La contrainte extérieure

lundi 10 mars 2014

En économie ouverte une augmentation du déficit budgétaire engendrant une augmentation du revenu et de la production a trois effets indésirables qui viennent réduire l’avantage procuré.

Le multiplicateur en économie ouverte

L’augmentation du revenu et de la production entraîne mécaniquement une augmentation des importations de biens et services.
Une partie non négligeable des importations est en effet directement liée au revenu national et au PIB. Dans la consommation des ménages, les importations ont une part de marché relativement stable. Quand le revenu des ménages augmente, ils consomment davantage de produits nationaux mais aussi de produits étrangers. La production intérieure est réalisée en utilisant des équipements et des consommations intermédiaires qui pour uen partie sont importés. Pour produire plus il faut donc importer plus. Statistiquement la part des importations dans le PIB est relativement stable. Les économistes disent que la propension marginale à importer mesurant la variation des importations dans une année par rapport à la variation du PIB est constante.
En désignant par M les importations et par Y le PIB et en notant m la propension marginale à importer ΔM et ΔY les variations des importations et du PIB, on peut écrire : ΔM = m ΔY.
En utilisant les notations habituelles G pour les dépenses publiques, T pour les prélèvements obligatoires, C pour la consommation des ménages, c pour a propension à consommer le revenu disponible Y-T, I pour l’investissement et X pour les exportations l’équilibre macroéconomique s’écrit :
Y + M = C + I + G + X
soit
Y + mY = c (Y - T) + I + G + X ou encore Y = (I + G + X - cT) [ 1 / (1 - c + m) ]

alors qu’en économie fermée le même équilibre s’écrit
Y = (I + G - cT) [ 1 / (1 - c ) ]

Pour mesurer l’écart il suffit de donner à c et m des valeurs observées c = 0,8 et m = 0,3 ce qui donne un multiplicateur en économie ouverte valant 2 contre 5 en économie fermée.

Cette contrainte se traduit par une dégradation du solde commercial d’autant plus forte que l’appareil productif est plus mal adapté à la demande intérieure.

Il faut ajouter que la politique budgétaire de soutien de la demande est généralement inflationniste. Toutes choses égales par ailleurs (si les prix des autres pays ne changent pas et si le taux de change est fixe) les produits nationaux sont plus difficiles à exporter puisque leurs prix augmentent, et les importations augmentent parce que les produits étrangers sont plus compétitifs.

Enfin, les deux évolutions précédentes obligent les pouvoirs publics à défendre le taux de change - l’inflation et le déficit extérieur se traduisent par une dépréciation du taux de change sur le marché des changes - qui prend généralement la forme d’une augmentation du taux d’intérêt. Cette décision aura pour effet de réduire l’efficacité de la politique de relance.

Illustration pour la relance de 1981

Cette politique est mise en œuvre par le premier gouvernement de gauche du premier mandat de François Mitterand (1981).
La relance est budgétaire (accroissement des prestations sociales , relance de l’investissement public , augmentation des salaires et embauche de fonctionnaires) et s’accompagne de mesure législatives (augmentation du SMIC compensée pour les entreprises par un allégement des charges que l’Etat prend à son compte) .
L’effet de la relance a été relativement limité en raison du décalage conjoncturel et de politique économique existant entre la France et ses concurrents.
Au moment où la France relance, ses partenaires, en particulier l’Allemagne, dans le sillage des gouvernements anglais (Mme Thatcher) et américain (Ronald Reagan) appliquent des politiques de rigueur qui ont pour effet de plonger l’économie mondiale dans la dépression .
Le taux de croissance de l’économie française devient donc, en 81et 82, supérieur au taux de croissance de ses concurrents. L’effet sur le solde de la balance commerciale va se faire sentir très rapidement : le déficit commercial se creuse. La Banque de France défend la valeur du franc mais très vite le gouvernement prend acte des tensions sur le taux de change et décide de dévaluer par trois fois d’octobre 1981 à mars 1983.

Le tableau montre l’écart entre les performances observées (la réalité) et ce qui serait advenu en l’absence de relance (estimation de l’Observatoire français de conjoncture économique). Il faut donc porter un jugement nuancé car si l’inflation a augmenté (assez faiblement) et si le déficit commercial a été creusé ce n’est pas de 100 milliards comme on le lit souvent, les 100 milliards de déficit de 1983 correspondent à 64 milliards qui auraient existé en tout état de cause. En revanche il y a bien eu une amélioration de l’emploi et une plus forte croissance.

L’obligation de défendre le franc dans le cadre du SME et cela malgré 3 dévaluations a poussé les taux d’intérêt réel à des niveaux très élevés ce qui a bien entendu freiné les effets positifs de la relance.

Ainsi dès 1983, le choix entre la poursuite d’une politique de soutien de la demande impliquant une sortie du SME (système monétaire européen) puisqu’il faut régulièrement dévaluer pour rétablir la compétitivité prix. C’est une troisième solution qui sera retenue : la désinflation compétitive.
Pour rester dans le SME, défendre la stabilité du taux de change, faire du franc une monnaie aussi forte que le mark allemand, il faut rapprocher le taux d’inflation de la France de celui de l’Allemagne.

La lutte contre l’inflation prend la forme d’une politique de rigueur budgétaire combinée à des mesures structurelles pour modifier la liaison entre prix et salaires, en particulier par l’abandon de l’indexation de la variation des salaires sur la variation anticipée des prix.
Tous les gouvernements qui se sont succédés depuis le virage de 1983 ont maintenu cette orientation jusqu’à l’entrée dans la zone euro en 2000.

La contrainte extérieure se manifeste aussi dans l’écart observé entre les taux d’intérêt de deux États, ce que les économistes appellent le "spread".
Lorsqu’un pays emprunte à des taux plus élevé qu’un autre, il subit une contrainte exprimée par la prime qu’il doit verser pour compenser le risque perçu par les prêteurs qui préfèrent placer leurs capitaux dans l’autre pays. Il s’agit bien d’une contrainte extérieure parce que le pays qui supporte cette prime doit "suivre" les taux d’intérêt de l’autre.

Illustration le spread France Allemagne : évolution, depuis la fin de la convergence des taux (fin 2006), du spread entre le taux sans risque long de la France et le Bund

Source : Fairness Finance

La disparition de la contrainte du taux de change - forme visible de la contrainte extérieure - pouvait redonner des degrés de liberté à la politique budgétaire, mais le PSC (pacte de stabilité et de croissance) vient borner cette liberté (le déficit public ne doit pas dépasser 3% du PIB.


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