La croissance n’assure pas toujours le développement

mardi 14 janvier 2014

Les comparaisons internationales montrent que sur le long terme, la croissance économique se manifeste à des rythmes différents suivant les régions du monde.

PIB comparés : États-Unis, Europe et Japon (attention pour la lecture d’un graphique semi-logarithmique l’échelle des ordonnées est particulière - graphiques semi-logarithmiques

On observe un phénomène de rattrapage entre les pays développés, l’écart entre les États-Unis et l’Europe développée se réduit. [1]

Pour les pays développés, la croissance se manifeste au début du XIXème siècle et s’accélère après 1950.

Taux de croissance moyen annuel du PNB en volume (en %)Moyenne annuelle 1820-1989

Source : Angus Maddison, Dynamic Forces in Capitalist Development, 1991

La croissance est particulièrement forte aux États-Unis. La croissance devient plus rapide dans les pays qui "démarrent" plus tard. La rythme de croissance a été nettement plus élevé de 1950 à 1973.

Pour les pays en développement, le « démarrage » intervient seulement en 1950.

PIB par tête 1820-2000 par régions

Source : Economic Growth (2nd Edition), 2008, David N. Weil, Pearson Education/Addison Wesley.
Note : Western Offshoots = USA, Australie, Canada, Nouvelle-Zélande

La convergence des taux de croissance.

Le rattrapage constaté entre les pays développés et le fait que la croissance économique se manifeste depuis peu dans certaines régions du monde peuvent expliquer le rythme particulièrement rapide observé pour les pays qualifiés souvent comme "pays émergents". Ce concept est assez imprécis mais on considère généralement que les pays émergents sont des pays dont le PIB par habitant est inférieur à celui des pays développés, mais caractérisés par une croissance économique rapide permettant que le niveau de vie converge vers celui des pays développés.
La Corée du Sud pourrait est une bonne illustration de ce phénomène [2] qui concerne aujourd’hui des pays dont l’effectif de population est nettement plus important puisqu’il s’agit de la Chine, de l’Inde, de la Russie et du Brésil.
Pour expliquer ce rattrapage on fait généralement référence à Moïse Abramovitz qui reprend le raisonnement de Robert Solow (productivité du capital décroissante) et la complète par la prise en compte des différences de niveau technologique. Ceux qui viennent "après", font des économies d’apprentissage et bénéficient des expériences réalisées par ceux qui ont commencés plus tôt. Plus l’écart entre les niveaux de productivité est grand plus le rattrapage peut être rapide. La croissance rapide est en plus dopée par l’élargissement du marché et les économies d’échelle réalisables. Si en plus comme pour la Chine aujourd’hui le pays reçoit d’importants transferts de capitaux (investissements directs) la croissance peut sembler vertigineuse.
Sur son blog, Olivier Bouba-Olga rappelle qu’il faut se méfier des comparaisons de taux de croissance entre pays ayant des niveaux de développement différents. Dénonçant La métaphore de la course à pied il montre à l’aide d’un exemple qu’en supposant des taux de croissance constants pour un pays développé et des pays émergents l’écart entre le taux de croissance d’un pays développé et le taux de croissance moyen mondial doit mécaniquement se creuser tant que les pays en retard ont un taux de croissance sensiblement supérieur à celui du pays développé. Ce résultat est purement arithmétique, il n’a rien de désolant a priori et l’auteur invite même à s’en réjouir : « les performances supérieures des pays comme la Chine, l’Inde ou les PECO sont plutôt une bonne nouvelle, car elles signifient que ces pays se développent, que le niveau de vie de leurs populations s’améliore (plus ou moins vite et de manière plus ou moins égalitaire selon les pays) ; bref, tendent à converger vers le niveau de vie des pays développés. »

Inégalités de développement

Des développements plus importants sur les inégalités de développement sont proposés dans cet article.
Les inégalités constatées pour la croissance économique se manifestent aussi lorsqu’on passe à la notion de développement. En lisant l’article Peut-on mesurer le développement ? vous verrez que le passage du PIB par habitant à l’IDH (indicateur de développement humain) ne change pas fondamentalement les conclusions précédentes.
Sur son excellent site Claude Bordes propose dans "Le monde la nuit" une illustration des inégalités de développement à partir d’images prises par les satellites la nuit.

Les inégalités de développement ont longtemps été expliquées comme un simple retard de développement provoqué par des obstacles qui se manifesteraient dans certaines régions du monde mais qui au fil du temps devaient "naturellement" être atténués. Dans les années 1960 et 1970 un courant de pensée qualifié de "Tiers-mondisme" a adopté une perspective radicalement différente. Il ne s’agissait plus d’un retard de développement mais d’un effet de la domination des pays riches sur les pays pauvres. Cette analyse est moins souvent retenue aujourd’hui, elle a cependant encore de nombreux partisans mais les images des inégalités n’ont pas fondamentalement changé.
Un petit film exprime souvent mieux qu’un long discours une idée, surtout s’il contient une touche d’humour (noir ?)
En un peu plus de 10 minutes, L’ile aux fleurs (Ilha das Flores) réalisé par le cinéaste brésilien Jorge Furtado en 1989 raconte l’histoire suivante : une tomate est plantée, récoltée, vendue avant de finir à la décharge de l’Île aux Fleurs parmi les porcs, les femmes et les enfants et ce film s’achève par une question dérangeante, quelle différence y a-t-il entre les tomates, les porcs et les êtres humains ?"

Mais que disent les statistiques ?

Lorsqu’il s’agit de mesurer les inégalités dans le monde il y a trois approches possibles :
- On peut mesurer les inégalités entre pays en comparant les revenus moyens par habitants des différents pays.
- On peut aussi comparer les revenus des habitants du monde entier comme s’ils constituaient la population d’un même ensemble sans distinguer entre les États.
- Mais comme les données statistiques concernant la distribution des revenus dans le monde entier sont incomplètes ou peu fiables, on peut contourner le problème en mesurant les "inégalités internationales" en accordant à chaque pays un poids correspond à son importance démographique (la part représentée par sa population dans la population mondiale).

Les données de la Banque mondiale (2012) indique que en tenant compte de nouvelles estimations sur le coût de la vie dans les pays en développement, le seuil de pauvreté fixé désormais à 1,25 dollar par jour, et dans ces conditions 1,2 milliard de personnes en 2010 vivaient avec une somme inférieure à ce seuil contre 1,9 milliards en 1990. La part de la population mondiale en dessous du seuil de pauvreté serait ainsi passée de 43% à 20% entre ces deux dates.
La banque mondiale fournit des données annuelles et des cartes permettant de mettre à jour ces commentaires sur cette page

Une autre manière de prendre la mesure des inégalités de développement est proposée dans le Rapport sur le développement dans le monde de 2009 intitulé "Revoir la géographie". Ce document est disponible en téléchargement pour le texte intégral et pour un très instructif abrégé en français.

Comment les marchés voient le monde
La taille d’un pays montre la proportion du produit intérieur brut mondial qu’il produit

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Les occidentaux se font peur souvent en observant le rattrapage des économies émergentes et en particulier celui de la Chine. Pour une appréciation plus nuancée vous pouvez lire cet article (Flash eco, Natixis n°481 du 9 juillet 2012) intitulé Changement du modèle de croissance de la Chine : nécessité, difficultés.
Résumé :
La hausse des coûts salariaux, la hausse du niveau d’éducation de la population, la perte de compétitivité pour la production des biens les plus simples obligent la Chine de passer d’un modèle de croissance tirée par la production de biens bas de gamme et les exportations, à un modèle de croissance tirée par la production de biens plus haut en gamme et par la demande intérieure. Mais cette transition est difficile si la demande intérieure n’est pas suffisamment forte et si le bas de gamme représente une part importante de l’économie, ce qui est le cas en Chine. L’économie chinoise est donc affaiblie... (la suite ici).

Les deux modèles de croissance

Production bas de gamme, croissance tirée par l’exportation

Montée en gamme, croissance tirée par la demande intérieure

[1Cependant depuis le milieu des années 1980 les États-Unis creusent à nouveau l’écart relativement aux pays de la zone euro, Allemagne et France en particulier.

[2En 1960, le PIB par habitant de la France valait 7 fois celui de la Corée du Sud, en 2005 les français disposent d’un PIB par habitants seulement 2 fois plus élevé que celui des Coréens du Sud mais avec la crise l’écart est stabilisé.


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