Les déterminants de l’activité

samedi 5 octobre 2013

Se poser la question des déterminants de l’activité et de l’emploi c’est aborder en même temps celle des explications du chômage. En effet les chômeurs sont les actifs qui ne trouvent pas d’emplois. L’évolution du chômage peut donc être expliquer par celles de l’activité et de l’emploi. Cette approche arithmétique est loin d’être suffisante mais elle constitue un premier pas intéressant.

Source : DARES Analyses n°037 juin 2013

Les déterminants de l’activité sont présentés dans cet article, les déterminants de l’emploi seront présentés dans cet autre article

Un actif c’est une personne qui est en âge de travailler et qui exerce ou cherche à exercer une activité rémunérée. L’évolution de la population active a une composante démographique - l’évolution de la population en âge de travailler, ou population active potentielle - et une composante traduisant les comportements, les choix des personnes entre activité et inactivité.

Les déterminants démographiques de l’activité

La population active potentielle (celle qui regroupe les personnes en âge de travailler) augmentait chaque année de puis la seconde guerre mondiale, mais depuis 2011 elle diminue. La population active des moins de 55 ans diminuait depuis le début des années 2000 mais cette diminution était compensée par l’augmentation des actifs de plus de 55 ans, ce n’est plus le cas depuis 2011.

Évolution de la population en âge de travailler par tranche d’âge (y compris les mouvements migratoires)

Source : DARES Analyses n°037 juin 2013

] La dynamique de la population active potentielle reflète ainsi celle de la population totale et de la structure par âge de celle-ci.
En cliquant sur la pyramide des âges à gauche (une fois sur la page cliquez sur le bouton animation")vous pourrez lire l’animation proposée par l’INSEE (la pyramide s’affiche de 1901 à 2060) . Cette image montre nettement le vieillissement de la population mais la situation de la France est de ce point de vue moins inquiétante que celle des autres pays européen en particulier de l’Allemagne qui connait chaque année une diminution de sa population totale.
D’après les projections démographiques retenues par la Commission européenne, l’Allemagne devrait perdre plus de 15 millions d’habitants d’ici 2060 et la France en gagner un peu moins de 9. Vers 2045 les deux pays devraient avoir des populations identiques (un peu moins de 73 millions d’habitants) et en 2060 la France compterait environ 7 millions d’habitants de plus que l’Allemagne (73 millions contre 66).

Population totale France et Allemagne

Source : France-Allemagne : le grand écart démographique. OFCE, 28 septembre 2012

L’évolution du nombre des actifs ne dépend pas que de celle de la population en âge de travailler, il faut aussi prendre en compte comme il a été dit plus haut, des comportements d’activité.
Ainsi en France, la démographie a soutenu jusqu’au début des années 2000 la croissance de la population active et depuis l’évolution des comportements d’activité a pris le relais. Pour le montrer il faut regarder comment la population active aurait évolué si les taux d’activité par âge et par sexe n’avaient pas varié. Cette population active "simulée" peut alors être comparée à la population active observée.

Source : Les évolutions récentes de la population active, Conseil d’orientation des retraites, mai 2011, Document de travail.

Les déterminants socio-culturels des comportements d’activité

Les taux d’activité par âge et par sexe se modifient sous l’effet de changements dans les valeurs et dans les pratiques sociales.

Le graphique suivant montre clairement ces changements structurels dans la population active observée.

Source : Les évolutions récentes de la population active, Conseil d’orientation des retraites, mai 2011, Document de travail.

Ainsi sur l’ensemble de la période l’activité féminine entre 25 et 54 ans augmente. Jusqu’en 2000 l’activité des moins de 25 ans avait tendance à diminuer mais depuis cette date elle est stabilisée voire en légère progression. La même observation peut s’appliquer aux plus de 55 ans mais avec une progression plus marquée depuis 2000.

L’augmentation des taux d’activité des femmes est une évolution structurelle qui semble irréversible à moyen terme. Au début des années 1970, la moitié des femmes âgées de 25 à 59 ans étaient actives. Aujourd’hui, les trois quarts le sont.
Les explications sont nombreuses et difficilement séparables.
La maîtrise de la fécondité par les méthodes de contraception efficaces introduites au début des années 1970 permettent de mieux organiser la vie professionnelle en choisissant le calendrier des naissances. Les transformations des mœurs et ses conséquences sur la stabilité de la famille fait de l’activité féminine une protection contre le risque de se retrouver sans ressources. L’élévation du niveau d’éducation des filles et l’aspiration à une plus grande égalité des genres dans la vie sociale, fait du travail féminin une suite logique de la formation menée en parallèle à celle des hommes. Le recul de l’âge au mariage et au premier enfant en augmentant le célibat des jeunes femmes rend naturel l’exercice d’une profession. Le passage désormais achevé à une société de consommation, dans laquelle les besoins se renouvellent sans cesse et sont satisfaits par des relations marchandes s’accompagne d’une exigence de revenus plus élevés, le second revenu n’étant plus vécu seulement comme un complément...
Toutes ces explications font que le nombre de femmes au foyer n’a cessé de diminuer depuis 20 ans : elles sont aujourd’hui 2,1 millions contre 3,5 millions en 1991. Une étude de l’INSEE montre que seulement 20% des femmes au foyer n’ont jamais travailler [1] la situation la plus fréquente étant une cessation d’activité subie (fin de CDD, chômage et découragement). Une femme au foyer sur trois n’a pas de diplôme (une femme en emploi sur sept n’a pas de diplôme. Une autre étude de l’INSEE [2] montre que le diplôme est aussi une condition d’accès à l’emploi à temps plein (30% des femmes ayant un emploi sont à temps partiel).

Le changement de comportement d’activité des plus de 55 ans joue aussi un rôle important en particulier depuis 2000 comme le montre le graphique suivant.

Population active observée de 2000 à 2010 et population active simulée à comportement d’activité inchangé

Les déterminants économiques de l’activité

- [*La rémunération du travail*]

Devenir actif c’est prendre une décision, faire un arbitrage entre le gain associé à l’emploi (le salaire permettra de mieux satisfaire ou de satisfaire davantage les besoins ressentis) et la perte associée au fait de ne plus être libre de son temps (le travail est contraignant).
Les économistes ont l’habitude de traiter ce genre d’arbitrage reposant sur la subjectivité des préférences et la rationalité du comportement.

L’individu qui doit décider s’il sera ou non actif est soumis à des contraintes :
_- une contrainte budgétaire : le revenu auquel il peut prétendre (le salaire pour un salarié), les ressources dont il dispose sans travail, les prix des produits qu’il peut acheter
_- une contrainte de temps : le nombre d’heures qu’il peut affecter au travail est limité par le temps dit physiologique (il faut se nourrir, se reposer, se préparer...) et par la législation (vacances, fêtes chômées, durée hebdomadaire légale...)
Compte tenu de ces contraintes, il compare le supplément de satisfaction procurée par le revenu obtenu par le travail et la diminution de satisfaction entraînée par le fait de ne plus disposer librement de son temps.
Toutes choses égales d’ailleurs il est assez facile d’admettre que plus le salaire réel (le pouvoir d’achat du salaire) obtenu est élevé plus l’individu voudra travailler. L’augmentation du salaire réel rend l’oisiveté plus coûteuse (si je gagne 30 euros pour une heure de travail, choisir de ne pas travailler une heure c’est perdre 30 euros).
L’augmentation du salaire conduit à substituer de plus en plus du travail au loisir (le non travail). C’est ce que les économistes appellent l’effet de substitution.
Il faut cependant prendre en compte un autre effet possible, celui que les économistes appellent l’effet de revenu. L’augmentation du salaire réel appliquée à une même durée du travail permet de dépenser plus pour satisfaire les besoins, et dans le cas où l’individu estime que ses besoins étaient déjà parfaitement satisfaits avec le revenu d’avant l’augmentation, il peut choisir de réduire le temps consacré au travail (30 euros de l’heure pendant 8 heures assurent son bonheur, passé à 40 euros le conduira s’il veut simplement rester aussi heureux qu’avant à proposer seulement 6 heures de travail).
Les observations empiriques montrent que l’effet revenu ne joue que pour des revenus très faibles ou très élevés. Pour la très grande majorité des individus l’augmentation de la rémunération du travail est une incitation à travailler davantage.
Dans le langage de la microéconomie du marché du travail cela devient :
l’offre de travail est une fonction croissante du salaire réel..

Dans l’arbitrage précédent la contrainte budgétaire comporte deux parties, la rémunération du travail et les ressources disponibles sans travail. L’augmentation de la rémunération du travail est une incitation à travailler (devenir actif) et à travailler davantage (augmenter son temps de travail quand c’est possible). Mais à l’inverse les ressources disponibles sans travail sont désincitatives. Imaginez que vous receviez la garantie de percevoir 5000 euros par mois toute votre vie, cela changerait probablement votre regard sur la nécessité et l’urgence de trouver un travail.
C’est toute la question du caractère plus ou moins désincitatif des prestations sociales. Cette question n’est pas nouvelle, elle a déjà opposé John Maynard Keynes et Jacques Rueff lorsqu’ils ont discuté du rôle des allocations chômage sur la persistance du chômage. [3]
S’ il y a peu de chances qu’on vous propose 5000 euros tous les mois d’allocation chômage, l’idée qu’une indemnité peut détourner de la recherche d’emploi est devenue commune et elle s’est traduite par la mise en place de contrepartie aux versements des prestations. En France la transformation du RMI en RSA va dans ce sens, en Allemagne la réforme des indemnités chômage contenue dans la réforme Hartz 4 [4], en Grande Bretagne en septembre 2013 David Cameron propose une mesure qui force les chômeurs de plus de deux ans à effectuer 30 heures hebdomadaires de travaux d’intérêt général, sous peine de se voir retirer leurs allocations.

- [*La situation du marché du travail : la flexion de l’activité*]

Les comportements d’activité peuvent être modifiés par le niveau du chômage et le rythme de création d’emplois.
Penser le chômage comme un résultat arithmétique de la différence entre nombre d’actifs et nombre d’emplois c’est négliger deux phénomènes observables qui sont contradictoires. D’une part, dans un ménage, si l’un des membres ayant un emploi se retrouve au chômage, un autre membre jusqu’alors inactif peut décider de chercher lui aussi un emploi et devenir actif pour compenser la perte de revenu, c’est l’effet "travailleur additionnel. D’autre part une augmentation du taux de chômage augmente la concurrence entre les chômeurs et certains, les moins susceptibles de trouver facilement un emploi, peuvent être décourager et se retirer du marché du travail en devenant inactifs. Ils le feront d’autant plus facilement que leurs prestations chômage sont plus faibles. C’est l’effet "chômeur découragé".
Les deux effets n’ont pas la même importance statistique et le second l’emporte nettement ce qui signifie qu’une augmentation du chômage lorsque celui-ci est déjà à un niveau élevé se traduit par le passage de certains chômeurs vers l’inactivité. Le chômage donc l’activité sont donc minorés par ce comportement.
Inversement l’amélioration de la situation sur le marché du travail, la baisse progressive du taux de chômage, a pour effet d’attirer une part des inactifs dans l’activité. Certains individus, sensibles à l’amélioration des perspectives d’emploi, cherchent du travail et sont ainsi comptabilisés dans l’activité. La baisse du chômage accroît, via l’effet de flexion conjoncturel, la participation à l’activité des personnes et augmente l’offre de travail, retardant ainsi le retour au plein emploi.
Cette corrélation négative entre variation du taux de chômage et variation de l’activité constitue ce que les économistes appellent la flexion de l’activité.
Dans un article de la revue de l’OFCE [5] on trouve un essai de mesure de cet effet. Les projections de population active population active sont réalisées sous plusieurs hypothèses de taux de chômage. La différence de niveau de population active entre l’hypothèse d’un taux de chômage d’équilibre à 5 % ou à 9 % correspond à l’effet de flexion visible sur le graphique suivant.
D’autres estimations ouvrent du phénomène de flexion de l’activité sont plus ouvertes ainsi le Conseil d’orientation des retraites retient les calculs de l’INSEE [6] considère que l’effet de la flexion des taux d’activité se situerait entre 10 et 40 % ce qui signifie que lorsque le nombre de chômeurs diminue de 100 de 10 à 40 inactifs se portent sur le marché du travail, ce qui augmente la population active d’autant et inversement 100 chômeurs de plus impliquent de 10 à 40 inactifs de plus. [7]

[1« Huit femmes au foyer sur dix ont eu un emploi par le passé », Zohor Djider, Insee Première, août 2013

[2« Le taux d’emploi des hommes et des femmes », Hélène Guedj, Insee Première, août 2013

[3Jacques Rueff : RueffJ., « L’assurance-chômage, cause du chômage permanent », Revue d’économie politique, mars-avril 1931.

[4Les indemnités de chômage ne sont plus versées pendant 32 mois mais pendant seulement 12 mois ensuite, le chômeur reçoit une indemnité nettement plus faible.
Les chômeurs qui refusent d’accepter des emplois en dessous de leur qualification perdent leurs indemnités...

[5Revue de l’OFCE
2001/4 (n°79, 2000-2040 : population active et croissance.)

[6Emmanuelle Nauze-Fichet : « Projections de population active en 2050, l’essoufflement de la
croissance des ressources en main-d’œuvre », Économie et statistique n° 355-356, 2002.

[7Note exploratoire de l’INSEE : Prise en compte de la réforme des retraites dans les projections de population active, 2004.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 1550 / 1126278

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Économie générale  Suivre la vie du site Travail, activité, emploi, chômage  Suivre la vie du site Cours   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP + AHUNTSIC

Creative Commons License