Le chômage dans l’analyse libérale

jeudi 9 janvier 2014

Le prix du travail (le salaire qui est à la fois un coût pour l’employeur et un revenu pour le salarié) résulte dans l’analyse précédente de l’arbitrage entre l’offre de travail des salariés et la demande des employeurs.

Sur le marché du travail c’est le prix qui détermine les quantités ; c’est la variable d’ajustement.

Une offre de travail trop importante provoquera une baisse des salaires, laquelle attirera les employeurs, l’équilibre étant ainsi rétabli.
L’existence d’un chômage durable ne s’explique que par le manque de flexibilité des salaires.
En effet, un salaire trop élevé alourdit le coût du travail et réduit la rentabilité des entreprises avec un partage de la valeur ajoutée qui lui est défavorable. N’ayant pas d’intérêt (de motivation) à produire davantage (ou autant), l’entreprise réduit l’embauche ou licencie les salariés les plus coûteux en termes de rentabilité, c’est à dire les emplois non qualifiés pour lesquels on peut penser que le salaire est plus élevé que leur productivité.
Le chômage a pour origine un coût du travail trop élevé relativement à la productivité du travail.

Ainsi pour les tenants de cette analyse, il ne peut y avoir de chômage durable si le salaire peut s’ajuster aux conditions du marché. Les chômeurs trouvent un emploi dès qu’ils acceptent de réduire leurs prétentions salariale en s’alignant sur celles de ceux qui ont un emploi.

Dans cette analyse néoclassique, si le marché du travail fonctionne bien, les "chômeurs" sont simplement des candidats à un emploi ne souhaitant pas travailler aux niveaux de salaires proposés par les entreprises : ce sont des chômeurs volontaires puisqu’il suffirait qu’ils acceptent de travailler pour un salaire inférieur (le salaire d’équilibre) pour retrouver un emploi. Les "chômeurs" jugent ces niveaux de salaires insuffisants pour justifier leur acceptation des emplois. Ce sont bien des chômeurs puisqu’ils remplissent les trois conditions : ils sont en âge de travailler (être un actif potentiel), ils sont à la recherche d’un emploi, et ils sont sans emploi. Mais ils sont en situation d’attente volontairement : ils accepteront de travailler quand le salaire sera plus élevé. Les économistes disent que leur salaire de réservation est supérieur au salaire d’équilibre.

On peut alors distinguer un chômage d’équilibre et un chômage de déséquilibre. [1].

Le chômage d’équilibre est celui qui existe lorsque le salaire est à son niveau d’équilibre. Tous ceux qui sont prêts à travailler à ce niveau de salaire trouvent un emploi et tous les employeurs qui souhaitent embaucher à ce salaire peuvent le faire.

Sur ce graphique la courbe NO représente l’offre globale de travail (somme des offres individuelles de travail) en fonction du salaire réel et la courbe N, l’offre de travail maximale possible pour chaque niveau de salaire.
L’écart entre les deux traduit le fait que certains salariés considèrent que le salaire proposé est inférieur à celui qui pourrait les décider à travailler. Les économistes parlent de salaire de réservation. Cet écart se réduit quand le salaire est très élevé et il est important lorsque le salaire est faible.
Quand le marché du travail est équilibré, c’est-à-dire quand tous ceux qui sont prêts à travailler pour le niveau de salaire proposé trouvent un emploi et quand tous ceux qui sont prêts à embaucher à ce niveau de salaire peuvent le faire, il n’y a pas de chômage involontaire, ou pour le dire autrement, il n’y a pas de chômage de déséquilibre (le salaire est à son niveau d’équilibre).

En revanche, il y a des salariés qui pourraient travailler et qui ne le font pas. C’est pour cela qu’on parle de chômage d’équilibre : même quand le salaire est à son niveau d’équilibre ce chômage existe parce que l’offre globale de travail ne se confond pas avec l’offre maximale de travail. Ici, le chômage d’équilibre est mesuré par l’écart entre l’offre globale de travail correspondant au salaire d’équilibre soit E* et l’offre de travail qui s’établirait si tous ceux qui sont susceptibles de travailler acceptaient de le faire, soit OMax.

Si en plus, pour une raison ou pour une autre le salaire s’établit à un niveau supérieur au salaire d’équilibre, deux formes de chômage vont coexister puisque, à côté du chômage provoqué par un salaire trop élevé, chômage lié au déséquilibre du marché du travail, il y a aussi le chômage volontaire, le chômage de déséquilibre traduisant le comportement des offreurs de travail relativement à leur salaire de réservation.

La distinction entre ces deux types de chômage est importante car s’il est possible de réduire le chômage de déséquilibre en facilitant l’ajustement des salaires (flexibilité salariale plus grande), cela ne permet pas de faire disparaître le chômage d’équilibre.

Le chômage d’équilibre contient en fait trois composantes distinctes.
- Un chômage frictionnel qui correspond simplement au fait que l’ajustement entre offre et demande de travail ne peut pas se faire immédiatement. Les emplois offerts et les emplois demandés ne sont pas forcément au même endroit ni du même type. Le problème de l’appariement entre offre et demande de travail a fait l’objet de développements théoriques que vous pouvez retrouver dans cet article.
- Un chômage technologique qui correspond aux changements intervenants dans la structure des emplois sous l’effet des changements dans les structures de consommation et des changements dans les techniques de production.
- Un chômage purement volontaire traduisant l’écart entre salire de réservation et salaire du marché du travail. Ces comportements de chômage volontaire sont différents d’une économie à une autre. Ils dépendent des caractéristiques du marché du travail et des institutions qui protègent plus ou moins les individus. Les conditions d’indemnisation du chômage, le système de protection sociale, la réglementation du marché du travail assurant une plus ou moins grande flexibilité, peuvent expliquer ces écarts.
On prendra garde cependant de ne pas oublier que le salaire de réservation n’est pas sans fondement : le salarié estime le niveau de salaire auquel il acceptera de travailler en prenant en compte les dépenses de formation qu’il a engagées. Pour en savoir plus sur cette théorie du capital vous pouvez lire cet article

Ce qui précède montre que pour chaque économie et pour une période donnée il existe un taux de chômage correspondant aux caractéristiques du marché du travail considéré.
Ce taux de chômage peut être qualifié de deux manières : il peut être dit naturel pour souligner le fait que c’est celui qui s’établit lorsqu’on laisse fonctionner librement le marché, c’est-à-dire lorsque l’État n’intervient pas dans la négociation marchande, il peut aussi être dit structurel parce qu’il est déterminé par les structures de l’économie.
Traditionnellement, la référence au taux de chômage naturel renvoie aux analyses de l’économiste américain Milton Friedman et au courant libéral, alors que le concept de taux de chômage structurel est utilisé plus largement.
C’est le cas lorsqu’il faut faire une distinction entre le noyau dur du chômage, celui qui correspond à la croissance économique potentielle ou tendancielle, et le chômage observé qui s’écarte plus ou moins de ce noyau dur en raison des fluctuations conjoncturelles, un ralentissement de la croissance se traduit par une augmentation du nombre des chômeurs et inversement.

Pour en savoir plus sur ces concepts (taux de chômage naturel et taux de chômage structurel) vous pouvez lire cet article : Taux de chômage structurel, Taux de chômage d’équilibre, taux de chômage naturel, NAIRU : de quoi s’agit-il ?

Dans cet article vous verrez qu’il existe au moins deux autres approches possibles du chômage d’équilibre, la première plutôt d’inspiration keynésienne définit le taux de chômage d’équilibre comme étant celui qui est compatible avec un taux d’inflation stabilisé (NAIRU, pour non accelerating inflation rate of unemployment) et la seconde construite à partir du comportement des salariés et des employeurs sur un marché du travail en concurrence imparfaite (analyse fixation des salires - fixation des prix ou WS-PS pour wage setting-price setting). Les deux analyses sont présentées dans cet article

[1Voir par exemple le manuel de John Sloman, Principes d’économie, Pearson Education, 2008, pages 432 et suivantes.


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