Le SME : pourquoi ?

dimanche 2 février 2014

En janvier 1976, les accords de la Jamaïque officialisèrent le nouveau rôle du FMI : désormais, celui-ci allait superviser un système monétaire mondial de taux de change flottants, dans lequel chaque pays est libre de choisir le régime de change qu’il veut et qui n’accorde aucun rôle privilégié à quelque monnaie que ce soit. Depuis 1973, le système monétaire international peut être décrit comme un non-système. Les pays peuvent choisir pratiquement toute politique de change qu’ils souhaitent. Il existe donc tout un spectre de régimes de change, allant des changes fixes aux changes purement flottants.

Le SME naît en avril 1978 lors du Sommet européen de Brême à la suite d’une initiative conjointe du Président Giscard d’Estaing et du Chancelier Schmidt. Son ambition est officiellement de créer une zone de stabilité monétaire en Europe. Il s’agit de proposer aux États de la Communauté européenne une organisation de coopération monétaire alors que l’abandon de toute règle collective de fixation des taux de change (à la suite aux accords de la Jamaïque de 1976) conduirait chaque État à adopter la parité qui convient le mieux à ses objectifs de politique économique interne sans se soucier des conséquences qui en résultent pour les autres États. En l’absence de coopération monétaire, la gestion du taux de change n’est plus nécessairement un objectif de politique économique.

Cette situation n’est pas problématique tant que le taux d’ouverture des économies reste faible : la variation du taux de change affecte peu l’activité économique dont les déterminants sont avant tout la consommation et l’investissement internes. Le contexte économique international des années 70 en Europe est cependant tout autre. Il en résulte que la variation du taux de change d’un ou de plusieurs États européens affecte nécessairement les autres. Ainsi une politique de relance augmente les importations, ce qui détériore le solde de la balance commerciale dont le rééquilibrage, en l’absence d’intervention des autorités monétaires (hausse des taux d’intérêt par exemple), passe par une dépréciation du taux de change. Celle-ci affaiblit la compétitivité des partenaires et, à terme, leur croissance.
Tout se passe donc comme si, grâce à la dépréciation de son taux de change, le pays qui a pris l’initiative de relancer son économie de façon solitaire avait importé de la croissance de ses partenaires (ou exporté son chômage) à leur détriment. Inversement, une politique de lutte contre l’inflation par réduction de la demande globale diminue les importations et favorise un excédent de la balance commerciale ; le retour à l’équilibre extérieur passe alors par une appréciation du taux de change qui symétriquement en élevant le prix des importations pour les partenaires augmente par là même leur taux d’inflation. Dans cette hypothèse, le pays qui décide d’engager une politique de rigueur importe, grâce à l’appréciation de son taux de change, de la désinflation de ses partenaires (ou exporte son inflation) à leur détriment. Les bénéfices de ces stratégies, non-coopératives sont d’autant plus grands que les États se conduisent en “passagers clandestins”, menant seuls contre tous ces politiques de dépréciation ou d’appréciation.
La première situation décrite ci-dessus, la dépréciation régulière du taux de change des partenaires, est dénoncée par les États européens ayant traditionnellement une monnaie forte (Allemagne et Pays-Bas) alors que la seconde, exportation de l’inflation, est dénoncée par les pays traditionnellement inflationnistes (France et Italie). Le flottement des monnaies n’est donc pas une bonne solution et l’idée d’une organisation interne à l’Europe permet de promettre aux uns qu’ils seront à l’abri des dévaluations compétitives et aux autres qu’ils pourront importer la discipline des États à monnaie forte.
Les États sont d’autant plus incités à rechercher ces bénéfices qu’ils font face à un important choc macroéconomique. La hausse des prix pétroliers intervenant à la fin des années 70 renforce et aggrave celle observée en 1973-1974. Comme il s’agit tout à la fois d’un choc d’offre et de demande, les réponses de politique économique des États divergent en fonction de la priorité donnée à l’absorption de l’un ou l’autre choc. L’Allemagne, par exemple, choisit de maîtriser l’inflation pour absorber le choc d’offre (c’est-à-dire la baisse de l’incitation à produire consécutive à la brusque augmentation des coûts de production) et de laisser sa monnaie s’apprécier au détriment de ses partenaires pour bénéficier de prix à l’importation plus faibles. D’autres, comme la France, cherchent à relancer la demande globale (la hausse des prix du pétrole agit comme un prélèvement sur le revenu national au détriment des autres composantes de la demande) et laissent leur monnaie se déprécier. Il faut ajouter qu’en l’absence de stabilité des taux de change en Europe, les politiques communes n’ont plus de sens (c’est le cas de la PAC - politique agricole commune - puisque les prix fixés pour toute la zone varient en fonction des taux de change).


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