La pluralité des situations de marché

lundi 13 janvier 2014

La division du travail entre les agents d’une économie les conduit à être tour à tour offreurs et demandeurs de biens et services.
Si les agents sont dans une situation de concurrence (si aucun ne peut imposer sa solution aux autres) les prix et les quantités devraient varier jusqu’à ce que l’équilibre entre offre et demande soit atteint : le marché s’auto-régulerait en l’absence de toute intervention extérieure, en particulier celle de l’Etat, et les prix révéleraient à la fois des tensions entre offre et demande et les préférences des agents.
Cependant, les marchés correspondent rarement à cet idéal théorique car ils sont imparfaits et ne peuvent pas prendre en compte les biens collectifs : ils ne parviennent donc pas toujours à une situation optimale.

Intuitivement on peut penser que la régulation de chaque marché est assurée par les variations du prix ; le prix s’établira de manière à satisfaire le plus grand nombre d’acheteurs et de vendeurs, parce qu’aucun d’entre eux n’a intérêt à accepter un échange ne lui donnant pas satisfaction. Tous les vendeurs qui sont prêts à vendre au prix du marché et tous les acheteurs qui sont prêts à acheter à ce prix peuvent le faire [1]. Le prix semble donc être le résultat d’un arbitrage entre des décisions individuelles.
Mais, l’observation quotidienne montre qu’il existe de nombreuses situations de marché dans lesquelles les agents économiques possèdent ou non un pouvoir de contrôle du marché et du prix.
C’est pour cela qu’il faut distinguer les situations en présentant d’abord le mécanisme du marché en l’absence de pouvoir de marché (situation de concurrence pure et parfaite) puis lorsque ce n’est plus le cas (situation de concurrence imparfaite).

Commençons par préciser un peu les deux notions qui viennent d’être évoquées : pouvoir de marché et qualité de la concurrence, et on pourra ensuite distinguer les différentes situations de marchés à partir du niveau de concurrence qui les caractérise.

L’existence d’une législation traitant des questions de concurrence s’est traduite par la rédaction de textes définissant les atteintes à cette dernière. La définition du "pouvoir de marché" relève naturellement de ces dispositions.
Ainsi la Commission des Communautés européennes définit le pouvoir de marché de la manière suivante :

 Pouvoir d’une entreprise sur un marché donné. En économie, le pouvoir de marché désigne à la base la capacité des entreprises à fixer des prix supérieurs au coût marginal d’une manière que ceci soit rentable. En matière de concurrence, le pouvoir de marché est déterminé à l’aide d’une analyse structurelle du marché, notamment du calcul des parts de marché, qui oblige à examiner s’il existe d’autres producteurs des mêmes produits ou de produits substituables (substituabilité). L’analyse d’un pouvoir de marché doit également apprécier les barrières à l’entrée ou à l’expansion (Barrières à l’entrée) et le degré d’innovation. Elle peut par ailleurs faire intervenir des critères qualitatifs, tels que les ressources financières, l’intégration verticale ou la gamme de produits de l’entreprise concernée.

Un critère simple permet de distinguer le cas limite de la concurrence pure et parfaite (CPP) : dans ce cas, les agents économiques ne fixent pas eux-mêmes les prix, ils prennent les prix fournis par les marchés, ils ont un comportement "price-taker".
Dès qu’il est possible pour un acheteur ou un vendeur d’agir directement sur le prix du produit, on sort de la concurrence pure et parfaite, il y a un pouvoir de marché détenu par cet agent, il devient "price-maker". Le monopole est la forme la plus connue de marché imparfait, mais l’oligopole est la plus fréquente.

Quelles sont les conditions d’existence de la concurrence pure et parfaite (CPP)

La concurrence est pure si les 3 conditions suivantes sont réunies :

- L’atomicité du marché
Les agents (entreprises et ménages) ont une taille très réduite de telle sorte qu’ils ne peuvent agir sur les conditionnements de fonctionnement du marché. C’est ainsi que les entreprises sont petites et de taille équivalente : ni entreprise dominante, ni entente entre les entreprises pour fixer les prix et les quantités.
De même, du côté des acheteurs, chacun est isolé, il n’y a donc pas de coalitions, du type association de consommateurs qui pourrait obtenir par exemple un abaissement des prix.
- L’homogénéité du produit
Tous les produits de la même catégorie sont indifférenciés comme les grains d’un sac de blé. Ils sont, en d’autres termes, rigoureusement identiques. Dans un tel marché, il ne peut y avoir de marques distinctives, de publicité, etc...
- La libre entrée (sortie) sur le marché
Il y a libre entrée lorsque le marché est ouvert à la concurrence de toute entreprise qui souhaiterait s’y implanter et de tout acheteur nouveau qui souhaite participer à l’échange. Cette libre entrée suppose notamment qu’il n’y a pas de réglementation contraignante pour l’implantation d’une nouvelle entreprise sur le marché. Cela suppose aussi des conditions financières qui ne soient pas prohibitives : le « ticket d’entrée » (investissement minimal) sur le marché ne doit pas être trop élevé, ce qui est cohérent avec la condition d’atomicité.

Les trois critères de la concurrence pure ont en commun de représenter une situation où les agents économiques sont soumis sans pouvoir réagir volontairement et efficacement, au fonctionnement automatique du marché.

La concurrence est parfaite si les 2 conditions suivantes sont réunies :

- La transparence du marché
Un marché est « transparent » lorsque toutes ses caractéristiques sont connues des agents économiques : qualité des produits, quantités offertes et demandées aux différents prix. Cela suppose donc que toutes ces informations soient disponibles, circulent rapidement et sans coût.
- La mobilité des facteurs de production (travail et capital)
Les facteurs de production (le travail et le capital) doivent pouvoir se déplacer librement sans obstacle d’une activité à une autre. Si, par exemple, il apparaît qu’une industrie devient moins rentable, les facteurs qui y sont utilisés doivent pouvoir être transférés vers une autre activité, plus florissante et rémunératrice.

Si les cinq critères sont réunis simultanément, on se trouve en présence d’un marché de concurrence pure et parfaite.

Les formes principales de concurrence imparfaite

La concurrence pure et parfaite est un cas limite qui sert de modèle. Dans la réalité, les marchés respectent rarement les conditions énumérées plus haut.

Une classification possible des marchés existe à partir du nombre de vendeurs et d’acheteurs. Il est alors possible de donner des noms particuliers à certaines situations que l’on peut facilement observer dans la vie économique notamment le monopole et l’oligopole qui sont les deux formes principales de la concurrence imparfaite.

a) Le monopole

Le monopole est la situation dans laquelle il existe un seul producteur pour un bien ou service donné, l’acheteur n’ayant pas d’autre solution que de passer par ce fournisseur.
Une situation de monopole est caractérisée par un pouvoir important du producteur sur l’acheteur, il contrôle le prix et la quantité.

Le pouvoir de la firme en situation de monopole n’est cependant pas absolu :

- D’une part, l’acheteur peut toujours décider de ne pas acheter : pour le producteur, il y a donc des limites au prix qu’il peut imposer, et, s’il veut maximiser ses recettes, il doit pratiquer un prix déterminé par le calcul économique. Mais ce prix, la théorie le montre, lui procure un profit nettement plus élevé que celui qui résulterait d’une situation de concurrence : il existe donc une rente de monopole liée au fait que l’entreprise en situation de monopole fixe le prix au niveau où cela maximise son profit, au lieu que le prix soit imposé par le marché. C’est pourquoi nombre d’entreprises s’efforcent de développer une marque, pour convaincre les acheteurs que cette marque est unique, qu’elle est seule à désigner des produits d’une qualité déterminée, etc.
- D’autre part, même si le producteur est unique, il existe toujours des produits substituables : la route à la place du rail, l’autoproduction d’électricité à défaut de l’acheter au monopole de distribution, etc...
- Enfin, dans un grand nombre de cas, s’il n’existe qu’un producteur pour l’instant, cette situation n’est pas immuable : il n’existe qu’un producteur de Coca-Cola, mais d’autres producteurs de boissons gazéifiées peuvent essayer de produire des boissons analogues. En d’autres termes, le plus souvent les marchés sont contestables [2].

b) L’oligopole

L’oligopole est la situation dans laquelle une production déterminée est le fait d’un petit nombre de producteurs. Un oligopole n’implique pas forcément une situation d’entente sur les prix ou de partage du marché. Néanmoins, entre un petit nombre d’opérateurs, la tentation est souvent forte de limiter la concurrence de façon plus ou moins formalisée. C’est évidemment illégal. Mais il arrive souvent qu’au sein d’un oligopole, l’une des firmes - la plus importante habituellement - soit reconnue par les autres comme leader et chargée de fixer les prix sur lesquels tous les autres producteurs s’alignent. La firme leader fixe alors un prix directeur. Par exemple, dans le domaine du pétrole, l’Arabie Saoudite fixe le prix directeur pour le brut.

Pour aller plus loin voir :
le monopole
la concurrence monopolistique et oligopolistique
le duopole.

[1Cette définition du prix d’équilibre est fondamentale. Elle ne dit pas qu’à ce prix tous les offreurs et tous les demandeurs sont pleinement satisfaits, elle énonce simplement que tous les offreurs et les demandeurs qui sont prêts à échanger le produit à ce prix peuvent le faire. Si par exemple le prix d’équilibre des pommes de terre (d’une qualité donnée) est 2 euros par kg alors tous ceux qui sont vendeurs d’un kg à ce prix et tous ceux qui sont acheteurs d’un kg à ce prix peuvent le faire. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas des vendeurs insatisfaits, ceux qui souhaitaient vendre à un prix supérieur et des acheteurs insatisfaits, ceux qui souhaitaient acheter à un prix inférieur.

[2Un marché contestable est un marché sur lequel une nouvelle entreprise peut à tout moment venir s’installer parce qu’elle ne rencontre pas de barrière à l’entrée ou à la sortie du marché (il n’y a pas de coûts irrécupérables décourageant la pénétration du marché ou accompagnant une sortie rapide). Le fait que des concurrents peuvent apparaître à n’importe quel moment oblige les entreprises présentes sur le marché, même quand elles sont peu nombreuses, à se comporter comme si la concurrence existait réellement : elles seront donc efficientes. Trois économistes américains William Baumol, John Panzar, Robert Willig ont construit des modèles économiques permettant de schématiser cette situation qui rappelle l’intuition de Joseph Schumpeter (1883-1950) : la concurrence ne dépend pas du nombre des intervenants sur le marché elle dépend des comportements ; ce n’est pas un état c’est un état d’esprit c’est un comportement. Le risque de voir apparaître un nouvel entrant peut inciter une firme en situation de monopole à ne pas en abuser ou à dépenser énormément d’argent en publicité pour lever une barrière à l’entrée.


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