La trappe à liquidité

lundi 2 septembre 2013

Pour comprendre le concept de trappe à liquidité, il faut tout d’abord se référer à la conception de la demande de monnaie de Keynes : la monnaie est un instrument d’échange et sa principale fonction consiste à assurer le règlement des transactions (plus la production est importante, plus il faut de monnaie) mais c’est aussi un actif financier, c’est-à-dire que l’on peut, en conservant en "portefeuille" un stock de monnaie, transférer son pouvoir d’achat d’une période à l’autre.

Le rôle de la monnaie comme réserve de valeur est à l’origine de la demande de monnaie pour le motif de spéculation à côté du motif de transaction évoqué plus haut. Un agent qui a le choix entre deux types d’actifs financiers, la monnaie et des obligations à taux fixe, peut préférer détenir sa fortune sous forme de monnaie alors même qu’il ne bénéficie d’aucun rendement parce que les obligations sont un actif risqué, alors que la monnaie est un actif sans risque si l’inflation est faible et stable. En fait, la monnaie a un rendement propre qui est sa liquidité, c’est-à-dire sa capacité à être immédiatement utilisable pour des achats.

Une hausse des taux d’intérêt entraîne une baisse du prix des actifs financiers (immobiliers aussi mais ce n’est pas le problème discuté ici). Celui qui détient une obligation rapportant 5 % aura du mal à la vendre lorsque les taux des nouvelles obligations sont fixés à 7 %. Il doit alors accepter de la vendre à un prix inférieur pour que l’acheteur compense la perte du rendement (5 % au lieu de 7 %) par un prix plus avantageux. Ce raisonnement est transposable à tous les actifs financiers. Pour une action par exemple, celui qui détient une action dont le rendement actuel est 6 % alors que les taux d’intérêt sur les obligations est égal à 5 %, peut vendre facilement cette action parce qu’elle est attractive. Mais si le taux d’intérêt passe à 7 %, son action est difficile à vendre à moins d’accepter de la vendre à un prix plus faible.

Le taux d’intérêt devient l’indicateur qui permet d’arbitrer entre détenir de la monnaie et détenir des titres.

Une hausse du taux d’intérêt a deux effets :
- elle rend plus attractive la détention de titres puisque la détention de monnaie a un coût d’opportunité plus élevé (en gardant de la monnaie l’agent renonce à toucher un intérêt, il perd d’autant plus que le taux d’intérêt est plus élevé).
- mais elle entraîne aussi une baisse de la valeur des titres réduisant la richesse des détenteurs de titres.
On retrouve ici les deux éléments qui motivent le placement en titres : le rendement (intérêt ou dividende) et la plus value ou moins value (gain ou perte en capital au moment de la vente).

Ainsi ce qui compte c’est moins le niveau du taux d’intérêt que les anticipations que les agents font de son évolution. S’ils considèrent qu’il est "anormalement" élevé ils vont anticiper une baisse des taux donc une hausse des cours, ce qui les conduira à acheter des titres donc à financer la croissance de l’investissement. En revanche s’ils considèrent qu’il est "anormalement" bas, ils vont anticiper une remontée des taux et renoncer aux titres pour se tourner vers la monnaie. L’investissement sera déprimé et la croissance économique sera moins forte. Une baisse des taux décidée par les autorités monétaires n’a plus aucun effet sur l’économie réelle.


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