
L’Europe reste également à la traîne pour le PIB/habitant, avec 25 160 euros en 2011 contre 36 720 aux États-Unis et 26 190 au Japon. En matière d’emploi, les objectifs n’ont pas non plus été atteints : le but fixé était un taux d’emploi global de 70% et il n’était que de 64,3% en 2011 ; celui des 55-64 ans devait d’élever à 50% et n’atteignait à la même date que 47,4%. On peut bien sûr y voir les conséquences de la crise, mais cela serait occulter le retard existant avant la crise et les carences de la stratégie définie en 2000.
Face à cela, la Commission a mis au point en mars 2010 la stratégie Europe 2020.
Ce nouveau projet, visant une « croissance intelligente, durable et inclusive », est organisé autour de trois axes :
l’innovation,
l’accroissement du taux d’emploi,
la durabilité de la croissance.
Il propose plusieurs objectifs chiffrés, comme un taux d’emploi global de 75% (5% de plus que dans la stratégie de Lisbonne), un budget de la recherche équivalent à 3% du PIB (reprise de l’objectif précédent, réaffirmé malgré le contexte de réduction des déficits et de la crise), une réduction de 25% de la pauvreté, ou encore une diminution de l’échec scolaire de 15 à 10%.
Par ailleurs, la stratégie Europe 2020 réaffirme les ambitions du « paquet énergie-climat » adopté en 2008.
On peut d’ores et déjà craindre pour la réalisation de ces objectifs car depuis l’adoption de cette stratégie, la situation économique de certains pays s’est encore dégradée, avec une récession persistante, une dette croissante, un chômage et une pauvreté en augmentation.



Sur le site de la Commission européenne vous pouvez lire le dossier consacré à la stratégie Europe 2020.

Les questions de l’innovation

Même si tous les investissements sont des paris, l’investissement consacré à l’innovation comporte un risque plus grand encore. C’est pour cette raison qu’il existe des formes spécifiques de financement pour l’innovation.
La vidéo suivante montre l’exemple d’une société qui a bénéficié du financement d’un "capital-risqueur". Le capital risque est un maillon essentiel du financement des entreprises innovantes. Cette vidéo est mise en ligne sur le "canal éducatif à la demande" [4].


Biotech et capital-risque
Une vidéo du Canal Educatif à la Demande



Les nouveaux champs de l’innovation

De nombreux économistes considèrent que l’amélioration des conditions de vie ne passera plus par la consommation de nouveaux biens mais par l’accès à de nouveaux services : services à la personne, biens de consommation pourvoyeurs de services ainsi qu’on le voit apparaître avec la domotique par exemple. Cette nouvelle direction donnée à l’innovation transformera l’économie et la société comme le suggère Michèle Debonneuil qui, après les secteurs primaire, secondaire et tertiaire, prédit l’avènement de l’« économie du quaternaire ».



Cette présentation participe des discussions autour du développement de nouvelles activités de services liées au besoin croissant de "prise en charge" tel qu’il est mis en évidence par exemple dans l’expression de "Care economie". [5]

Les effets de l’innovation

La distinction des différentes formes d’innovations permet de comprendre comment les innovations accompagnent la croissance en affectant à la fois l’offre et la demande des produits.
Du côté de l’offre, les innovations permettent de réduire les coûts de production et d’augmenter la productivité du travail.
Du côté de la demande, les innovations conduisent les acheteurs à modifier leurs dépenses.

Certaines innovations de grande ampleur entraîne une série d’autres innovations liées [6] (le premier PC).
Ce sont des innovations radicales, par opposition aux innovations incrémentales qui sont de simples améliorations d’une innovation (nouvelle génération de microprocesseurs reposant sur les mêmes principes que les précédents).
Les précisions apportées sur le vocabulaire lié aux innovations ne doit pas faire oublier les mises en garde habituelles : le progrès technique c’est bien mais il ne faut pas tout mélanger et savoir raison garder...

Voyez comment Boris Vian traite cette question dans cette merveilleuse complainte du progrès d’abord intitulée Les arts ménagers, (salon qui se tient tous les ans à Paris). La chanson est déposée à la SACEEM le 10 janvier 1955 !


La complainte du progres par tontonfredo

[1Les lignes directrices intégrées (LDI) établies pour 3 ans (les dernières en date couvrent la période 2005-2008), les LDI proposent aux Etats membres une série d’indications méthodologiques et d’objectifs intermédiaires en vue d’atteindre les cibles de la stratégie de l’Union européenne pour la croissance et pour l’emploi.
Au nombre de 24, elles se composent, d’une part, de grandes orientations de politique économique (GOPE) et, d’autre part, de lignes directrices pour l’emploi (LDE).

[2Conclusions du Conseil européen du 23 et 24 mars 2000, en ligne à cette adresse. Lors du Conseil européen de Göteborg en juin 2001, les États-membres ont ajouté la dimension de l’environnement à la stratégie convenue à Lisbonne.

[3Voir aussi : Rapport au Conseil d’analyse économique (CAE ) de Philippe Aghion, Élie Cohen et Jean Pisani-Ferry, Politique économique et croissance en Europe, 2006 et Jean-Louis Sangaré, Investir dans la recherche pour doper la croissance européenne, notes de veilles du Centre d’analyse stratégique, 2006 ou encore, le compte rendu du séminaire du Centre d’analyse stratégique consacré à la stratégie de Lisbonne en 2006 : Politique de la concurrence et politique de l’innovation en Europe ainsi que Claire Lelarge, Innovation et niveau technologique des entreprises françaises, dossier publié dans l’économie française comptes et dossiers, 2006-2007

[4Elle a été conçue en partenariat avec HEC : des élèves ont collaboré à la msie au point du scénario. Elle a été réalisée avec le concours de l’entreprise Cythéris, de France Biotech et de Bioam

[5Sur ce thème voir la présentation du livre de Martin Vial, Care Revolution, l’Homme au coeur de la révolution mondiale des services, janvier 2008, Editions Nouveaux débats publics. Cette transformation va au-delà de la révolution des services à la personne, car elle caractérise aussi une évolution qualitative de la demande des consommateurs qui veulent de plus en plus être pris en charge de façon personnalisée pour résoudre leurs problèmes dans la vie quotidienne comme dans les événements exceptionnels. En ce sens, Care Revolution englobe celle des services à la personne avec cette mutation de la demande où la relation personnalisée reprend le premier plan.

[6Schumpeter parle de "grappes d’innovations"


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