Le protectionnisme

lundi 2 septembre 2013

Alors que l’OMC symbolise le triomphe des idées libre-échangistes, de nombreuses formes de protectionnisme constituent encore des obstacles importants au développement du commerce mondial.

Justification du protectionnisme

1) Le protectionnisme éducateur ou la protection des industries dans l’enfance.

C’est Friedrich List (1841), qui a développé cette thèse, reprenant les idées (mises en pratique) d’Alexander Hamilton (1755-1804) secrétaire d’État au Trésor américain, qui réclamait à la fois protection douanière et subventions pour soutenir les entreprises américaines (les entrepreneurs américains craignaient à juste titre la concurrence anglaise).
Selon l’auteur du Système national d’économie politique, il n’est pas question de restreindre le commerce des produits naturels et des matières brutes. Le protectionnisme ne doit s’appliquer qu’à une certaine phase du développement industriel, et dans certaines conditions : c’est seulement chez des peuples semblables, expose List, que les restrictions commerciales en vue de créer et de soutenir une industrie manufacturière peuvent être légitimes ; elles ne le sont que jusqu’à ce que cette industrie devienne assez forte pour ne plus craindre la concurrence étrangère.
Par analogie la plupart des États ont recouru à chaque fois que cela leur semblait utile à un protectionnisme défensif destiné en principe à ménager une phase d’ajustement pour tel ou tel secteur d’activité menacé par la concurrence internationale.

2) La politique commerciale stratégique.

C’est la thèse, défendue par Paul Krugman. Lorsque les exportations correspondent à des activités se faisant avec des rendements croissants (des coûts unitaires décroissants) du fait des économies d’échelle, l’avantage se renforce avec le développement de la production. c’est l’inverse lorsqu’il s’agit d’activités à rendements décroissants.
Cela conduit certains États (en fait ceux qui le peuvent) à mener une politique commerciale stratégique pour obtenir une spécialisation favorable.
Alors que depuis la Seconde Guerre Mondiale la volonté de "libéraliser les échanges" est devenue officielle (l’OMC a remplacé le GATT) la réalité est souvent différente. Presque tous les États subventionnent au moins certains de leurs exportateurs ou cherchent à encourager la création de "champions nationaux" dans certains secteurs. L’intervention de l’État français dans le secteur nucléaire en France, ou de certains pays européens réunis en consortium pour Airbus en sont deux exemples probants.
Ce constat des limites dans l’application effective du libre-échange a donné naissance à un courant de pensé, mis en forme initialement par Barbara Spencer et James Brander et défendue avec brio par Paul Krugman.
La position actuelle de Paul Krugman est intéressante parce qu’il est l’un des auteurs ayant renouvelé les théories du commerce international et parce qu’il est devenu le spécialiste reconnu de l’analyse théorique des échanges. S’il reconnaît que la spécialisation internationale et les échanges ne s’expliquent pas seulement par l’avantage comparatif, mais également par les économies d’échelle et les externalités, il dit clairement que ces nouvelles explications ne constituent qu’une amélioration ne faisant pas disparaître les arguments libre-échangistes.
Parce que la concurrence est imparfaite, l’intervention de l’État devient légitime et les politiques commerciales stratégiques peuvent être avantageuses en créant des incitations pour stimuler les firmes.

3) L’organisation des marchés des produits de base.

Lorsque les exportations correspondent à des produits dont la demande est inélastique (c’est le cas de nombreux produits agricoles et produits primaires) l’augmentation des exportations au lieu d’élever le revenu des producteurs entraîne sa stagnation ou même sa diminution sous l’effet de la baisse des prix (l’offre augmente et la demande n’augmente pas). On parle alors d’une croissance appauvrissante.
Ceci est particulièrement observable pour les pays dont les exportations concernent un seul produit (monoexportateur) ou un petit nombre de produits ayant ces caractéristiques. Or ces pays sont très nombreux parmi les pays en développement. Le prix des produits primaires est alors directement lié à l’activité économique mondiale (ils dépendent de l’évolution de la demande). L’expansion mondiale entraîne l’augmentation des prix alors que le ralentissement de la croissance économique mondiale entraîne la baisse des prix. Par ailleurs, les marchés des produits de base sont souvent des marchés d’oligopsone, les firmes multinationales de l’industrie agroalimentaire étant en position dominante relativement à un nombre considérable de producteurs. Les fluctuations des prix des produits de base sont donc très importantes. Les difficultés des pays producteurs de ces produits ne peuvent pas être réglées sans une véritable négociation internationale aboutissant par exemple à la constitution d’un fonds de stabilisation des revenus des pays exportateurs de matières premières.

Une vidéo d’écodico BNP Paribas et le web pédagogique sur le protectionnisme


Le protectionnisme par lewebpedagogique

Formes actuelles du protectionnisme

Le protectionnisme s’appuie sur trois types d’instruments : les tarifs douaniers, les restrictions quantitatives, les protections non tarifaires

Les tarifs douaniers ont été considérablement abaissés depuis 1948 (date d’entrée en vigueur du GATT), passant de 40 % en moyenne à moins de 4 % pour les États-Unis, moins de 6 % pour l’Union européenne et le Japon. Ils restent plus élevés dans les économies émergentes (10 % en Chine, 20 % en Inde) et dans les pays pauvres (de 12 à 25 %). Mais il ya de grandes disparités selon les secteurs. les pays développés maintiennent des droits sur lles produits agricoles plus élevés que sur les produits manufacturés : Japon 24 % contre moins de 3 %, Union européenne 15 % contre moins de 4 %...

Les obstacles non tarifaires sont la forme principale de protectionnisme aujourd’hui, il suffit pour vérifier leur existence de comparer le prix sur le marché intérieur et sur le marché mondial. Si l’écart est important c’est qu’il y a un obstacle aux importations.

Un État peut utiliser une subvention à l’exportation comme une forme de protectionnisme. En favorisant l’exportation de ses produits il limite la concurrence sur le marché mondial et indirectement il protège ses producteurs. Les subventions sont souvent doublées par des MGS (mesures générales de soutien), qui jouent le même rôle. Les deux concernent principalement les produits agricoles et sont combattues par l’OMC et leur disparition est souhaitée par les producteurs des pays en développement. C’est l’un des points de conflit dans les négociations du cycle de Doha.

Enfin le protectionnisme peut prendre la forme d’une propagande encourageant la consommation de produits nationaux ou dénigrant les produits étrangers.


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