L’organisation du travail en Europe

mercredi 15 janvier 2014

Le Centre d’études de l’emploi (CEE) a exploité l’enquête sur les conditions de travail conduite en Europe à partir des déclarations des salariés des établissements d’au moins dix personnes des secteurs marchands. Voici l’essentiel de ce document extrait du 4 pages du Centre d’études de l’emploi, mars 2005.

Cette étude met en évidence quatre classes bien distinctes : les organisations "apprenantes", les organisations "au plus juste", les organisations tayloriennes et les organisations de "structure simple".

La classe des organisations du travail apprenantes regroupe 39 % des salariés de la population étudiée.
Ceux-ci disposent d’une forte autonomie dans le travail, autocontrôlent la qualité de leur travail et rencontrent fréquemment des situations d’apprentissage et de résolution de problèmes imprévus. Ils sont relativement nombreux à travailler en équipe. Ils exercent le plus souvent des tâches complexes, non monotones et non répétitives et subissent peu de contraintes de rythme.
Cette classe s’apparente au modèle sociotechnique suédois (parfois qualifié d’Uddevalisme du nom de l’usine Volvo où elle a été initiée), fondé sur le principe d’équipes autonomes qui s’auto-organisent pour réaliser les objectifs établis avec la hiérarchie.

La classe des organisations du travail au plus juste (28 % des salariés) présente une forte diffusion du travail en équipe, de la rotation des tâches et de la gestion de la qualité (autocontrôle de la qualité et respect de normes de qualité précises). Elle correspond typiquement au modèle de la "production au plus juste" (lean production, toyotisme) qui combine travail en groupe, polyvalence, qualité totale et flux tendus. Simultanément, les salariés se voient imposer des contraintes de rythme particulièrement lourdes et exécutent des tâches souvent répétitives et monotones. Si, comme dans les organisations apprenantes, ils sont souvent confrontés à des situations d’apprentissage et de résolution de problèmes imprévus, ils bénéficient en revanche de bien moindres marges d’autonomie dans leur travail. Cette autonomie modérée s’exerce sous de fortes contraintes de rythme et de normes de qualité. Il s’agit donc d’une "autonomie contrôlée" que les employeurs suscitent pour concilier contrôle managérial et mobilisation de l’initiative et de la créativité des salariés.

La classe des organisations du travail tayloriennes (14 % des salariés) s’oppose dans une large mesure à celle des organisations apprenantes. Comme dans les organisations au plus juste, les individus sont soumis à d’importantes contraintes de rythme, effectuent des tâches répétitives et monotones et sont astreints à des normes de qualité précises. Mais, contrairement à la classe précédente, leur travail présente une faible autonomie, un faible contenu cognitif et l’autocontrôle de la qualité y est peu répandu. Cette classe relève du modèle taylorien d’organisation du travail, dans ses formes classiques, mais aussi dans ses formes assouplies en "taylorisme flexible" comme le suggère la fréquence relative des pratiques de rotation des tâches.

La classe des organisations du travail de structure simple (19 % des salariés) tend à s’opposer à celle des organisations au plus juste. Le travail en équipe, la rotation des tâches et la gestion de la qualité y sont peu diffusés. Le travail y est peu contraint dans ses rythmes et peu répétitif, mais relativement monotone et à faible contenu cognitif. Cette classe est définie par une faible formalisation des procédures et un mode de contrôle par supervision directe.

Ces quatre formes d’organisation du travail n’ont pas la même diffusion dans tous les secteurs.

- Les formes apprenantes sont particulièrement développées pour les salariés des banques et assurances, des services aux entreprises et du secteur de l’électricité, gaz et eau.
- Les formes au plus juste sont les plus diffusées parmi le personnel des activités industrielles, notamment la fabrication de matériels de transport, la fabrication électrique et électronique, les industries du bois, papier et carton, et l’édition et imprimerie.
- Les formes tayloriennes sont surtout présentes parmi les salariés des industries du textile, habillement et cuir, de l’agro-alimentaire, du bois, papier et carton, et de la fabrication de matériels de transport.
- Enfin, les formes de structure simple se rencontrent principalement chez les personnels des activités de services, notamment les transports terrestres et les services aux particuliers.

La diversité des formes d’organisation du travail selon les groupes socioprofessionnels est également élevée.
- On observe logiquement une prédominance des formes apprenantes pour les cadres, dirigeants ou non, et les professions intermédiaires.
- Les formes au plus juste concernent principalement les ouvriers.
- Les formes tayloriennes s’exercent surtout sur les ouvriers de type industriel et sur les salariés non qualifiés.
- Enfin, ce sont les employés, notamment les employés de commerce, et les personnels non qualifiés qui travaillent le plus fréquemment dans des formes de structure simple.

Cependant, on observe que chacune des quatre formes d’organisation du travail est présente de façon non négligeable dans chacun des secteurs ou des groupes socioprofessionnels, ce qui laisse supposer qu’il existe une certaine marge dans les choix d’organisation.

Ces formes d’organisation du travail sont loin de concerner les mêmes proportions de salariés dans chacun des pays de l’Union européenne. Globalement, les nouvelles organisations, apprenantes ou au plus juste, opèrent un clivage entre pays du nord et du sud.

Champ : Salariés des secteurs marchands, hors agriculture et services domestiques, travaillant dans des établissements d’au moins dix personnes.
- Lecture : En Espagne, 39 % des salariés travaillent dans des organisations au plus juste et 20 % dans des organisations apprenantes.
- L’ensemble formé par l’Espagne, l’Irlande et le Royaume-Uni se caractérise par un profil spécifique : la prédominance d’organisations au plus juste.
- Source : Troisième enquête européenne sur les conditions de travail. Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail.


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