Les déterminants de l’emploi

samedi 5 octobre 2013

Les emplois salariés (23 733 000 fin 2012) sont proposés par les entreprises ou les administrations publiques, les emplois non salariés sont créés par ceux qui décident de devenir travailleurs indépendants (2 560 000 fin 2012).
Les déterminants du nombre d’emplois ne sont pas les mêmes pour les emplois salariés privés et les emplois salariés publics et pas davantage pour les emplois non salariés. Cependant compte tenu des effectifs différents de ces trois catégorie d’emplois les développements consacrés aux emplois salariés privés seront ici plus importants (la théorie économique est d’ailleurs principalement tournée vers ce type d’emplois).

Les déterminants de l’emploi salarié privé

Ce que la presse quotidienne appelle les offres d’emplois correspond à ce que les économistes appellent la demande de travail. Cette désignation a le mérite de dire que l’entreprise demande, achète ou plutôt loue du travail pour produire.
La quantité demandée de travail est fonction du prix du travail et de celui du capital (lorsque le choix est possible c’est-à-dire lorsque le travail et le capital sont substituables) et des efficacités respectives des deux facteurs (productivités relatives).
Il faut comprendre que les coûts du travail et du capital n’ont pas de sens si on ne les met pas en relation avec leur efficacité efficacité (leur productivité).
Dans l’exemple suivant deux entreprises A et B ont des coûts différents et des productivités différentes.

Alors que l’entreprise A supporte en apparence un coût du travail plus faible que celui de l’entreprise B celle-ci supporte en fait un coût effectif du travail plus faible parce que le travail qu’elle utilise est plus efficace que celui de A. Le coût effectif du travail pour B est plus faible que celui de A. Quant à savoir s’il vaut mieux utiliser du travail ou du capital dans A et B il faut comparer les coûts effectifs. Pour A le coût effectif du capital est plus faible que celui du travil, il faut donc acheter des équipements, pour B c’est l’inverse et il est préférable d’utiliser du travail.

Ainsi dans la pratique l’entrepreneur compare ce que lui rapporte l’utilisation du travail et ce qu’elle lui coûte. Tant que le supplément de gain (la productivité marginale du travail) est supérieure au coût d’utilisation du travail contribuant à ce supplément de produit, l’entrepreneur utilisera ce travail supplémentaire. Gains et coûts doivent être apprécier en termes de pouvoir d’achat, c’est-à-dire en termes réels.

Une augmentation du salaire, toutes choses égales par ailleurs en élevant le coût d’utilisation du travail rend celui-ci moins intéressant pour l’employeur.
Les économistes disent que la demande de travail est une fonction décroissante du salaire réel.

La question semble réglée par cette présentation élémentaire et la conclusion vient naturellement, pour favoriser les créations d’emplois il faut que les salaires diminuent.
Cette affirmation contient une évidence : si les salaires augmentent plus vite que la productivité et s’ils deviennent supérieurs durablement à la productivité l’entreprise ne peut pas survivre.
Qui embaucherait un salarié qui coûte plus que ce qu’il rapporte ?
En revanche il n’est pas sûr que lorsque la rentabilité est assurée une baisse des salaires se traduisent forcément par des créations d’emplois.

Au plan macro-économique en effet une diminution des salaires aura des effets sur la demande de produits adressée aux entreprises. Des salaires plus faibles ce sont des achats en moins. Le salaire n’est pas seulement un coût pour l’entrepreneur, c’est un revenu pour le salarié et à ce titre il influence la demande de produits
Pourquoi les entreprises proposeraient-elles alors des nouveaux emplois quand elles n’arrivent plus à vendre la production faute de clients ?

L’opposition entre les deux niveaux d’analyse micro et macro économiques renvoient à deux courants de pensée opposés.
Pour les tenants de l’analyse traditionnelle (souvent qualifiée d’analyse néoclassique et généralement rattachée au courant libéral) les créations d’emplois sont commandées par le coût du travail.
S’il n’y a pas assez d’emplois pour absorber la population active (s’il y a du chômage) c’est parce que le travail coûte trop cher !
Pour ceux qui défendent la théorie keynésienne les créations d’emplois dépendent du rythme et du niveau de l’activité économique.
S’il n’y a pas assez d’emplois pour absorber la population active (s’il y a du chômage) c’est parce qu’il n’y a pas assez de demande de produits.

Ce débat est aujourd’hui associé au thème de la compétitivité puisque cette dernière dépend aussi des coûts de production et en particulier du coût du travail.
Il n’est pas inutile de rappeler que le coût du travail est composé de l’ensemble des dépenses réalisées par les employeurs pour l’emploi d’un salarié : d’une part, les rémunérations perçues par le salarié (salaires et traitements bruts, primes et avantages en nature, épargne salariale, etc.) ; d’autre part, les cotisations sociales (obligatoires ou volontaires) à la charge de l’employeur ; enfin, les frais de formation professionnelle, les autres dépenses et les taxes sur les salaires, déduction faite des subventions perçues.
Depuis plusieurs années de nombreuses mesures d’allègements de charges destinées à réduire le coût du travail ont été adoptées. La dernière en date (octobre 2013) est la mise en place du CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) [1].
Cette mesure prolonge celles qui ont été adoptées prises sous les gouvernements Balladur, Rocard et Juppé d’abord [2]
Le gouvernement Jospin ajoute d’autres allègements, destinés à accompagner le passage aux 35 heures, et qui touchent cette fois toutes les entreprises. Ce sont les "lois Aubry", qui instaurent des allègements plus élevés, tant en montant que dans le niveau des salaires en bénéficiant (jusqu’à 1,7 smic).
En 2003, la droite, revenue au pouvoir, poursuit cette politique, fusionne les allègements de charge Aubry, Juppé et Balladur en "allègements Fillon". Le coût de ces allègements représente 21 milliards actuellement car les allègements Fillion sont maintenus (l’allègement concerne les salaires inférieurs à 1,6 fois le SMIC et représente au maximum 26% du salaire brut). La situation actuelle des allègements de charge est présentée sur cette page du ministère du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social : L’allègement de charges patronales sur les bas et moyens salaires.
Il y a peu d’études permettant de juger l’efficacité des réductions de charges sociales sur l’emploi des travailleurs non qualifiés et celles qui existent sont très discutées [3].
Mais le constat fait en observant les inégalités devant le chômage est indiscutable : le taux de chômage des non diplômés est près de trois fois plus élevé que celui des personnes qui disposent d’un niveau au moins égal à bac +2.

Le problème posé par l’emploi des jeunes non qualifiés est particulièrement préoccupant et c’est une singularité française comme le souligne cette note du CAE d’avril 2013 dont voici un extrait :
« Début 2013, près de 1,9 million de jeunes de 15 à 29 ans ne sont ni à l’école, ni en emploi, ni en en formation, soit 17 % de cette classe d’âge. Si la crise a affecté l’ensemble des pays développés, nombre de nos voisins européens connaissent des taux d’emploi des jeunes nettement supérieurs au nôtre. Le niveau d’étude est le critère décisif quant à la trajectoire du jeune. Or, aujourd’hui, 900 000 jeunes ont quitté le système scolaire sans diplôme. Aider ces jeunes à s’insérer dans la vie professionnelle est un défi majeur. Nous proposons pour cela deux types de mesures : celles qui ont pour objet d’améliorer la formation des jeunes et leur accompagnement vers l’emploi et celles qui visent à stimuler l’offre d’emplois des entreprises. »
Les mesures envisagées pour stimuler l’offre d’emplois sont l’allègement des charges dans le cadre des contrats de génération et une réglementation des CDD (Loi de sécurisation de l’emploi). C’est fait désormais, il reste à observer les résultats.

Ces mesures d’allègements des charges pour telle ou telle catégorie de demandeurs d’emploi participe d’une politique plus large remontant au début de l’augmentation du chômage dès la fin des années 1970. On parlait alors de "traitement social du chômage" pour indiquer que les emplois aidés étaient une solution d’attente pour préparer un retour à l’emploi. En réalité le traitement social du chômage regroupe les mesures créant des emplois aidés et les politiques d’indemnisation et d’accompagnement des chômeurs. Pour une présentation détaillée voir cet article

Les déterminants de l’emploi public

En France, selon l’INSEE, au 31 décembre 2011, la fonction publique emploie très exactement près de 5,5 millions de salariés, parmi lesquels 134.500 bénéficiaires de contrats aidés.
L’État et les EPA (établissements publics administratifs comme ’Pôle Emploi, BNF, ENA...) qui en relèvent employaient en 2011 près de 2,46 millions d’agents dans la fonction publique d’État (FPE), dont près de 15% sont des non-titulaires.
La fonction publique hospitalière (FPH), régie par la loi du 9 janvier 1986, employait 1,14 million de personnes en 2011, dont près de 15% de non-titulaires.
La fonction publique territoriale (FPT), elle comptait à la même époque 1,8 million de personnes, dont 20% de non-titulaires.
Comme les administrations publiques ont des missions de service public l’évolution des effectifs s’explique d’abord par des choix politiques.
Cela n’exclut pas les préoccupations d’efficacité et les effets du progrès technique en particulier l’utilisation des nouvelles technologies numériques [4].
Les contraintes budgétaires renforcées par le niveau élevé d’endettement des administrations publiques conduit fatalement à un arrêt de l’augmentation des effectifs.

Les déterminants des emplois non salariés

Pour les non salariés il n’est pas facile de synthétiser les déterminants des créations d’emplois. Pour certaines professions libérales l’exercice est soumis à une autorisation administrative ou à un numerus clausus [5]
La création du statut d’auto-entrepreneur a modifié sensiblement le rythme de création des entreprises individuelles.

Évolution du nombre de créations d’entreprises

Cette évolution montre que les modifications de la réglementation jouent un rôle important mais aussi probablement que la situation du marché du travail, un niveau élevé de chômage, conduit de nombreux chômeurs à tenter l’expérience de l’entreprise individuelle.

[1En vigueur depuis le 1er janvier 2013, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) équivaut à une baisse de cotisations sociales, sous la forme d’une réduction de l’impôt à acquitter en 2014 au titre de l’exercice 2013.
Le CICE est un avantage fiscal qui concerne les entreprises employant des salariés, soumises à un régime réel d’imposition (ce qui exclut les micro-entreprises et les auto-entrepreneurs), quels que soient leur forme et le régime d’imposition de leur résultat (impôt sur le revenu ou impôt sur les sociétés).
L’assiette de ce crédit d’impôt est constituée par les rémunérations brutes soumises aux cotisations sociales, versées par les entreprises dans la limite de 2,5 fois le Smic.

[2MM. Balladur, puis Juppé, cibleront les salaires voisins du salaire minimum (1,1, puis 1,3 smic). En juillet 1993, Edouard Balladur exonère totalement de cotisations sociales les salaires jusqu’à 1,1 smic, puis à 50 % jusqu’à 1,2 smic, avec extension progressive jusqu’à 1,6 smic. En 1995, les cotisations patronales d’assurance maladie sont aussi réduites.
Alain Juppé fusionne les deux mesures en 1996, et permet, en 1997, à des entreprises de bénéficier d’allègement sur les salaires de 5 millions d’employés, ce qui abaisse le coût du travail au niveau du smic de 12 %.

[3Voir le n°spécial "Varia" de la Revue de l’OFCE, décembre 2012, qui proposent plusieurs articles faisant le point sur cette question. Dans la synthèse proposée par Éric Heyer et Mathieu Plane les auteurs montrent que si les différents effets sur l’emploi d’une baisse de cotisations sociales patronales sur les bas salaires peuvent créer 500 000 emplois à terme il faut relativiser ce résultat car si la mesure est financée ex post (baisse des dépenses publiques ou hausse des impôts, l’impact sur l’emploi du dispositif « Fillon » est réduit par rapport à l’évaluation initiale de 35 % à 50 % selon le mode de financement retenu. Et si cette politique ne se traduit pas par des gains de compétitivité sur l’extérieur (parce que les autres payse se défendent en adoptant des mesures similaires), alors l’effet sur l’emploi est divisé par trois, voire par sept dans le cas le plus défavorable par rapport au chiffrage initial. Ce qui correspond à 70 000 emplois au bout de 5 ans pour un coût annuel de 20 milliards d’euros !

[4Voir le portail de la modernisation de l’action publique qui remplace la "révision générale des politiques publiques" (RGPP)

[5Dans le domaine de la santé, le numerus clausus désigne un nombre fixe d’étudiants admis dans certains cursus chaque année, principalement dans les professions de santé qui sont réglementées. Une loi de 1979 permet de fixer directement, par arrêté ministériel, le nombre d’étudiants pouvant être admis en deuxième année d’études de médecine, d’odontologie et de pharmacie, en fonction des besoins de santé de la population.


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