Le modèle Offre-Demande agrégées

mercredi 8 janvier 2014

Ce modèle permet de présenter dans un seul diagramme les relations entre le niveau des prix d’une part (ou la variation de ce niveau) et le niveau de la production offerte et demandée d’autre part.
Il s’agit donc d’un modèle dans lequel les prix influencent plus ou moins l’équilibre économique.

La courbe d’offre agrégée exprime une relation positive entre la production de l’économie et le niveau des prix.
La courbe de demande agrégée exprime une relation négative entre la production de l’économie et le niveau des prix.

Il faut cependant lever dès le départ une ambiguité liée aux termes fonction d’offre et fonction de demande. Il ne s’agit en aucun cas d’un mécanisme de marché conduisant automatiquement à l’équilibre par affichage de prix et réponse des offreurs et des demandeurs.
Comme pour le modèle IS-LM, c’est une description de l’économie permettant de montrer pourquoi le niveau des prix s’élève ou baisse en réaction aux déplacements de la fonction d’offre et de demande.

La construction des courbes d’offre et de demande agrégées (on dit aussi parfois quasi-offre et quasi-demande) ne pose pas de problème particulier dès lors qu’on accepte quelques hypothèses simplificatrices. Il y a cependant deux présentations différentes suivant que la production est liée au niveau des prix ou à l’inflation. L’ambiguité est parfois problématique lorsque la courbe d’offre agrégée est construite à partir de la courbe de Phillips et de la loi d’Okun, ce qui correspond à une liaison entre la production et l’inflation, alors que la courbe de demande agrégée est déduite du modèle IS-LM avec prix flexible, livrant une liaison entre la production et le niveau des prix ! [1].
Les différentes présentations sont reprises ci-dessous parce qu’elles apportent des informations complémentaires.

L’offre agrégée

Elle peut être construite à partir de la formation des salaires et des prix.

Le comportement des producteurs pour la formation des prix est simple : ils appliquent une marge proportionnelle au côut salarial unitaire.

p = (1+m)(w / π)

p est le niveau des prix, w le salaire nominal, π la productivité du travail et m le taux de marge appliqué aux prix

Si les entreprises veulent maintenir leurs profits, les prix augmentent quand le salaire nominal augmente plus vite que la productivité du travail.

Les salaires nominaux dépendent des anticipations (ou de l’indexation) du niveau des prix pa, et du niveau de chômage. Il y a donc des rigidités nominales (si l’indexation n’est pas parfaite ou si les prix anticipés s’écartent des prix effectifs) et des rigidités réelles (le chômage influence les salaires).
La première composante de la formation des salaires traduit simplement l’idée que les salariés et les employeurs se préoccupent du salaire réel et pas du salaire nominal. Mais ils ne savent pas de manière parfaite quel sera le niveau de prix effectif. Ils intègrent donc dans leurs négociations des anticipations de prix.
La seconde traduit l’existence d’une influence de la situation conjoncturelle sur la formation des salaires. Quand les chômeurs sont nombreux, les revendications salariales sont forcément affaiblies.
On peut d’ailleurs sans problème remplacer le taux de chômage par un autre indicateur de la conjoncture : le niveau du PIB apprécié relativement à son niveau potentiel c’est-à-dire celui qui serait réalisé si tous les offreurs de travail trouvaient un emploi, le PIB de plein emploi.

w = pa + F(u)

w = pa + G(Y)

F(u) est une fonction du taux de chômage ; quand le taux de chômage augmente les salaires nominaux augmentent moins vite

Les salaires nominaux augmentent pour compenser l’augmentation anticipée des prix dans une négociation influencée par la conjoncture.

En combinant les deux équations on obtient :

p = [ (1+m)/π ] [ pa + F(u) ]

p = [ (1+m)/π ] [ pa + G(Y) ]

Si une augmentation du taux de chômage entraîne une diminution du niveau de prix parce que les salaires nominaux diminuent, l’augmentation de la production à l’effet inverse. Quand Y augmente p augmente.

On peut encore écrire cette dernière relation de manière à faire apparaître deux composantes

p = [(1+m)/π](pa) + [(1+m)/π]G(Y)

On voit
- que le niveau de prix augmente quand la production augmente
- qu’il y a autant de courbes que de valeurs possibles pour le prix anticipé (ou le degré d’indexation)
- que le niveau de productivité et le coefficient de marge affectent la position de la courbe mais pas sa forme.

On voit aussi que la relation entre la production et les prix dépend des rigidités nominales et des rigidités réelles.
Quand il n’y a plus de rigidités, les salaires s’ajustent aux prix instantanément et sans erreur, donc une variation des prix est sans effet sur l’emploi et/ou la production. Le niveau de production est celui qui correspond à l’équilibre du marché du travail, c’est le PIB de plein emploi.

On peut donc facilement distinguer trois cas :
- il existe des rigidités ou des erreurs d’anticipation et la fonction d’offre globale est croissante
- il n’existe pas de rigidité ou d’erreur d’anticipation et la fonction d’offre globale est une droite verticale.
- enfin, si on accepte l’idée keynésienne d’une absence totale de tension sur l’appareil productif (sous-utilisation des équipements et de la main d’œuvre, l’offre agrégée est horizontale puisque les variations de de la demande de produits déterminent celles de la production sans aucun effet sur les prix (l’offre agrégée est infiniment élastique aux variations de la demande).
Ce dernier cas de figure est introduit pour montrer ce qui sépare le modèle AS-AD du modèle IS-LM, il ne relève pas de l’analyse à prix flexible.

L’idée que la courbe d’offre est verticale quand les prix sont parfaitement flexibles et que l’information est parfaite est cohérente avec les conclusions habituelles de la théorie économique dominante (libérale ou non keynésienne). Si les marchés sont parfaits les entreprises utiliseront toute la main d’œuvre qui accepte de travailler au salaire d’équilibre (celui qui égalise la productivité du travail et le salaire réel).

Il y a pourtant de nombreuses raisons pour que les prix soient rigides [2]
Les plus souvent mentionnées sont les suivantes :
- changer les prix comporte des coûts qualifiés de coûts de menu ou coûts de catalogue qui conduisent les entreprises à échelonner les variations de prix. [3]
- Les contrats entre firmes et employés (explicites ou implicites) qui fixent les salaires et souvent leur évolution pour plusieurs trimestres voire plusieurs années interdisent des ajustements instantanés. Ils sont pourtant parfaitement justifiés par le fait qu’ils réduisent les coûts de la négociation (conflit) et stabilisent les prévisions. [4]

Le plupart des économistes s’accordent pour conclure cependant qu’à long terme les rigidités ne peuvent se maintenir. Ainsi ils distinguent deux courbes d’offre globale : à court terme l’offre est croissante, à long terme elle est verticale.

Il reste alors à préciser ce qu’il faut entendre par court terme et long terme.
La distinction entre court terme et long terme est fréquente dans l’analyse macroéconomique, pourtant elle n’est pas toujours clairement précisée. Comme pour l’analyse de la courbe de Phillips, ici, le court terme concerne les phénomènes transitoires, donc monétaires, tandis que le long terme concerne les phénomènes permanents, les tendances de fonds, le réel, pour reprendre la terminologie des monétaristes. [5]

La courbe d’offre agrégée peut aussi être déduite de la courbe de Phillips et de la loi d’Okun.

On ne revient pas sur ces deux liaisons présentées en détail dans d’autres articles.

Elle est alors une liaison entre le niveau de la production et l’inflation, la croissance de la production s’accompagne d’une augmentation du rythme d’inflation, donc une augmentation du niveau des prix.

La demande agrégée

Une première manière de trouver une relation entre les prix et la demande consiste à retenir une liaison entre la consommation, le revenu et la richesse réelle.

Avec p pour le niveau des prix, C pour la consommation, Y pour le revenu et Ω pour la richesse (patrimoine).

Alors quand le niveau des prix augmente, la richesse réelle diminue, et la consommation est réduite. Se sentant moins riches, les ménages épargnent davantage pour reconstituer leur richesse.

La demande diminue quand les prix augmentent.

Pourtant la présentation la plus fréquente est celle qui s’appuie sur le modèle IS-LM en levant l’hypothèse des prix fixes.
Dans le modèle IS-LM, l’équilibre entre offre et demande de monnaie décrit par la courbe LM est défini pour un niveau de prix donné.
voir l’article dédié au modèle IS-LM

Si le prix passe de P0 à P1 la courbe LM se déplace de LM0 à LM1.
Donc il existe pour chaque niveau de prix un niveau de production Y tel que l’équilibre IS-LM est réalisé.
En reportant ces niveaux de prix et de production sur un graphique on obtient la courbe de demande agrégée. On peut aussi considérer que plus l’inflation est élevée moins la compétitivité est forte ce qui affecte négativement la production en économie ouverte. [6]

Confrontation de l’offre et de la demande agrégées

Les deux courbes réunies sur un même graphique permettent de représenter les effets des variations de leur position (déplacement de la courbe d’offre agrégée ou de la courbe de demande agrégée)

  • L’offre agrégée se déplace sous l’effet des chocs de progrès technique ou des chocs pétroliers par exemple.
    • Une élévation du prix du pétrole par exemple dégrade les conditions de productions et impose une accélération de l’inflation pour maintenir les profits à production constante. La courbe d’offre se déplace vers la gauche.
    • Une amélioration de la productivité sous l’effet de l’usage généralisé des nouvelles technologies permet de produire plus pour des coûts équivalents ou de réduire les coûts pour une production identique. La courbe d’offre se déplace vers la droite.
  • La demande agrégée se déplace pour toutes les raisons qui peuvent modifier à niveau de prix inchangé, le comportement de demande des agents. Par exemple une politique de relance soutenant la consommation ou l’investissement (public ou privé) permet de dépenser plus pour un même système de prix. La courbe de demande agrégée se déplace vers la droite.

Ce modèle simple permet de montrer que des chocs d’offre ou de demande positifs (un progrès technique sensible pour l’offre et une politique de relance pour la demande) ne produisent pas les mêmes résultats et que l’appréciation varie suivant qu’on se situe à court terme ou à long terme (courbe d’offre verticale).

Dans le graphique ci-dessous, à gauche un choc de demande positif est représenté dans les deux cas de figure d’une courbe d’offre de court terme et de long terme. Dans les deux cas le choc de demande a un effet inflationniste mais à court terme la production peut augmenter (transitoirement) avant de revenir à son niveau naturel.

À droite le choc d’offre de court terme a un effet désinflationniste et il améliore la production.

[1Page 305 de "Macroéconomie" (Bréal 1999) après avoir suivi cette démarche les auteurs utilisent une pirouette : « dans la suite de ce chapitre nous identifions le plus souvent par souci de simplification, le niveau d’inflation et le niveau général des prix ».

[2Au moins 12 si on suit le catalogue proposé par Alan S. Blinder dans "On sticky price : Academic theories meet the real world" dans "Monetary Policy" édité par Gregory Mankiw, 1994. Le détail figure dans "Macroéconomie" collectif, Breal, 1999.

[3George Akerlof et Janet Yellen "A Near-rational Model of the Business Cycle, with Wage and Price Intertia," The Quarterly Journal of Economics, 1985, ou Gregory Mankiw, "Small Menu Costs and Large Business Cycles : A Macroeconomic Model of Monopoly". Quarterly Journal of Economics, 1985)

[4John Taylor, Aggregate Dynamics and Staggered Contracts." Journal of Political Economy, 1980 et Stanley Fisher, Wage Indexation and Macroeconomic Stability , Journal of Monetary Economics, 1977.

[5Pour certains la distinction repose sur une observation empirique : les prix et les quantités ne s’ajustant pas instantanément parce qu’il existe des rigidités, des délais d’ajustement, le court terme correspond à une période pendant laquelle les prix ou les quantités sont rigides (sans qu’il soit nécessaire que ces rigidités concernent tous les prix et toutes les quantités) alors qu’à long terme les prix sont flexibles.
Pour d’autres, la distinction repose sur l’existence d’un écart entre anticipation et réalisation. À court terme les valeurs anticipées des grandeurs économiques (prix ou quantités) peuvent s’écarter des valeurs qui seront effectivement réalisées. L’écart est une source de fluctuations économiques. À long terme les valeurs anticipées sont égales aux valeurs réalisées, il n’y a plus d’erreurs d’anticipation. Les grandeurs économiques suivent leur évolution tendancielle sans fluctuations. Ces deux premières versions sont très proches : sil faut anticiper c’est bien parce que les ajustements ne sont pas automatiques.
Pour d’autres encore, l’analyse macroéconomique de court terme doit expliquer pourquoi les valeurs des grandeurs économiques connaissent des fluctuations. L’analyse macroéconomique de long terme doit expliquer les évolution tendancielles. Typiquement, la macroéconomie de court terme s’intéresse aux fluctuations conjoncturelles, la’analyse macroéconomique de long terme s’intéresse à la croissance économique. Pourtant, la distinction repose parfois sur une autre référence : la variation ou l’absence de variation du capital installé. La courte période se déroule dans un environnement technique donné : le stock de capital ne varie pas et la technique est inchangée, seule la quantité de travail peut varier. À long terme au contraire, l’accumulation du capital et le progrès technique interviennent.
Quelque soit la définition retenue, elle ne prend jamais la forme d’un encadrement temporel qui exprimerait par exemple que la courte période c’est 6 mois ou un an. Lorsque le lien au temps est pris en compte concrètement c’est à partir du tableau permettant d’apprécier les résultats du modèle testant l’analyse. Le long terme est alors la période pour laquelle les effets du phénomène mesuré s’épuisent. Intellectuellement ce n’est pas très satisfaisant.

[6C’est la démarche retenue par Michael Burda et Charles Wyplosz, Macroéconomie, une perspective européenne, De Boeck, (édition de 1993, pages 315 et suivantes).


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 2174 / 1252893

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Éléments de théorie économique  Suivre la vie du site Analyse macro-économique   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP + AHUNTSIC

Creative Commons License