La "demande effective" (2)

jeudi 16 janvier 2014

La présentation du principe de la demande effective par Keynes posent 4 questions principales :
- à quel niveau, par quel (s) agent (s), la demande effective est-elle construite ?
- dans quelle période de temps la (les) séquence (s) se déroule-t-elle ?
- comment rendre cohérent l’équilibre comptable macro-économique et l’absence de mécanisme d’équilibre entre épargne et investissement ?
- comment l’intégration de la monnaie est-elle réalisée ?

La première question en contient deux :
- quelle est la place de l’entrepreneur dans l’économie keynésienne ?
- la théorie keynésienne est-elle une théorie macroéconomique authentique ?
La seconde est au cœur des difficultés de toute l’analyse économique, puisque c’est la question du traitement du temps et de son contenu (l’incertitude et les délais).
La troisième est souvent traitée sous la forme d’une question : égalité ou identité entre l’investissement et l’épargne ?
La quatrième est fondamentale, puisqu’il s’agit de dire si une analyse économique peut être construite en dehors du cadre traditionnel de la neutralité de la monnaie.

Énoncer ces questions c’est montrer que les ambitions de Keynes sont immenses et certains considèrent qu’il s’agit d’un projet révolutionnaire pour la théorie économique.
C’est sans doute pour cela que Lucien Orio et Jean-José Quilès (1993), Bruno Ventelou (1997), Pascal Combemale (2003) à la suite d’Olivier Favereau (1985) opposent deux figures de Keynes qui serait tour à tour radical et pragmatique.
Des années 1920 à la Théorie générale le Keynes radical s’exprime en proposant :
- le rejet complet de la théorie classique en acceptant une analyse en termes d’incertitude radicale (nous ne savons pas…) y compris en plein emploi
- la construction d’une théorie de la formation des anticipations
- l’analyse en termes de circuit pour une économie monétaire de production et le rejet des références aux marchés.
Avec la Théorie générale Keynes adopte un “profil bas” parce qu’il veut convaincre un maximum d’économistes (l’ouvrage leur est destiné). Cela le conduit à une attitude pragmatique :
- explication du chômage involontaire en traitant la théorie classique comme un cas particulier s’appliquant seulement au plein emploi
- traitement à minima de l’incertitude (principalement pour l’investissement) et des anticipations qui sont exogènes
- référence à des ajustements rappelant des processus de marché avec cheminement vers un équilibre de plein-emploi, le chômage s’expliquant par des rigidités (prix, salaires et taux d’intérêt).
Le projet de Keynes est coincé entre les deux attitudes :
- il conserve les principaux concepts, même si c’est avec de nouvelles définitions
- il maintient des références à des postulats relevant de l’analyse en termes de marché de concurrence pure et parfaite (rendements constants, fonction de demande de travail traditionnelle, égalité entre le salaire réel et la productivité marginale par exemple)
- il utilise la référence aux décisions de l’entrepreneur sans innovation majeure par rapport aux analyses traditionnelles (rationalité du comportement, maximisation du profit anticipé) et ne dit rien sur le niveau d’analyse
- il considère que l’offre de monnaie est exogène, modifiant simplement l’analyse de la demande de monnaie…
Si révolution il y a, c’est une révolution inachevée et pour beaucoup très discutable tant ses bases peuvent être critiquées avec la même sévérité que l’analyse classique.

La place de l’entrepreneur dans l’économie keynésienne ?

La référence à l’entrepreneur est omniprésente dans la Théorie générale mais sans jamais être réellement théorisée même si Keynes indique : « cette appellation s’applique à la fois à la personne qui produit et celle qui investit ».
On trouve dans la Théorie générale deux figures de l’entrepreneur :
- la figure devenue familière depuis Alfred Marshall d’un “entrepreneur-type” (on dit habituellement “entrepreneur représentatif”)
- celle d’un “entrepreneur collectif” suggérée dans le chapitre 3 (demande effective) et développée dans le chapitre 12 (l’état de la prévision à long terme).
Cela pose d’importantes questions de cohérence par exemple lorsque Keynes écrit : « lorsqu’on se place au point de vue de l’entrepreneur, il est parfois commode d’appeler “produit” d’un certain volume d’emploi, le revenu global qui en résulte »
Si l’entrepreneur est “représentatif” le revenu global c’est la recette totale par opposition à une recette moyenne ou marginale, si il est “collectif” la recette est envisagée au niveau macroéconomique.
Il en va de même ici : « Le volume de l’emploi, aussi bien dans les entreprises et industries individuelles que dans l’ensemble de l’industrie est gouverné par le montant du produit que les entrepreneurs espèrent tirer du volume de production qui lui correspond ».
En présentant les courbes ou fonction du prix d’offre globale (ZZ’) et du prix de la demande globale (DD’) Keynes écrit : « Car les entrepreneurs s’efforcent de fixer le volume de l’emploi au chiffre qu’ils estiment propre à rendre maximum l’excès du produit sur le coût de facteur »
C’est le niveau d’emploi N* pour lequel l’écart entre les deux courbes est le plus grand..
« Ainsi le volume de l’emploi est déterminé par le point d’intersection de la courbe de demande globale et de la courbe d’offre globale. C’est à ce point que le profit des entrepreneurs est maximum ».
C’est le niveau d’emploi Ne pour lequel l’écart entre les deux courbes est nul.
« Ceci étant, si pour un certain volume de l’emploi N le “produit” attendu est supérieur au prix de l’offre globale, c’est-à-dire si D est supérieur à Z, il y aura un mobile qui incitera les entrepreneurs à accroître l’emploi et, s’il le faut, à élever les coûts en se disputant les uns aux autres les facteurs de production jusqu’à ce que l’emploi ait atteint le volume qui rétablit l’égalité entre Z et D ».
Au niveau d’emploi N* optimal pour l’entrepreneur représentatif, celui-ci réalise un “profit anormal” puisque le “profit normal” est inclus dans le “prix de l’offre globale” (ZZ’). Les autres entrepreneurs cherchent à partager cet excès de profit en utilisant plus de travail. Par un mécanisme qui ressemble à celui de la concurrence ruinant les sur-profits, il y aura affrontement entre les entrepreneurs.
Les entrepreneurs ? S’agit-il des entrepreneurs représentatifs ? Ou faut-il conclure qu’ensemble ils sont un entrepreneur collectif ? Mais alors qu’en est-il de cette concurrence ?
Les contradictions précédentes peuvent être en partie levées en revenant à la source. Le prix de l’offre globale ZZ’ correspond à l’anticipation des revenus qui seront distribués si les entrepreneurs décident d’utiliser une quantité d’emploi donné. C’est le coût en dessous duquel la production ne rapporte pas un profit normal.
Le prix de la demande globale DD’ correspond à l’anticipation des dépenses qui accompagneront une distribution des revenus correspondant à l’utilisation d’une quantité d’emploi donné.
Une situation correspondant à la position N1 signifie alors que les entrepreneurs subissent un “manque à gagner”. L’écart n’est pas un “profit réalisable” puisque les revenus distribués Z1 ne permettraient pas de financer la dépense qui peut être attendue pour ce niveau d’emploi D1 : la dépense est contrainte par le revenu.
Les entrepreneurs vont réviser leur plan en produisant plus (N2)
Le “profit total qui correspondrait au niveau N2” est plus faible mais ce n’est pas le plus grave : pas plus que pour N1 ce profit ne peut être réalisé.
Le raisonnement de l’entrepreneur ne peut pas être microéconomique : il sait bien que ce ne sont pas les revenus qu’il va distribuer qui lui reviendront sous formes de dépenses de consommation ou d’investissement.
En distribuant des revenus il alimente la demande qui s’adressera à l’ensemble des entrepreneurs et à lui en particulier. C’est cette demande qu’il doit anticiper comme un élément d’appréciation de l’évolution de sa situation.
Le détour par la figure marshallienne de l’entrepreneur représentatif ne se justifie que par le souci de Keynes de conserver la présentation habituelle de la théorie économique.
Le principe de la demande effective devient alors une représentation non pas d’un processus de décision mais d’une solution. Le niveau d’emploi correspondant à l’intersection des deux courbes est celui qui rend compatible les anticipations portant sur la demande globale et les conditions économiques de la production.
En dessous de ce niveau, le revenu distribué ne permet pas d’alimenter suffisamment la demande, les profits ne seront pas au rendez-vous pour tous les producteurs.
Au delà de ce niveau, le revenu distribué rend la production trop coûteuse pour être rentable.

Ainsi la question de la nature de l’entrepreneur ou des entrepreneurs n’est pas tranchée. La solution proposée par Keynes pose problème puisqu’elle fait tenir “aux” entrepreneurs un raisonnement portant sur une demande globale (ce qui peut être envisageable) et sur une offre globale (ce qui ne l’est plus du tout). La confusion est difficile à éliminer : raisonnement macroéconomique tenu par un agent microéconomique. Mais un aménagement peut consister à construire une “entité unique” ne se substituant pas aux entrepreneurs réels - c’est la communauté des entrepreneurs reliés par une convention coordonnant a priori leurs anticipations.

Quelle période pour le circuit ?

L’opposition court terme, long terme est, comme la référence à l’entrepreneur, un des temps forts de la Théorie générale.
De quoi s’agit-il ?
« Il s’ensuit que, dans un état donné de la technique, des ressources et du coût de facteur par unité d’emploi, le volume de l’emploi, aussi bien dans les entreprises et industries individuelles que dans l’ensemble de l’industrie, est gouverné par le montant du "produit" que les entrepreneurs espèrent tirer du volume de production qui lui correspond. »
Le court terme serait défini par la fixité de la technologie, des équipements et des prix.
Une autre approche correspondrait au projet radical faisant des comportements des agents l’application de conventions. La courte période, le court terme, c’est le temps pendant lequel il faut considérer que les conventions ne sont pas révisées. Le long terme c’est celui de la révision des conventions.
Dans la théorie générale le rôle de la convention n’est développé que dans le chapitre 12 (état de la prévision à long terme) et pour les seuls marchés financiers.

La référence à la convention découle logiquement du constat du caractère radicalement incertain de la vie économique.
Celui qui ne sait pas procède logiquement par essai et corrige son jugement à partir des erreurs observées :

La convention rend le futur immédiat probabilisable : inutile de changer ce qui est acceptable (rationalité limitée)…si rien ne permet de penser qu’il faut le faire.
Elle correspond à un accord implicite fourni de l’extérieur permettant la coordination parce qu’elle rend les comportements et les évènements prévisibles.
Elle s’oppose ou elle s’ajoute, et c’est toute la question du caractère radical de cette référence, à un autre mécanisme de coordination : le marché.

En limitant la référence à la convention aux “marchés” financiers, Keynes conserve pour le reste de l’économie les cadres traditionnels, la concurrence pure et parfaite par exemple. Dans ces cadres le temps n’a pas de dimension puisque l’une des conditions de validité de l’hypothèse est le caractère parfait de l’information.
Il va se heurter aux problèmes de cohérence présents dans la théorie de l’équilibre général : chaque offreur et chaque demandeur utilise pour construire sa fonction individuelle d’offre et de demande des prix et des revenus qui sont des données pour lui. Par agrégation des offres et des demandes individuelles le commissaire priseur révèle les fonctions d’offre et de demande de marché qui permettent d’établir les prix d’équilibre qui s’appliqueront (qui s’appliquent ? qui s’appliquaient ?) servant de données pour la détermination des offres et des demandes individuelles qui….
Où est le temps ? Qu’en est-il dans une économie de production puisque les biens doivent être produits avant d’être vendus ?
C’est cette question (ce n’est pas la seule) qui conduit K. Arrow et G. Debreu à poser clairement toutes les hypothèses indispensables pour obtenir un équilibre général de marché : il faut un système complet de marchés à terme pour tous les produits…seule manière de rendre économiquement supportable l’incertitude parce qu’elle permet de lui attacher un prix…

L’analyse keynésienne est-elle une analyse séquentielle ?

Dans la période de l’entre deux guerres et dans l’entourage de Keynes, la construction d’une analyse séquentielle est largement engagée. Deux courants au moins en font un élément central : l’école autrichienne autour de Hayek, l’école suédoise autour de Erik Lundberg et Gunnar Myrdal (inventeur de la distinction ex-ante, ex-post). Le dialogue entre Keynes et Hayek est important mais il porte sur beaucoup d’autres aspects. L’échange avec l’école suédoise est plus centré sur cette question précise, au point que certains se demandent s’il existe un keynésianisme suédois.
En parallèle à ce débat, Keynes s’oppose aussi à D.H. Robertson (qui est à Cambridge avec Keynes et qui n’est pas suédois et qui n’est pas keynésien) pour la définition du contenu et des formes de l’épargne, en particulier sur le concept d’épargne forcée que Keynes refuse d’adopter.
L’introduction de délais entre variation de la dépense et adaptation de la production (E. Lundberg) et entre la distribution du revenu et la dépense (D. Robertson) ouvre une porte sur l’explication de l’existence et de la transmission des déséquilibres économiques.
Keynes a répondu à cette question dans une lettre adressée à G.B. Shaw en 1938, dans laquelle, parlant de la notion d’épargne ex-ante (Myrdal) écrit : « parmi toutes les mauvaises idées qui ont pu émerger à ce sujet, je considère que c’est la pire qui soit ».
Cela ne condamne pas pour autant le désir de construire une analyse de séquences assez conforme finalement aux raisonnements keynésiens. Keynes avoue d’ailleurs dans une autre lettre envoyée à B. Ohlin (un autre suédois) en 1937 pourquoi il a abandonné l’idée de cette distinction : « Ma raison de l’abandonner fut mon échec à définir une unité de période ».

L’épargne et l’investissement

Une analyse de séquences doit montrer comment l’économie passe du déséquilibre traduisant une insuffisance d’investissement, un excès d’épargne, à un équilibre par le mécanisme multiplicateur. Elle revient à penser en terme de retour à l’équilibre.
La thèse de Keynes ne dit pas que l’équilibre fait problème, elle dit que c’est un équilibre de sous-emploi. Ce qui doit être éliminé ce n’est pas le déséquilibre (le Keynes pragmatique reste attaché à l’idée que l’équilibre est réalisé précisément par le principe de la demande effective et le mécanisme multiplicateur) c’est le caractère durable de la crise et du chômage involontaire.

Un peu de vulgate et de keynésianisme hydraulique…

Équilibre en début de période : Y = c Y + C0 + I0
Introduction d’un supplément d’investissement ∆I
Équilibre en fin de période : Y + ∆Y = c Y + c ∆Y + C0 + I0 + ∆I
Relation entre ∆Y et ∆I : ∆Y = c ∆Y + ∆I soit ∆Y = ∆I / (1 - c)
Et l’épargne ? : ∆S = (1 - c) ∆Y soit ∆S = ∆I

La réponse à la question : égalité ou identité entre épargne et investissement , Keynes donne une réponse.
Impossible pour Keynes de nier l’identité de l’épargne et de l’investissement, c’est à dire le fait qu’à chaque investissement correspond une épargne équivalente, il s’agit “simplement” d’affirmer que c’est l’investissement qui fait l’épargne parce qu’il fait la production et le revenu.
Comment le ∆I de l’exemple précédent est-il financé ?
Par la création monétaire sans que le mécanisme soit clairement exposé (le motif de “finance” est introduit par Keynes seulement en 1937).
Ces dépenses d’investissement sont à l’origine d’une épargne équivalente non seulement par le lent cheminement des vagues de revenus - dépenses de consommation - mais aussi et surtout selon Keynes parce qu’une dépense d’investissement c’est la production de biens d’équipement donc une non consommation.
Du point de vue de la demande effective la question essentielle est celle d’un excès d’épargne relativement au niveau d’épargne (de consommation) qui conduit à valider les anticipations des entrepreneurs.

Les présentations habituelles insistent généralement sur le fait que la thésaurisation est une fuite du circuit (keynésianisme hydraulique).
C’est mal comprendre ce qu’est la thésaurisation qui n’est rien d’autre majoritairement que la monnaie détenue sur les comptes courants. Cette dernière est utilisée par les banques comme source de financement sans aucun problème.
Mais même l’épargne placée ou conservée sur des comptes courants peut être la source de la crise puisqu’elle est toujours une “non - dépense de consommation” (un affaiblissement de la demande globale) susceptible de renforcer les anticipations pessimistes des entrepreneurs. L’achat d’équipements est au service de la production des biens de consommation.
L’abondance des placements, influencera les taux d’intérêt certainement, mais la baisse des taux d’intérêt n’est pas pour Keynes un facteur déterminant de l’investissement (pessimisme des élasticités). Ce dernier est surtout sensible à l’évolution de la demande anticipée.

L’intégration de la monnaie est-elle réalisée ?

À l’évidence non !
La Théorie générale n’est pas la théorie d’une économie monétaire de production.
En faisant des décisions des entrepreneurs le fondement du principe de la demande effective Keynes ouvre la voie. Mais il ne dit rien ou presque sur le fait que dans l’économie réelle (pas celle des manuels), l’entrepreneur s’adresse à la banque pour obtenir les moyens qui lui manquent pour financer sa production. La demande et l’offre anticipées précèdent la production effective et la distribution des revenus qui alimenteront la dépense, mais rien ne serait possible en l’absence des banques qui vont accorder les crédits nécessaires par création monétaire.
Lorsque Keynes évoque le problème du financement il se situe dans une perspective de marché financier correspondant mal à la réalité économique puisque pour la majorité des entreprises il n’y a pas d’autres financement externe que le crédit bancaire. Le crédit bancaire prend seulement la forme d’une ligne de découvert autorisé que les entreprises s’efforcent de ne pas utiliser, fonctionnant sur leurs ressources propres ou par émission de titres.
La création de monnaie reste exogène !

**Le projet radical : -le circuit monétaire d’une économie de production.

Le circuit doit décrire des flux monétaires entre des agents qui participent au cycle de la production sous trois formes (fonctions) : financement (avance), production, dépense. Il y a donc trois types d’agents sachant qu’un même agent peut remplir plusieurs rôles : les intermédiaires financiers (B) financent, les entrepreneurs (E) produisent, les ménages (M) dépensent. Cela conduit à construire des pôles à partir des fonctions et, par commodité pour la représentation, à partir des agents associés aux fonctions.
La présentation habituelle du principe de la demande effective insiste sur les deux dernières fonctions, décision et mise en œuvre de la production, distribution et utilisation du revenu, dépenses et retour à la production, mais la demande effective est en fait la conjonction des anticipations des entrepreneurs et des banques. Certes le financement peut être assuré par autofinancement ou par les marchés financiers, mais dans les économies monétaires il l’est aussi par le crédit.
Une analyse du circuit monétaire de production doit réhabiliter cette fonction.
Elle est fondamentalement inscrite dans le temps (celui de la réalisation et de la circulation des flux) et elle est monétaire puisque ce sont des flux en monnaie.

Les banques répondent aux demandes nettes de crédit des entreprises (F).
Les entreprises achètent des équipements nouveaux (I), des consommations intermédiaires et elles amortissent l’équipement installé (U).
Elles distribuent des revenus aux ménages : salaires W et revenu du capital P.
Les ménages consomment (C) ou épargnent (S).
En comptabilité nationale on ajouterait que la valeur ajoutée nette (le revenu global chez Keynes) est égal à la valeur de la production (U + I + C) diminuée des amortissements et des consommations intermédiaires (U) donc I + C .

Pour les banques l’équilibre implique que l’épargne des ménages S soit égale à la création nette de monnaie F : la masse monétaire est égale à ses contreparties : S = F
Pour les ménages le revenu Y est consommé C ou épargné S : Y = C + S
Pour les entreprises les dépenses U + I + Y et les ressources U + I + C + F sont égales : Y = C + F
Comme le revenu global est R = C + I et puisque ce revenu est la somme du revenu des ménages et des entreprises R = C + I = Y + revenu des entreprises
Revenu des entreprises = C + I - (C + F) = I - F

Explication de la crise à partir du circuit.- -(Frédéric Poulon)

Le revenu des entreprises (I - F) est l’écart entre l’investissement net I et les crédits bancaires nets F qu’il faudra rembourser : cet écart constitue un revenu des entrepreneurs - un profit d’entreprise.
On peut retrouver cette conclusion en utilisant l’égalité entre l’investissement net et l’épargne totale : celle des ménages S et celle des entreprises SE

I = S + SE et S = F SE = I - F

or l’épargne des entreprises c’est un profit d’entreprise.
Si I - F > 0 donc si I > F, ce “profit” permet aux entreprises d’autofinancer une partie de leurs investissements nets.
Si I - F < 0 donc si I < F, l’endettement est excessif relativement aux besoins en investissements nets.
Les entreprises révisent leurs demandes de crédits pour la période suivante et le mécanisme du multiplicateur entraîne une baisse du revenu donc de l’emploi à partir de ce ∆I < 0 : la crise traduit une insuffisance d’investissements nets.

L’analyse du circuit est adaptée à la comptabilité nationale.
La valeur des ventes (CA) diminuée des consommations intermédiaires (CI) est la valeur ajoutée brute (VAB).
L’excédent brut d’exploitation (EBE) est ce qui reste de cette VAB après paiement des impôts sur la production (IP) et de la rémunération du travail (W) salaires et charges.
L’EBE permet de financer les autres dépenses en particulier les revenus distribués aux apporteurs de capitaux et les impôts sur les bénéfices mais aussi les amortissements (CCF).
Le bénéfice restant est l’épargne nette de l’entreprise ou sa capacité nette de financement . Celle-ci est utilisée pour financer les achats d’équipements nouveaux (FNCF). Si elle est insuffisante, elle sera complétée par endettement - par émission de titres - par le crédit bancaire.
La crise intervient quand les entreprises ne peuvent plus dégager des bénéfices nets suffisants pour “valider” les projets d’investissement auprès des banques ou des marchés financiers. La crise est toujours une crise de confiance.

Ce n’est pas le besoin de financement des entreprises qui crée la nécessité de la capacité de financement des ménages (ici leur épargne), c’est cette capacité et sa composition (thésaurisation / placement) qui déterminent la nature de l’endettement des entreprises.

Si la thésaurisation est importante les entreprises ont recours au crédit bancaire (création de monnaie).
Si l’épargne des ménages est placée, les entreprises pourront recourir au marché financier et se désengager du crédit bancaire. Elles changent de créanciers.
Le niveau d’endettement ne fait donc pas problème tant que la croissance de la valeur ajoutée permet de couvrir le service de la dette.
Mais tout ce qui alourdit le service de la dette relativement à la croissance de la VA est une source de difficultés.
Il y a au moins deux causes évidentes d’une telle situation :
- l’utilisation de l’endettement pour une autre destination que la production (spéculation)
- des taux d’intérêt supérieurs au taux de croissance de la production (un ralentissement de la croissance et une politique monétaire inadaptée).

Les “circuitistes” sont peu nombreux et ils sont isolés même à l’intérieur du courant keynésiens.
L’enseignement universitaire leur fait parfois une place en France (sous l’impulsion d’Alain Barrère d’abord puis de Frédéric Poulon et Alain Parguez) et au Canada (Marc Lavoie).
Ils ont pourtant leurs publications et institutions (articles fréquents dans les cahiers de l’ISMEA - Économie et société, séminaire DECTA à Bordeaux, LATAPSES…).

La macro-économie standard et l’héritage keynésien

« Pour simplifier à l’extrême, l’opposition la plus prononcée se situe entre, d’une part, les économistes keynésiens, pour qui le fonctionnement spontané des marchés ne suffit pas à assurer une évolution régulière de l’économie, et, d’autre part, les économistes néoclassiques convaincus que le libre jeu des forces du marché permet la meilleure allocation possible des ressources et qui en déduisent, sauf cas particulier, que les interventions de l’État ne sont pas souhaitables. Nous verrons dans la suite que ces conclusions, qui paraissent diamétralement opposées , peuvent être obtenus à partir de modèles en tous points semblables à l’exception d’une ou deux hypothèses fondamentales ». Anne Epaulard et Aude Pommeret,
Introduction à la macroéconomie, Repères, La Découverte, 2002.

Tous les manuels de macroéconomie proposés aujourd’hui sont organisés de la même manière ce qui ne veut pas dire qu’ils suivent le même plan :
- présentation du modèle “classique” et du modèle “keynésien” à partir de la critique du modèle classique
- exposé et discussion du principe du multiplicateur
- construction du modèle IS-LM en économie fermée puis ouverte
- arbitrage inflation chômage ou/et introduction de la flexibilité des prix et du salaire nominal
- construction des courbes d’offre et de demande agrégées
- aménagements du modèle classique : les monétaristes puis la nouvelle macroéconomie classique
- aménagements du modèle keynésien : théorie du déséquilibre (équilibres avec rationnements) puis la nouvelle macroéconomie keynésienne
- et toujours l’application à la politique économique.
Les grands manuels destinés aux étudiants nord-américains contiennent presque toujours une énumération de conclusions indiscutées ou partagées par la communauté des économistes.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 861 / 1317148

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Éléments de théorie économique  Suivre la vie du site Analyse macro-économique   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP + AHUNTSIC

Creative Commons License