La précarité des emplois

lundi 20 janvier 2014

La notion de précarité est assez mal définie par les économistes. Elle est très souvent utilisée pour désigner les formes particulières d’emplois ou les emplois atypiques. Ces deux notions opposent des emplois "normaux" ou "typiques" à d’autres emplois. Il faut donc pour s’y retrouver dire ce qu’est un emploi normal ou un emploi typique.
La norme d’emploi évoquée est toujours celle qui correspond aux emplois à plein temps, correspondant à des contrats à durée indéterminée.
Tous les emplois qui ne correspondent pas à cette norme parce qu’ils ne respectent pas l’un ou l’autre des deux critères, sont des emplois atypiques ou des formes particulières d’emplois.

Qu’est-ce que la précarité ?

Les dictionnaires donnent les définitions suivantes pour le mot précarité :
- Le Grand Larousse : "Qui n’existe ou ne peut se maintenir que par une autorisation révocable. Et, par extension, qui n’offre nulle garantie de durée."
- Le Grand Robert : "1. (Droit) Qui ne s’exerce que grâce à une autorisation, à une tolérance révocable ; 2. (courant) Dont l’avenir, la durée, la solidité ne sont pas assurés ; qui peut à chaque instant être remis en question."

La confusion entre emplois précaires et emplois atypiques (les formes particulières d’emplois) vient du fait que si les emplois atypiques sont toujours précaires ils sont parfois choisis et pas forcément subis.
La précarité possède en effet une connotation péjorative. Un emploi précaire c’est un "mauvais emploi", ce qui est vrai le plus souvent mais pas toujours parce que certains salariés choisissent des formes particulières d’emplois.

Voici par exemple la définition que l’INSEE donne des formes particulières d’emplois :
Sous le terme formes particulières d’emploi, (ou parfois emplois précaires) sont regroupés les statuts d’emploi qui ne sont pas des contrats à durée indéterminée à temps plein. Ce sont l’emploi à temps partiel, l’intérim, les contrats à durée déterminée, l’apprentissage et les contrats aidés.

Il y a donc correspondance entre précarité et emplois atypiques pour l’INSEE.

C’est parfaitement légitime car :
- le travail à temps partiel ne peut pas faire l’objet d’un contrat à durée indéterminée, il est renégocié périodiquement,
- le travail intérimaire est constituée d’une suite aléatoire de contrats de travail
- les CDD par définition ne sont pas stables
- l’apprentissage relève d’une durée limitée dans le temps sans garantie pour la suite,
- les emplois aidés ont une durée fixée à l’avance et sont sans garantie pour la suite...

Mais on ne peut pas en conclure que tous ces emplois sont des mauvais emplois :
- le temps partiel est parfois choisi [1].

On retiendra donc que si le nombre d’emplois atypiques ou de formes particulière d’emplois augmente, ce qui est indéniable, cela ne signifie pas que la précarité de l’emploi progresse au même rythme.
C’est pourtant le message délivré par des présentations "officielles" comme celle-ci empruntée à l’INSEE.
Ce graphique est sans équivoque : l’augmentation des emplois intérimaires et celle des emplois à temps partiel sont en totalité assimilées à une augmentation de la précarité. C’est discutable même si derrière cette évolution il y a une nette dégradation des conditions dans lesquelles les salariés sont embauchés. Il n’est pas toujours nécessaire de forcer le trait pour convaincre...

Dans cette publication de la DARES, Premières Informations Premières Synthèses : Les contrats courts vus par les salariés : une précarité de l’emploi qui n’induit pas nécessairement une précarité du travail qui date de 2007, on peut lire :
« Les salariés en contrat court, c’est-à-dire en contrat à durée déterminée (CDD) ou en intérim, sont préoccupés par la précarité de leur emploi, et notamment par le risque de se retrouver au chômage.
Près de 85 % jugent que leur type de contrat les empêche de faire des projets à long terme, comme l’achat d’un logement.
Parallèlement, une majorité des salariés en contrat court déclare se sentir tout aussi intégrée à leur entreprise que ceux embauchés en contrat à durée indéterminée (CDI). Leur travail leur paraît tout aussi intéressant et ils ne pensent pas être moins bien rémunérés que les salariés en CDI. Un cinquième des salariés en contrat court préfère même ce type de contrat. Nombre d’entre eux sont encore étudiants. »

Précarité et flexibilité

Le nombre de salariés "précaires" a considérablement augmenté dans de nombreuses activités, comme l’industrie automobile (au sens large c’est-à-dire sous-traitants compris). Des taux de 20 ou 30% dans l’effectif ouvrier de production ne sont pas rares. Cette évolution peut sembler paradoxale puisque la qualification et l’expérience attendue des ouvriers actuels sont des conditions de réussite dans le système de production moderne de cette industrie. Il ne s’agit plus seulement de répéter les mêmes gestes de production toutes les minutes, il faut être polyvalent, pouvoir assurer la qualité, réaliser la maintenance de premier niveau, faire les réglages de la machine, participer à la vie de l’équipe et au suivi des indicateurs de résultats et même proposer plusieurs fois par an des solutions d’amélioration.
Dans le même temps la recherche de la flexibilité est devenue la seule manière d’éviter les coûts liés aux variations de la demande.
Faire varier les effectifs en étant certain de trouver de la main d’œuvre qualifiée peut sembler difficile. Pourtant les solutions existent.
On peut d’abord fidéliser les intérimaires tout en les faisant suffisamment tourner pour ne pas être obligé de les embaucher en CDI. Un intérimaire qui travaille 100 ou 150 jours par mois depuis 5 ans dans une usine ne demande évidemment pas de formation particulière !
On peut aussi compter sur la complémentarité au sein de l’équipe. Dans les UET (Unités élémentaires de travail) de Renault, dans les EAP (équipe autonome de production) de Valéo ou ailleurs, il n’est pas nécessaire que chacun au sein de l’équipe sache tout faire : il est toujours possible d’affecter les tâches les plus simples au nouveau en s’appuyant pour les plus complexes sur le personnel permanent.
Enfin, si les travailleurs permanents ont été formés à des actions de réglages et pas seulement d’exécution, les régleurs se sont vus confier d’autres tâches ce qui ne leur interdit pas en période de forte demande, quand les intérimaires sont nombreux, de reprendre leur activité de régleurs pour cette population à moins que l’on ne fasse faire les changements par les permanents.

[1Entre 40 et 45% des emplois à temps partiel sont choisis]
- il en est de même du travail intérimaire [[Si certains choisissent de rester intérimaires, ce n’est pas un hasard. Au premier rang des avantages de l’intérim : le salaire. À poste équivalent, une différence de 20% est observée, qui correspond à la prime de précarité et à l’indemnité de congés payés.


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