Les déterminants de la consommation

dimanche 1er septembre 2013

La dépense de consommation des ménages représentait en France 83% du leur revenu disponible brut, et 54% du PIB. Si on ajoute les consommations de services non marchands et qu’on rapporte cette grandeur au revenu disponible ajusté [1] c’est 87% de ce revenu qui est consommé.
La consommation est une fonction économique fondamentale et à ce titre elle a fait l’objet de très nombreuses analyses théoriques et statistiques.
Dans la rubrique "compléments" de la colonne de droite vous trouverez des articles dédiés à l’analyse théorique microéconomique et macroéconomique mais il est possible de faire une présentation simple des principaux déterminants de la consommation finale des ménages.
- Il est commode pour commencer d’utiliser cette vidéo de l’excellent site Xerfi Canal, intitulée : La consommation en France : grandeur et décadence (3’04")



Les déterminants économiques

Présentation élémentaire dans cet article. Pour des développements plus théoriques voir :
Analyse macro-économique de la consommation
Analyse micro-économique de la consommation

1) Le revenu

Le poids relatif de chaque type de consommation - la structure de consommation - dépend du niveau de revenu.
C’est cette indication qui a été notée pour la première fois par l’économiste allemand Engel en 1857. (1821-1896) « la part relative des dépenses alimentaires dans la consommation diminue lorsque le revenu augmente ».

Pour étudier les variations des dépenses de consommation en fonction du revenu on utilise l’élasticité-revenu qui désigne la sensibilité de la consommation des ménages à une variation du revenu. Elle se calcule en faisant le rapport entre la variation relative de la consommation d’un ménage et la variation relative du ménage considéré. Si la consommation d’un bien augmente de 10% quand le revenu augmente de 5% l’élasticité revenu pour ce bien vaut 2.

Ces élasticités revenu permettent de repérer des biens ayant des caractéristiques différentes :
on parle de biens inférieurs pour ceux dont l’élasticité revenu est négative
les biens sont dits "normaux" lorsque l’élasticité revenu est positive.

La courbe d’Engel est la représentation graphique de la fonction de demande par rapport au revenu .

Si vous avez lu et compris l’article consacré à l’analyse microéconomique du comportement du consommateur vous pouvez déplier ce bloc.

Sur ce graphique le revenu disponible passe de R1 à R2 puis R3. Les prix px et py ne changent pas (la pente de la droite de budget est conservée).
Le choix du consommateur se modifie passant de (x1, y1) à (x2, y2) puis (x3, y3).
Le graphique donne la quantité optimale du bien X (pour un rapport de prix donné) correspondant à chaque niveau de revenu.
x1 correspond à R1, x2 correspond à R2, et x3 correspond à R3.
La demande du bien X est donc une fonction du revenu, et l’expression graphique de cette demande-revenu est la courbe d’Engel.
La ligne en pointillés est aussi appelée chemin d’expansion du revenu.

2) Les prix des produits

Le prix du produit joue forcément un rôle dans la décision de consommation. Normalement lorsque, toutes choses égales par ailleurs, le prix augment la consommation du produit devrait diminuer. Comme pour le revenu on peut calculer la sensibilité de la dépense aux variations des prix des produits. Pour mesurer cette sensibilité on utilise les coefficients d’élasticité de la consommation par rapport aux prix.
Mais la variation du prix peut avoir des effets inattendus car l’augmentation du prix a deux effets, d’une part elle rend les autres produits de substitution plus intéressants et d’autre part elle réduit le pouvoir d’achat du revenu. Les économistes parlent d’effet de substitution et d’effet revenu.
Pour les biens normaux les deux effets s’ajoutent. Mais pour des biens inférieurs les deux effets sont de sens inverse et le résultat n’est pas acquis (voir le graphique).

Retenons que le plus souvent la demande d’un bien diminue quand son prix augmente.

Si vous avez lu et compris l’article consacré à l’analyse microéconomique du comportement du consommateur vous pouvez déplier ce bloc.

Sur ce graphique le revenu R et le prix du bien X ne changent pas, en revanche le prix du bien Y augmente passant de py1 à py2 puis py3 avec py1 < py2 < py3.
L’augmentation du prix du bien Y réduit le pouvoir d’achat du revenu disponible : on parle d’effet revenu et cet effet affecte la consommation des deux biens X comme Y.
Mais cette augmentation du prix du bien Y rend plus attractif la consommation du bien X puisque son prix relatif (par rapport à celui du bien Y) diminue ce qui doit inciter le consommateur à substituer du bien X au bien Y, et à se détourner du bien Y : on parle d’<font color="red">effet de substitution.
L’effet de substitution entraîne toujours une variation de la demande en sens inverse de celle du prix (baisse de la demande quand le prix augmente et inversement).
Pour un bien normal, l’effet de revenu modifie la demande du bien en sens inverse de la variation du prix de ce bien. En revanche pour un bien inférieur la variation du prix entraîne une variation de la demande dans le même sens (une diminution du prix entraîne une diminution de la quantité demandée puisqu’elle provoque une augmentation du pouvoir d’achat autorisant le consommateur à renoncer au bien inférieur)
Sur le graphique représenté ici l’effet revenu et l’effet de substitution sont de même sens et se cumulent.



Pour un bien typique l’élasticité (négative) peut être plus ou moins forte. On dit qu’un bien à une demande inélastique lorsque la variation du prix a peu d’effet sur la variation de la demande (le coefficient est proche de 0). C’est le cas des produits dont la consommation est relativement stable parce qu’elle correspond à un usage déterminé (les carburants ou les produits agricoles : l’augmentation du prix du pétrole a peu d’effet sur la consommation et il en va de même pour la baisse du prix du blé, du café ou du cacao). Pour ces produits agricoles Gregory King montra à la fin du XVIIe siècle comment une légère surproduction de blé entraînant une baisse du prix du blé pouvait ruiner les paysans (les recettes diminuent fortement) alors qu’une mauvaise récolte pouvait les enrichir en créant une forte augmentation du prix en raison de l’inélasticité de la demande.
Les biens atypiques sont ceux dont la demande a une élasticité prix positive.
Pour certains biens de luxe il y a un effet de démonstration ou effet Veblen du nom de l’économiste américain Thorstein Veblen. Il s’agit d’une forme de snobisme, d’un effet de distinction par la recherche de consommations symboliques (ostentatoires).
À l’inverse certains biens inférieurs sont atypiques, ce sont les biens Giffen. Ces biens sont désignés ainsi par référence à l’économiste Robert Giffen qui au XIXe siècle a étudié cette question. Pour un "bien Giffen", la demande diminue quand le prix diminue. Par exemple si le prix des pommes de terre diminue pour un ménage ayant un revenu modeste et consommant principalement du pain et des pommes de terre, il est possible que le revenu économisé parce que le prix des pommes de terre a baissé soit reporté sur le pain. Il est même possible que la quantité consommée de pommes de terre diminue si le ménage veut augmenter sa consommation de pain. Ici l’effet revenu l’emporte sur l’effet substitution.

3) Le taux d’intérêt

Même si le partage du revenu entre consommation et épargne relève de comportements généralement routiniers, une modification des taux d’intérêt peut changer cet arbitrage. Logiquement une augmentation du taux d’intérêt a un effet négatif sur la dépense de consommation puisque d’une part épargner devient plus attractif et que d’autre part le crédit à la consommation devient plus coûteux.

4) L’inflation

Une augmentation du niveau général des prix a deux effets sur le comportement des consommateurs. Parce que l’inflation réduit le pouvoir d’achat la dépense de consommation est affectée négativement. Mais, si l’inflation est forte, il devient "urgent" de consommer pour transformer une monnaie qui perde de sa valeur en biens qui constituent une réalité. On peut même parler dans les cas d’une hyper-inflation la monnaie va disparaître pour laisser place au troc.

5) Le patrimoine

Celui qui est propriétaire de son logement comme celui qui détient d’autres éléments de patrimoine dispose d’une liberté dans le choix de ses dépenses de consommation qui échappent à ceux qui n’ont pas de patrimoine.

Les déterminants socioculturels

Commençons par cette petite vidéo


1.1 Des variables sociales influencent les... par minicours

1) La position sociale

La classe sociale : la consommation d’un individu varie en fonction des habitudes qu’il a acquis de par son éducation. La reproduction du mode de vie de la classe sociale d’origine influence donc la consommation.
La PCS (CSP) [2] : dans le même ordre d’idée, la consommation peut-être influencée par la catégorie socioprofessionnelle à laquelle appartient l’individu. Ceci s’explique en partie par un besoin de mimétisme et d’identification.

2) L’âge et le mode de vie

un individu âgé consomme par exemple plus de services de santé qu’un adolescent…
un citadin ne consomme pas comme un habitant d’une zone rurale
la taille du ménage

On appelle "Théorie du cycle de vie" le modèle de comportement patrimonial proposé par Franco Modigliani et A. Brumberg au début des années 50

4 périodes :
1. l’agent emprunte pour acquérir logement et biens durables
2. l’agent rembourse ses dettes car sa consommation progresse moins que son revenu
3. le revenu ne progresse plus mais les charges sont plus faibles (enfants élevés) et le ménage peut placer son épargne
4. dans sa vieillesse l’agent utilise l’épargne accumulée pour satisfaire une consommation devenue supérieure à ses revenus en déclin. Il peut également aider financièrement ses enfants ou petits-enfants. Il y a désépargne (la consommation est supérieure au revenu) et tendance à disparition du patrimoine.

Ainsi non seulement la consommation, le revenu et le patrimoine dépendent de l’âge, mais les choix de consommation aussi.

Effet d’âge dans la consommation : La consommation est marquée par l’âge : les dépenses d’équipement du logement, les goûts, les loisirs, les soins du corps, l’habillement varient au fil du temps.

3) Les effets de signe

Le comportement ostentatoire : le fait de consommer correspond ici à un besoin d’être reconnu par la société comme appartenant à un groupe social particulier (effet de « snobisme ») .
L’effet d’imitation : la consommation répond parfois au besoin de copier la consommation de la classe sociale supérieure.

4) Les influences structurelles

La publicité : l’acte de consommer est en partie influencée par la publicité produite par les entreprises. La consommation est donc provoquée par le producteur. On parle alors de « filière inversée » pour désigner cette situation décrite par John Kenneth Galbraith.
Le crédit qui permet de consommer sans attendre.

[1Revenu disponible augmenté des transferts sociaux en nature contrepartie des consommations individualisables incluses dans les dépenses des administrations publiques et des institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM).

[2Le classement en Professions et catégories socioprofessionnelles a remplacé en 1983 celui qui distinguait des Catégories socioprofessionnelles


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 37472 / 1189462

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Économie générale  Suivre la vie du site Revenus, consommation, épargne  Suivre la vie du site Cours   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP + AHUNTSIC

Creative Commons License