Le risque systémique

mardi 17 septembre 2013

Les risques systémiques ne sont pas propres à l’activité bancaire, ils se rencontrent dans de très nombreux domaines, mais l’usage est aujourd’hui plus fréquent en matière financière et monétaire.

Définition et mesure du risque systémique

Un risque systémique est un risque qui peut mettre en danger la survie du système financier. La Banque des Règlements Internationaux (BRI) donne la définition suivante du risque systémique : «  c’est un événement à l’origine de pertes économiques importantes ou d’une perte de confiance, ce qui suscite des inquiétudes sur la situation d’une partie importante du système financier, suffisamment sérieuses pour avoir des effets négatifs sur l’économie réelle ».
La faillite de Lehman Brothers en 2008 était un risque systémique car, dans la foulée, elle a entrainé une grave crise de liquidité qui a failli précipiter le système financier mondial à sa perte. Il est toujours difficile de prendre conscience d’un risque systémique avant qu’il produise ses effets. Par exemple les autorités financières britanniques ont décidé de se porter au secours de Northern Rock qui n’est pas une grande banque parce qu’elles ont estimé en voyant se former la queue du public aux guichets de cette banque que potentiellement un risque systémique pouvait se matérialiser. Les autorités monétaires américaines n’ont pas eu le même raisonnement pour Lehman Brothers et... la crise financière et économique qui ont suivi sont en partie le résultat de cette attitude.
La définition la plus souvent retenue pour une crise systémique est la suivante : « c’est une rupture dans le fonctionnement des services financiers (i) causée par la dégradation de tout ou partie du système financier et (ii) ayant un impact généralisé sur l’économie réelle.[…] Le risque systémique correspondrait donc aux coûts que fait supporter le secteur financier à l’économie réelle en cas de crise ». [1]

Depuis la publication en 1921 de Risk, Uncertainty and Profit par Frank Knight la distinction entre risque et incertitude est traditionnellement présentée à partir caractère probabilisable ou pas : le risque est probabilisable, l’incertitude ne l’est pas.

En parlant de risque systémique les économistes soulignent donc le fait qu’il est possible de mesurer les pertes "probables" et donc de repérer les situations qui font courir un risque systémique.
Les critères à prendre en considération sont nombreux et sont interconnectés entre eux : la taille du bilan des établissements financiers, les relations entretenues avec leurs partenaires (marché interbancaire, prêts et emprunts de titres, …), leur nationalité, le rôle des banques centrales dont ils dépendent, les moyens budgétaires dont disposent les États sont les principaux éléments qui sont pris en considération.

Le Comité de Bâle et des organismes de recherche comme le Center for Risk Management (CMRL) de l’université de Lausanne s’efforcent de mesurer ce risque systémique.
Le CMRL par exemple mesure ce risque en déterminant le montant de capital dont les banques auraient besoin pour se refinancer dans le cas où une nouvelle crise financière se produirait. Les paramètres retenus sont la capitalisation boursière et le niveau d’endettement des établissements. D’une part une très grosse banque représente un plus grand risque qu’une petite simplement parce que si elle fait défaillance, les dommages seront plus importants et d’autre part on peut penser que plus une institution est endettée, plus grand est son risque de défaillance .La performance boursière de l’établissement est prise en compte.
Cela permet de construire un indice, baptisé SRisk calculé pour 416 institutions financières européennes qui permet par exemple trouver la Grèce moins risquée que l’Allemagne la France ou la Suisse (à cause de la taille des établissements).

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À la suite de la crise des subprimes et de ses conséquences, la nécessité d’ajouter une dimension macroprudentielle (au plan des États ou/et des organisations internationales à la régulation microprudentielle (appliquée par les établissements) a été reconnue, afin de garantir la stabilité du système financier. Le Comité de Bâle prescrit d’appliquer aux établissements financiers d’importance systémique - les SIFI, systemically important financial institutions - des mesures particulières.
C’est la même préoccupation qui justifie la création d’une union bancaire européenne et la mise en place d’un comité européen du risque systémique (CERS) [2] faisant partie intégrante du système européen de surveillance financière (SESF). [3]
Parce que l’application banque par banque des critères de Bâle 2 ne suffisait pas à garantir la stabilité du système financier mondial, l’accord conclu en 2010 en vue de renforcer la réglementation financière, dit Bâle 3, préconise un dispositif visant à améliorer la qualité et relever le niveau des fonds propres exigés et à réduire le risque systémique. Un élément important du dispositif de Bâle 3 est la volonté de diminuer la procyclicité [4] en augmentant les exigences de fonds propres d’un volant de conservation qui pourra être utilisé en cas de tensions liées au cycle, et d’un volant contracyclique qui sera constitué durant les périodes de rapide expansion du crédit. Le Comité recommande aussi de traiter différemment les établissements financiers d’importance systémique (SIFIs) des autres, notamment en renforçant leur capacité d’absorption des pertes (tableau ci-dessous).


Source Natixis document de travail 24 juin 2013 – N°9

La directive européenne dite CRD4 propose de la même manière de relever les exigences de fonds propres de 1 à 3,5% pour les SIFIs à dimension mondiale (les G-SIFIs) et à 2% pour les autres SIFIs à partir de janvier 2016.

Pour en savoir plus lire cet article publié dans l’espace réservé aux BTS2.

Les sources du risque systémique

Problèmes d’incitations
Problèmes d’information
Problèmes de coordination
certaines politiques publiques (garantie des prêts immobiliers ou des dépôts bancaires) ou certains cadres juridiques modifient la perception du risque encouru (l’appartenance à la zone euro peut réduire la perception du risque souverain) une asymétrie d’informations entre offreurs et demandeurs d’actifs financiers, les investisseurs peuvent douter de la qualité des actifs détenus et céder à la panique. l’information n’est pas toujours traitée de façon rationnelle sur les marchés et les comportements mimétiques amplifient le risque (effets de bulle ou de boule de neige)

Dans le cas de la crise ouverte en 2008 les trois sources sont présentes et ce sont combinées et ont été aggravées par ce que les économistes appellent la procyclicité : le fait que les agents économiques ont tendance à sous-estimer les risques et à prendre des positions excessives en phase ascendante du cycle du crédit et de la liquidité et à surestimer les risques et corriger leur levier en période descendante.

Une fois expliquée et constatée la crise systémique pose un problème politique : qui doit payer pour compenser ses effets sur l’économie réelle.
Il n’y a que trois réponses possibles : les actionnaires propriétaires des établissements responsables et les déposants, les autorités monétaires (Banque centrale par la création monétaire et le rachat des dettes) les contribuables (creusement du déficit ou/et rigueur diminution des dépenses publiques et augmentation des impôts)
Pour le sauvetage des systèmes bancaires irlandais et islandais 90% des banques ont été nationalisées, l’État a garanti leur dette et financé lui-même les recapitalisations (apport de fonds propres pour les banques). La crise bancaire n’est pas effacée pour autant en Irlande et les deux États sont encore dans une situation économique fragile. Voir "Comment l’Irlande a liquidé son fardeau bancaire en une nuit" pour un nouvel épisode de la crise bancaire irlandaise en février 2013 et cette Note de l’OFCE N° 25/4 février 2013 "Peut-on se relever d’une crise bancaire ?" (Analyse comparée de l’Irlande et de l’Islande).
Plus récemment pour les banques chypriotes, le sauvetage par les déposants (créanciers des banques) ont été mis lourdement à contribution du renflouement des pertes bancaires (37,5% des dépôts non garantis). L’Etat chypriote s’est surtout engagé à satisfaire aux exigences internationales d’assainissement des finances publiques et de réformes structurelles. Voir cet article "Chypre : et maintenant, voici la crise de stupidité" de La Tribune du 25 mars 2013.

[1Jean-François Lepetit, 2010, « Rapport sur le risque systémique », p12, rapport pour le Ministère des Finances.

[2Voir les recommandations publiés en avril 2013.

[3Le Conseil européen du risque systémique (European Systemic Risk Board, ESRB) est un organisme indépendant de l’UE, responsable de la supervision macro-prudentielle du système financier au sein de l’Union. Son siège est situé à Francfort et son secrétariat est assuré par la BCE.

[4La tendance du système financier à amplifier les périodes d’expansion et de contraction de l’activité.


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