La loi de l’offre et de la demande : la formation des prix

lundi 13 janvier 2014

Cet article poursuit l’objectif de présenter de manière simple mais malgré tout assez rigoureuse l’essentiel de ce qu’il faut savoir pour comprendre cette "loi de l’offre et de la demande" si souvent invoquée dans la vie courante pour expliquer les variations de prix.

Si vous le souhaitez vous pouvez commencer par visionner cette excellente animation Les mécanismes du marché : offre, demande et prix d’équilibre réalisée par Boris Adam (lorsqu’il était professeur de SES au lycée Marcel Gambier à Lisieux).

L’offre

Lorsqu’un vendeur ou un producteur [1] décide de vendre son produit, il "offre ce produit" ce qui ne veut pas dire qu’il en fait cadeau : il cherche un acheteur.
L’offre désigne donc la production proposée à la vente mais il faut distinguer l’offre d’un producteur vendeur) isolé et l’offre totale de l’ensemble des producteurs (vendeurs). Dans les deux cas, l’offre est en relation directe avec un prix, pour chaque producteur (vendeur), l’offre c’est la quantité d’un bien ou d’un service qu’il désire vendre sur le marché pour un prix donné.
On peut dire ce qui précède autrement : à chaque niveau de prix correspond une réponse de chaque producteur « pour ce prix de 20 euros pièce, je suis d’accord pour vendre 5 unités du produit que je fabrique ». C’est déjà plus compliqué qu’on le pense habituellement puisque la réponse contient en fait deux éléments : le prix et la quantité proposée.
Il est essentiel de ne pas oublier que l’offre d’un producteur déterminé est toujours associée à un prix .
Si le producteur ne trouve pas preneur au prix qu’il s’était fixé, il aura tendance à réduire son prix, limitant d’autant sa propre marge bénéficiaire. A l’inverse, si le prix initial se révèle insuffisant, ce qui se traduira par un afflux d’acheteurs excédant les capacités du producteur à donner satisfaction à tous, le producteur en question sera incité à relever ses prix, donc à améliorer ses marges bénéficiaires.
Le prix exerce donc un rôle déterminant sur l’offre, poussant celle-ci à la hausse lorsque la marge bénéficiaire du producteur s’accroît, à la baisse lorsqu’elle se réduit.

En général l’offre d’un produit ou d’un facteur de production est une fonction croissante de son prix.

La demande

Tous les agents (entreprises, ménages, administrations) ont besoin de biens et services qu’ils ne produisent pas eux-mêmes. C’est ainsi que les ménages achètent des biens de consommation et des services à des entreprises. Les entreprises, quant à elles, achètent à d’autres entreprises spécialisées des biens d’équipement et des consommations intermédiaires (matières premières, énergie, services divers). Les administrations se procurent également auprès des entreprises les biens et les services dont elles ont besoin. Dans tous ces cas, ces agents expriment une demande de produits.
À chaque instant, l’économie d’un pays est ainsi traversée d’une multitude de demandes en provenance de la multitude d’agents qui la composent et portant sur une infinie variété de biens et services.
Lorsque le prix d’un produit baisse, les consommateurs ont tendance à en acheter davantage. La diminution du prix peut aussi rendre ce produit plus abordable, compte tenu de leurs ressources. Ainsi, une baisse de prix correspond à un accroissement de la demande.

En règle générale, la demande d’un produit ou d’un facteur est une fonction décroissante de son prix.

L’équilibre de l’offre et de la demande

Exemple : le marché du travail

1) L’offre de travail

Le salarié qui offre son travail fait un arbitrage entre le revenu qu’il va gagner en travaillant pendant un certain nombre d’heures et le sacrifice qu’il fait en renonçant au temps libre. Le revenu permet de consommer, ce qui améliore son bien-être, alors que l’abandon du temps libre réduit son bien-être. Ainsi le travail est à la fois avantageux (revenu et consommation liée) et pénalisant (privation de la disposition du temps libre - le travail est une contrainte).
Plus le salaire réel (le pouvoir d’achat du salaire) est élevé plus l’avantage associé à la fourniture d’une heure de travail est grand.
Une augmentation du salaire entraîne normalement une augmentation de l’offre de travail. Le salarié est plus attiré par le travail si celui-ci est mieux rémunéré.

L’offre de travail d’un travailleur est une fonction croissante du salaire réel.

2. La demande de travail

Pour un travail de qualité constante (c’est-à-dire ayant la même productivité) , l’employeur en demandera d’autant plus qu’il sera moins coûteux. S’il doit choisir entre travail et équipements et que seul le prix du travail change, il choisira d’utiliser plus de travail si le prix du travail baisse et il utilisera moins de travail si le prix du travail augmente.
Le prix du travail pour l’employeur c’est le salaire réel (le pouvoir d’achat du salaire).

La demande de travail est une fonction décroissante du salaire réel.
Une augmentation du salaire réduit la demande de travail et inversement.

3) Équilibre du marché du travail

S’il existe un marché du travail sur lequel se rendent tous les offreurs et les demandeurs d’un type de travail particulier, il y aura une confrontation des offres et des demandes de chacun des offreurs et des demandeurs. Les offres et les demandes individuelles de travail deviendront une offre et une demande de marché.

Les hypothèses théoriques nécessaires à la réalisation de l’équilibre sont les suivantes :
- les offreurs et les demandeurs ne se rencontrent pas directement, il n’y pas de négociation bilatérale
- un commissaire-priseur joue le rôle de centralisateur d’informations en affichant (annonçant) des prix successifs
- à l’annonce d’un prix les offreurs et les demandeurs individuels vont répondre en indiquant les quantités qu’ils offrent ou demandent à ce prix
- tant qu’il y a un écart entre le total des offres et des demandes le commissaire-priseur corrige le prix en proposant un prix plus élevé ou plus bas : il baisse le prix si l’offre totale est supérieure à la demande totale et inversement
- le tatonnement s’arrète lorsque le prix proposé conduit à une offre totale égale à la demande totale.
Tout ce qui précède peut être retrouvé sous la forme d’une animation Le marché du travail selon le modèle néoclassique, proposée par Boris Adam

Dynamique des marchés et régulation concurrentielle.

Pour commencer : Going Places, un dessin animé américain de John Sutherland (1948) qui illustre à merveille (en version originale, mais vous allez traduire sans problème) les bienfaits du modèle économique américain. Le dessin animé joue durant la guerre froide un rôle idéologique, car il s’agit bien alors de présenter le modèle US et d’y convertir les populations. Au moins, au vu de l’avertissement au début de chacun des dessins animés, la couleur était-elle clairement annoncée.

Comment fabriquer du savon plus vite pour avoir le temps d’aller à la pêche ? Comment la recherche du profit s’avère finalement profitable à tous ? des éléments de réponse avec ce dessin animé conçu en pleine guerre froide...

Le marché et le mécanisme des prix le prix assument une fonction de régulation et de coordination.

Régulation parce que les prix qui s’établissent à l’occasion du “marchandage” (négociation entre offreurs et demandeurs) permettent de révéler l’utilité et la rareté relatives des biens et services. De ce fait chacun peut prendre les décisions qui reposent sur ces caractéristiques. Les courbes de demande et d’offre dites « normales » [2] étant respectivement décroissante et croissante en fonction du prix, elles peuvent alors avoir un point d’intersection où les quantités demandées et offertes sont égales pour un prix appelé prix d’équilibre, qui correspond à l’égalité de la quantité offerte et de la quantité demandée.

Coordination parce que les informations fournies par le marché établissent des liens entre les agents et les entre les produits. L’augmentation du prix ou de l’offre (ou de la demande) d’un produit modifie les conditions de réalisation d’autres échanges. Si le prix d’une matière première augmente le prix des produits qui sont obtenus en utilisant cette matière première vont être modifiés et les revenus associés aussi....

Pour les économistes libéraux, l’existence de marchés libres pour tous les produits est la condition indispensable pour que la division du travail soit efficace. Cette affirmation a déjà été signalée dans l’article intitulé Pourquoi le marché est-il devenu le mode de régulation dominant des sociétés développées ?, mais le passage suivant reprend l’illustration qui en était donnée.
En fondant en 1946 la FEE (Foundation for Economic Education), Leonard Read (1898-1983) poursuivait le but avoué de « défendre le monde libre contre les dangers du socialisme ». Il s’est illustré en publiant en 1958 un court texte destiné à montrer l’extraordinaire efficacité de l’économie de marché et du système des prix lorsque les producteurs et les consommateurs sont libres de leurs choix. Le texte intitulé « I, pencil » (moi, le crayon) montre comment l’échange libre et volontaire permet à des milliers de personnes de coopérer entre elles pour fabriquer ... un simple crayon.
Milton Friedman a préfacé la brochure de la FEE diffusant ce texte, et il a ensuite utilisé l’exemple dans la série télévisée « Free to Choose » et dans le livre portant le même titre [3].

La vidéo extraite de l’émission Free to choose est présentée ci-dessous :

Le prix est le résultat de la rencontre de l’offre et de la demande, mais il est aussi un signal qui détermine le comportement des agents, selon une intensité variable, les agents peuvent modifier fortement ou faiblement leur comportement lorsque le prix varie. On dit que l’offre et la demande des agents est plus ou moins élastique.
Vous en saurez plus à propos de cette notion, l’élasticité, en lisant cet article.
Cependant, la flexibilité des prix, indispensable à l’équilibre, est souvent insuffisante, ce qui conduit à des situations de rationnement pour les acheteurs ou les vendeurs.
- Dans le premier cas, les acheteurs sont prêts à acheter une quantité plus importante que celle qui est offerte au prix du marché (normalement le prix devrait monter pour encourager les vendeurs à proposer davantage de produits), les acheteurs sont donc rationnés.
- Dans le second cas, les vendeurs sont prêts à vendre une quantité plus importante que celle qui est demandée au prix du marché (normalement le prix devrait baisser pour encourager les acheteurs à demander davantage de produits), les vendeurs sont donc rationnés.

Le prix informe les agents économiques.

- Si les producteurs acceptent le prix d’équilibre, ils peuvent vendre la totalité de leur production. De même, la demande de tous les acheteurs, qui sont prêts à payer ce prix, est satisfaite.
- Si l’offre devient supérieure à la demande, les producteurs ne parviennent pas à vendre toute leur production. Ils vont donc réduire leur prix jusqu’au prix d’équilibre.
- Dans le cas inverse, il y aura une insuffisance de la quantité offerte par rapport à la quantité demandée ; face à cet excès de demande, les producteurs pourront augmenter sans difficulté le prix qui remontera jusqu’au prix d’équilibre.

On retrouve ici la loi de l’offre et de la demande.
Si l’offre est supérieure à la demande, le prix baisse et le prix augmente si la demande est supérieure à l’offre.

Cette « loi » exprime comment les variations du prix ont un rôle régulateur en permettant un retour automatique à l’équilibre de l’offre et de la demande. En effet, les prix informent les agents économiques du niveau de tension qui se manifeste entre l’offre et la demande sur chaque marché. Les offreurs et les demandeurs ajustent en conséquence leur comportement en modifiant leur proposition d’achat ou de vente. La régulation concurrentielle s’effectue donc par les prix.

Les caractéristiques de l’équilibre d’un marché concurrentiel.

Un marché concurrentiel sur lequel interviennent des agents rationnels conduit à une situation d’équilibre c’est à dire un niveau de prix tel que tous les offreurs qui sont d’accord pour vendre à ce prix et tous les acheteurs qui sont d’accord pour acheter à ce prix sont satisfaits, l’offre totale à ce prix est égale à la demande totale pour ce prix.
Les offreurs et les demandeurs qui ne trouvent pas ce qu’ils sont venus cherchés sur le marché (les "insatisfaits") existent, mais uniquement parce que le prix ne leur convient pas (il leur parait trop ou pas assez élevé compte tenu des contraintes qui guident leurs choix).
Si les fonctions d’offre et de demande individuelles sont normales (respectivement croissante et décroissante relativement aux prix), les fonctions d’offre et de demande de marché (celles qui sont obtenues en additionnant toutes les offres et toutes les demandes) le sont aussi.

Dans ces conditions pour des fonctions d’offre et de demande de marché "normales" qui ne subissent pas de déplacement [4]
- l’équilibre existe (les deux courbes ont une intersection)
- l’équilibre est unique (il n’y a qu’une intersection)
- l’équilibre est stable (si on s’éloigne du prix d’équilibre, les réactions des offreurs et des demandeurs provoquent un retour vers le prix initial)
- l’équilibre maximise le bien être des demandeurs et des offreurs, on dit que les surplus des consommateurs et des producteurs sont à leur niveau maximum. [5]

Bref vous l’avez compris, le marché c’est chouette... lorsque toutes les conditions sont réunies pour qu’il fonctionne parfaitement !!

[1Dans l’analyse microéconomique l’étude de la formation des prix dans une économie d’échange (vendeur-acheteur) est parfois distinguée de celle consacrée à une économie de production (producteur-acheteur). C’est la cas en particulier si on souhaite prendre en compte l’analyse de la production et/ou de la formation des prix du travail et du capital ou encore si on veut introduire le temps dans l’analyse, car si l’échange peut-être instantané, la production ne l’est pas. Dans cet article les deux concepts - producteur et vendeur - ne sont pas distingués, l’offreur c’est celui qui propose le produit, qu’il ait ou non fabriqué ce dernier.

[2L’offre normale est croissante, elle augmente quand le prix augmente, la demande normale est décroissante, elle diminue quand le prix augmente

[3La série télévisée a été diffusée en 1980 puis dans une seconde version en 1990. Le livre écrit par Milton et Rose Friedman a été publié en 1980 (Harcourt) et traduit en français la même année sous le titre La liberté du choix, Paris, Belfond

[4Il ne faut pas confondre le déplacement sur la courbe d’offre ou de demande et le déplacement de la courbe d’offre ou de demande.
Un déplacement sur la courbe d’offre ou de demande indique que pour un prix différent l’offre ou la demande sont différentes. Ces déplacements traduisent les ajustements liés aux comportements des offreurs et des demandeurs déterminés par les variations de prix "toutes choses égales par ailleurs" (pas de modification des contraintes pesant sur les choix des offreurs et des demandeurs) :

Un déplacement de la courbe d’offre ou de demande traduit le fait que "les choses ne sont pas égales par ailleurs".
L’une des conditions de la détermination des comportements d’offre ou de demande est modifiée.
Par exemple le progrès technique permet de produire avec des coûts plus faibles (la courbe d’offre se déplace, pour un même prix p1 l’offre est plus importante)
Ou encore la disparition d’un produit provoque un afflux de clients nouveaux sur le marché (pour un même prix p1 la demande devient plus importante)...ou, le revenu des consommateurs est modifié...ou...leurs goûts (préférences) sont modifiés...

[5Le surplus du consommateur et celui du producteur peuvent être mis facilement en évidence sur un graphique représentant un marché.
Tous les vendeurs qui étaient d’accord pour vendre une certaine quantité en dessous du prix P bénéficient d’un gain si le prix s’établit au niveau P. La surface du triangle VPE correspond au "surplus" du producteur.
Tous les acheteurs qui étaient d’accord pour acheter une certaine quantité au dessus du prix P bénéficient d’un gain si le prix s’établit au niveau P. La surface du triangle CPE correspond au "surplus" du consommateur.
Le prix d’équilibre est celui qui donne le plus grand surplus possible aussi bien pour le producteur que pour le consommateur. Si le prix s’établissait au dessus ou au dessous de P la diminution de la quantité échangée réduirait les surplus des offreurs et des demandeurs pris dans leur ensemble.
Si le prix est déplacé vers P* (prix supérieur au prix d’équilibre : la quantité échangée diminue et passe de Q à Q* (réduction de la quantité échangée parce que les acheteurs se retirent du marché). Le surplus des acheteurs devient E*P*C au lieu de EPC, celui des vendeurs devient VAE*P* au lieu de VEP. Les acheteurs sont perdants et le gain des vendeurs (différence entre leur gain parce qu’ils vendent à un prix plus élevé - PBE*P* - et leur manque à gagner parce qu’ils vendent moins - AEB) ne compense pas la perte subie par les acheteurs - BEE*P*.


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