Les déterminants de la rentabilité économique

samedi 31 août 2013

Le taux de rentabilité économique RE est mesuré par le rapport suivant :

RE = EBE / K

EBE est l’excédent brut d’exploitation et K le capital fixe. [1]

On peut caractériser plus précisément les conditions dans lesquelles s’effectue la production en décomposant ce rapport.

RE = EBE / K = (EBE / VAB) x (VAB / K)

soit

taux de rentabilité économique = taux de marge x productivité du capital

[(Le taux de rentabilité économique augmentera si et seulement si :
- le taux de marge et la productivité du capital augmentent tous les deux
- l’augmentation de l’un des deux déterminants est plus forte que la diminution de l’autre.)]

Déterminants du taux de marge

Le taux de marge caractérise la répartition de la valeur ajoutée entre travail et capital, puisque le résultat d’exploitation s’obtient en soustrayant les frais de personnel de la valeur ajoutée. [2]

EBE = VAB - Impôts sur la production - Dépenses de rémunération du travail.

Si on note TVA les impôts sur la production, N le nombre de salariés, TCS le taux de charges sociales appliqué au salaire net W

Taux de marge = EBE / VAB = ([VAB / VAB] - [TVA / VAB] - [1 + TCS] W x N) / VAB

soit

Taux de marge = 1 - (taux de TVA) - ([W.N + TCS.W.N] / VAB)

La dernière partie de l’expression peut encore être transformée et le taux de marge devient :

Taux de marge = 1 - (taux de TVA) - (W.N / VAB) + (TCS.W.N / VAB)

La valeur ajoutée brute VAB c’est la valeur ajoutée brute en volume (la quantité produite) notée Q multipliée par le prix moyens des produits noté P donc VAB = P.Q

W.N / VAB = W.N / P.Q = (W / P)x(N / Q)

mais W / P n’est autre que le salaire réel par tête et N / Q est l’inverse de la productivité du travail Q / N.

Taux de marge = 1 - (taux de TVA) - (salaire réel / productivité du travail) + (taux de charges sociales x salaire réel / productivité du travail)

Comme le taux de TVA ne change pas souvent, l’évolution du taux de marge ne dépend que de l’évolution de trois variables économiques :
- le salaire réel
- la productivité du travail
- le taux de charges sociales.

Toutes choses égales par ailleurs le taux de marge augmente :

- quand le taux de charges sociales diminue

- quand la productivité du travail par tête augmente plus vite que le salaire réel par tête.

Une fois de plus le résultat est conforme au bon sens : si le coût d’un travailleur augmente moins vite que la richesse qu’il produit, cela implique que son employeur améliore sa marge.

Taux de marge des sociétés non financières françaises

Source : rapport du Conseil d’analyse économique, Gilbert Cette, Jacques Delpla et Arnaud Sylvain, Partage des richesses produites en France

Si on regroupe le salaire réel et les charges sociales les déterminants du taux de marge sont au nombre de trois :
- l’évolution de la productivité du travail
- l’évolution du coût réel du travail évaluée par salarié
- l’évolution des les termes de l’échange correspondent au ratio entre le prix de valeur ajoutée et le déflateur des prix à la consommation parce que l’indicateur de prix retenu pour passer du coût nominal au coût réel du travail est le déflateur des prix à la consommation des ménages.

Taux de marge en % de la valeur ajoutée de 1991 à 2008

Source : rapport du Conseil d’analyse économique, Gilbert Cette, Jacques Delpla et Arnaud Sylvain, Partage des richesses produites en France

Contributions, aux variations du taux de marge des sociétés
non financières françaises, aux coûts des facteurs.

Source : rapport du Conseil d’analyse économique, Gilbert Cette, Jacques Delpla et Arnaud Sylvain, Partage des richesses produites en France
Note : les contributions sont mesurées en %


Le taux de marge constitue la composante la plus cyclique de la rentabilité économique.
En effet, il existe habituellement un délai entre la reprise de l’activité et celle de la masse salariale, au cours duquel le taux de marge progresse. Les employeurs n’embauchent pas (a fortiori ils n’augmentent pas les salaires) dès que l’activité économique reprend. Le coût du travail reste stable lors de la reprise alors même que la productivité du travail augmente (on produit plus sans embaucher). Ce retard d’ajustement est généralement présenté comme le cycle de productivité.
De la même manière, le taux de marge diminue lorsque le cycle se retourne à la baisse (le raisonnement précédent est réversible).
En cas de choc conjoncturel (hausse du prix du pétrole par exemple) les conflits de répartition se reportent directement sur le taux de marge.

Déterminants de la productivité du capital

La productivité du capital peut s’interpréter comme le produit de la productivité du travail et de l’inverse de l’intensité capitalistique (ratio capital/travail).

VAB / K = (VAB / N)x(N / K) = ([P . Q] / N) x (N / [PK . K])

PK est l’indice des prix des biens d’équipement. [3]

La productivité du capital augmente si et seulement si :
- la productivité du travail augmente plus vite que l’intensité capitalistique (chaque travailleur améliore son efficacité de manière à au moins compenser l’augmentation du coût de l’équipement qu’il utilise
- cette augmentation n’est pas contrarié par une augmentation des prix des équipements plus forte que celle des produits vendus.

La productivité du capital évolue avec le cycle mais de manière moins marquée. [4]

Source : bulletin de la Banque de France, février 2005

[1Les études statistiques retiennent souvent une définition différente dans laquelle les amortissements sont déduits et le capital fixe est élargi à l’actif économique (capital fixe plus produits intermédiaires). Cette modification ne change rien aux enchaînements présentés dans cet article.

[2Les indicateurs de partage de la valeur ajoutée dépendent de la notion de valeur ajoutée retenue. Si on ignore les transferts avec l’État et si on suppose que la valeur ajoutée est obtenue à partir de deux facteurs de production :
VA = Rémunération du travail + Rémunération du capital
Dans la réalité, les administrations publiques (APU) interviennent en versant des subventions et en prélevant des taxes assises sur la production.
Deux approches se distinguent alors dans la définition de la valeur ajoutée :
1) Soit on considère la valeur ajoutée y compris les prélèvements indirects nets des APU, c’est-à-dire au prix effectivement payé par l’acquéreur. On parle alors de valeur ajoutée au prix de marché qui se partage en trois composantes : la rémunération du travail, celle du capital, et les prélèvements indirects nets des APU. En fait c’est un peu plus compliqué parce que dans les pays ayant adopté le SEC 95, la valeur ajoutée n’est plus évaluée au prix de marché mais au prix de base. Seul le PIB reste évalué au prix de marché. La valeur ajoutée au prix de base correspond à la valeur ajoutée au prix de marché diminuée des impôts sur les produits et augmenté des subventions sur les produits.
2) Soit on s’intéresse à la valeur ajoutée hors prélèvements indirects nets des APU. La valeur ajoutée au coût des facteurs est alors exactement la somme des rémunérations des facteurs : Rémunération du travail + Rémunération du capital. Ces deux parts épuisent la totalité de la valeur ajoutée.

[3Les prix des équipements n’évoluent pas comme les prix des biens et services destinés à la consommation, l’écart de variation peut-être négligeable mais il peut aussi être important, il suffit pour s’en convaincre de penser à l’évolution des prix des biens d’équipement relevant des TIC.

[4On comprend facilement que l’évaluation du stock de capital est une des difficultés principales de la mesure de la rentabilité économique. Le capital est un stock et comme tous les stocks il est difficile à mesurer.


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