L’intermédiation bancaire

samedi 28 septembre 2013

L’énumération des trois catégories d’opérations de banque ; recevoir des dépôts, accorder des crédits et gérer les moyens de paiement, suffit pour comprendre que les établissement de crédit sont des intermédiaires qui font de la transformation.

Qu’est-ce que l’intermédiation bancaire ?

La fonction de l’intermédiation financière est l’opération qui consiste à assurer la liaison entre des agents non financiers ayant une [*capacité de financement*] avec d’autres agents non financiers ayant un [*besoin de financement*]. Les intermédiaires financiers cherchent à collecter sous forme de dépôts les capacités de financement pour accorder des crédits aux agents à besoins de financement. Dans le bilan des banques l’intermédiation se lit a priori en repérant les dépôts des clients au passif et les crédits à la clientèle à l’actif.
C’est pour cette raison qu’on parle dans ce cas d’[*intermédiation de bilan*].
Parce qu’elle implique les deux parties du bilan de l’établissement de crédit (actif et passif) [*elle décrit une transformation des risques et/ou des échéances*], rendue possible grâce au regroupement des capitaux permettant de réaliser des économies d’échelle et de faire jouer des phénomènes de compensation.

Mais les banques pratiquent une autre forme d’intermédiation : l’[*intermédiation de marché*] qui répond à une logique de négociation. Les banques en intervenant lors de l’émission d’un actif financier (marché primaire) ou lors de la négociation (marché secondaire), sans avoir à faire entrer le titre dans son bilan pour le transformer. [1]

Pour les ménages et les entreprises qui n’ont pas accès aux marchés financiers (la très grande majorité des entreprises) il n’y a pas d’autre source de financement que le recours à l’emprunt bancaire, c’est-à-dire à l’intermédiation de bilan.
Le tableau suivant extraits des Tableaux de l’économie française édition 2013 (INSEE) permet de mesurer le poids de l’intermédiation de bilan.

Les ménages se financent à 100% auprès des banques, les sociétés non financières assurent 70% de leur financement par le crédit bancaire. Ce tableau montre aussi le poids des Administrations publiques dans les financements de marché, 73% des financements de marché sont destinés aux administrations publiques contre 27% aux entreprises (les grandes qui ont accès aux marchés financiers).

Évolution du modèle de financement

C’est l’économiste anglais John Richard Hicks qui en 1974 [2] introduit la distinction entre deux systèmes extrêmes de financement : un financement par l’endettement ("credit economy" ou encore "overcraft economy") dans lequel ce sont les banques qui financent les entreprises et un financement par les marchés (économie de fonds propres) dans lequel les entreprises lèvent des capitaux par émissions de titres sur les marchés des actions et des obligations. Bine entendu ces deux modèles extrêmes ne se rencontrent pas à l’état pur dans la réalité mais les systèmes de financement réels sont plus ou moins dominé par l’un ou l’autre.
Le modèle de financement dans la zone euro est encore organisé principalement par la finance intermédiée ce qui n’est pas le cas aux États-Unis.
Le crédit bancaire aux entreprises représente 15 % du PIB aux Etats-Unis et 90 % du PIB dans la zone euro.
Depuis le milieu des année 1980, la transformation du système de financement en France est souvent présenté comme le "[*passage d’une économie d’endettement à une économie de marchés financiers*]". Il y aurait eu une [*désintermédiation du financement*].
Les raisons avancées pour expliquer ce phénomène sont nombreuses :
- la déréglementation de certaines activités financières réduisant les coûts d’accès aux marchés financiers et les formalités
- les innovation financière (nouveaux produits, nouveaux marchés, techniques de couverture) ont rendu les marchés plus attractifs
- l’internationalisation des entreprises nationales présentes désormais dans les pays ayant un recours important aux marchés financiers pour les besoins de financement.
Ces causes s’ajoutent à l’avantage évident d’un financement sans intermédiaires : il coûte moins cher parce qu’il n’y a pas d’intermédiaire à rémunérer.
La mesure d’un indicateur d’intermédiation est délicate, la Banque de France par exemple distingue l’intermédiation bancaire et l’intermédiation financière.
Dans le premier cas seuls les établissements de crédit qui accordent des crédits aux agents non financiers résidents sont pris en compte, dans le second les OPCVM et les sociétés d’assurance sont aussi pris en compte.
Le taux d’intermédiation au sens strict correspond à la part des seuls crédits octroyés par ces IF dans le total des financements des ANF. Le taux d’intermédiation au sens large prend en compte, outre ces crédits, les titres émis par les ANF et détenus par les IF.

Taux d’intermédiation bancaire et financière en France

source : Banque de France

La distinction entre les deux formes d’intermédiation, de bilan et de marchés, permet de relativiser la désintermédiation qui caractérise l’évolution des 20 dernières années en France. Si la part prise par le crédit bancaire dans le financement de l’économie a incontestablement diminué, les intermédiaires financiers sont très présents sur les marchés et l’intermédiation de marché a pris une place beaucoup plus large au fil du temps.
C’est ce qui explique que les profits des banques se sont maintenus et même, en dehors des pics de la crise, ont été plus élevés qu’avant. Ce résultat est normal, puisqu’en développant des activités de marché, plus risquées les profits ont suivi, d’autant qu’elles n’ont pas hésité à utiliser les dépôts des clients pour prendre des positions sur les marchés.
Les marges réalisées sur les marchés sont beaucoup plus importantes que la marge d’intermédiation.
Normalement la crise financière et bancaire et les nouvelles règles imposées par les autorités de tutelle devaient conduire à la réduction de ces pratiques et la désintermédaition devrait reculer, mais il y a cependant des raisons de penser qu’il n’en sera rien au contraire.
Paradoxalement la désintermédiation devrait connaître un nouveau développement en conséquence de la crise et des mesures prudentielles qui sont imposées aux banques.
Les banques de la zone euro sont confrontées simultanément :
- aux nouvelles règles prudentielles de Bâle 3, qui augmentent le besoin de financement à moyen et long termes des banques pour refinancer les crédits à moyen et long termes. Ce qui n’est pas financé par les dépôts devra l’être par des émissions d’obligations ce qui sera lourd car aujourd’hui, le crédit bancaire représente plus du double de l’encours des obligations qui les financent
- les exigences de fonds propres réglementaires, vont continuer à s’accroître
- l’aversion pour le risque augmente le prix du financement
- la difficulté accroître les marges de taux d’intérêt sur les crédits.
Il faudra donc trouver un ou des substituts à l’image du modèle américain ou trouver d’autres moyens de financement.
En France les pouvoirs publics envisagent d’autoriser les assureurs à jouer un rôle plus importants dans le financement des entreprises, mais il est probable que cela n’empêchera pas de recourir aux méthodes américaines : la titrisation (dont on sait les risques qu’elle ait courir depuis la crise des subprimes) [[Une société créée à cet effet achètent aux banques les crédits aux
entreprises en se finançant sur les marchés (auprès des investisseurs), en partie
à court terme. Pour en savoir plus sur la titrisation] et les obligations "hight yield" (obligations à haut rendement) qui par définition sont risquées (le rendement est lié au risque). Il n’est donc pas forcément indiqué de se réjouir de cette désintermédiation qui rendra l’économie beaucoup plus sensible aux aléas des marchés financiers.

Il faut faire attention au vocabulaire : lorsque les banques calculent leur produit net (PNB) elles retiennent 3 composantes : marge d’intermédiation, marge sur commissions et marge sur les plus values. La marge d’intermédiation correspond uniquement à l’intermédiation de bilan

[1Par exemple, lorsque une entreprise émet des billets de trésorerie, elle a recours à la finance directe, mais son banquier peut placer ces billets de trésorerie auprès
de la clientèle. C’est cela l’intermédiation de marché.

[2The Crisis in Keynesian Économies, Basil Blackwell, 1974 ; en français : La crise de l’économie keynésienne, Fayard, Paris, 1988


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