Les modes de financement

dimanche 1er septembre 2013

Les dépenses de consommation finale (des ménages et des administrations) et de consommations intermédiaires (entrepreneurs individuels, sociétés financières et non financières, administrations) sont payées immédiatement en monnaie ou plus tard si l’acheteur obtient un crédit.
Les dépenses d’acquisition des équipements destinés à participer au processus de production durablement, la FBCF (formation brute de capital fixe), souvent appelées dépenses d’investissement, font elles aussi l’objet d’un paiement immédiat ou programmé si l’acheteur obtient un crédit.
Chaque année une partie de la FBCF est destinée à remplacer des équipements usés ou obsolètes, et le reste des dépenses d’investissement est une formation nette de capital fixe FNCF. Ce sont ces dépenses qui constituent l’accumulation du capital. En l’absence de formation nette de capital, l’appareil productif se reproduit à l’identique : il n’y a pas de croissance économique générée sans accumulation du capital, toutes choses égales par ailleurs.
L’étude du financement de l’activité économique retient pleinement cette distinction puisqu’elle est centrée sur la comparaison de l’épargne et de l’investissement. Il faut cependant garder à l’esprit le sens général de "financement" : financer une dépense c’est trouver les moyens de paiements propres à régler cette dépense.
Ainsi tous les agents peuvent disposer d’une épargne (le revenu disponible non consommé) qu’ils peuvent utiliser pour financer l’achat de biens d’équipement c’est-à-dire faire de la FBCF.
- Si la dépense de FBCF est supérieure à l’épargne de l’agent il se trouve en situation de besoin de financement.
- Si la dépense de FBCF est inférieure à l’épargne de l’agent il se trouve en situation de capacité de financement.
Pour une application aux ménages en 2012 voir cet article

En vendant ses produits, l’entreprise perçoit des recettes qui lui permettent de financer son activité. Elle peut ainsi payer ses fournisseurs, les salariés, les impôts et les cotisations sociales, les frais de gestion et les frais financiers (intérêts). Le profit est la différence entre la valeur totale des ventes (et des autres recettes éventuelles) et celle des dépenses engagées pour produire.
Après déduction de l’impôt sur les bénéfices, le profit net peut-être utilisé de trois manières différentes :
- il peut servir à financer des investissements, on parle alors d’autofinancement
- il peut être distribué aux propriétaires de l’entreprise (actionnaires)
- il peut être mis en réserve (par précaution ou en prévision d’une dépense à venir).
L’autofinancement constitue donc une source interne de financement par opposition au financement externe désignant l’intervention des banques (crédit bancaire), ou l’émission de titres (des actions ou des obligations par exemple) sur les marchés financiers.
Quand le financement externe est assuré par les institutions financières on parle de financement indirect ou de financement intermédié. Pour les grandes entreprises le financement externe est assurée par les marchés de capitaux. On parle de financement direct ou de financement de marché.

Les modalités du financement d’une économie peuvent être regroupées logiquement
en distinguant :
- le financement interne = autofinancement
- le financement externe = recours à des apports de capitaux extérieurs
- le financement intermédié = recours au crédit bancaire
- le financement de marché = émission de titres financiers

Financement interne - financement externe

Pour le financement externe les solutions sont nombreuses :
- Financement externe direct = marchés financiers = émissions de titres financiers négociables (ceux qui les achètent peuvent les vendre à tout moment et leur prix est fixé sur les marchés financiers en fonction de l’offre et de la demande de ces titres)

  • émissions d’actions (augmentation du capital de l’entreprise)
  • émissions d’obligations (emprunt à moyen et long terme)
  • -* émissions de titres à court terme : billets de trésorerie pour une société non financière ou de certificats de dépôts pour une société financière.
    - Financement externe indirect = intermédiation = des institutions financières accordent des crédits
  • financement indirect monétaire : les banques en créant de la monnaie accordent des crédits aux emprunteurs
  • financement indirect non monétaire : des institutions monétaires (dont les banques) accordent des crédits à partir des dépôts qu’elles ont préalablement recueillis.

Le choix du mode de financement pour les entreprises relève d’un arbitrage entre l’utilisation des ressources propres (utiliser l’épargne pour l’autofinancement ou augmenter le capital en émettant des actions) et l’endettement (bancaire ou sur les marchés en émettant des titres de dette).

Le financement par augmentation de capital est de nature très différente du financement par endettement bancaire ou par émission d’obligations ou d’autres titres d’endettement (billets de trésorerie...) et il présente un avantage important : il est pratiquement "gratuit" (il ne coûte que les frais engagés lors de l’émission des nouvelles actions).
Mais cette solution suppose que la société se trouve en assez bonne santé pour pouvoir séduire des apporteurs de capital. L’inconvénient majeur de l’augmentation de capital c’est la dilution de la propriété entre un plus grand nombre d’actionnaires. C’est pour cela que les augmentations de capital sont généralement assorties d’un conseil aux actionnaires déjà présents d’acheter eux aussi des titres en proportion de leurs avoirs précédents. C’est aussi pour cela qu’il existe depuis 1983 des "certificats d’investissement" qui sont en fait des actions sans droit de vote.

Le financement par endettement a un coût puisque la dette est assortie d’un taux d’intérêt. Ainsi l’arbitrage entre financement sur fonds propres (autofinancement ou augmentation de capital) et financement par endettement dépend du niveau du taux d’intérêt et de celui de l’endettement déjà réalisé, mais il y a d’autres considérations qui viennent affecter cette décision (taux d’inflation, anticipation du climat des affaires, rentabilité économique). Ces déterminants sont étudiés en utilisant deux concepts importants qui méritent d’être développés : l’effet de levier d’endettementet la profitabilité.

Financement de marché et financement intermédié

Les économistes distinguent ces deux types de système de financement en parlant d’économie d’endettement et économie de marché financier.
- Économie d’endettement lorsque le financement repose principalement sur des crédits accordés par des institutions financières, il s’agit donc d’un financement intermédié.
- Économie de marchés financiers lorsque le financement repose de plus en plus sur des émissions de titres financiers, sur un financement direct.
La France était une économie d’endettement jusqu’au début des années 1980, elle est devenue une économie de marchés financiers en partie car la transformation est loin d’être achevée. Pour de nombreux agents le financement est encore intermédié.

Pour porter un jugement sur l’étendue de la désintermédiation, le recul de l’économie d’endettement, les économistes mesurent le taux d’intermédiation qui est le rapport des financements accordés par les intermédiaires financiers au total des financements obtenus par les agents non financiers (financements intermédiés et financements de marché) [1]. Le jugement est relativement nuancé car s’il est évident que les grandes entreprises recourent de plus en plus aux émissions de titres (actions et obligations) et réduisent leurs dettes bancaires, en revanche pour l’ensemble des agents non financiers, le taux reste élevé : alors qu’au début des années 1990 il était voisin de 75 %, il reste supérieur à 50% en 2012. Il faut cependant interpréter ce résultat avec prudence car l’augmentation importante de la dette publique, largement financée par l’émission d’obligations et de titres à moyen terme réduit le taux d’intermédiation. Pour les entreprises, le niveau très bas des taux d’intérêt réels est en revanche une incitation à l’endettement par le crédit bancaire.

(1) : institutions sans but lucratif au service des ménages.
(2) : dette publique au sens de Maastricht.
(3) : institutions financières monétaires et autres intermédiaires financiers (CNA, CNT, comité interprofessionnel du logement, OPCVM non monétaires, fonds communs de titrisation).
(4) : dépôts auprès du Trésor pour toutes les contreparties autres que les administrations publiques.
Champ : France.
Sources : Banque de France ; Insee, comptes nationaux - base 2005.

[1Le taux d’intermédiation mesure la part prise par les institutions financières résidentes – IF – (banque centrale, établissements de crédit et assimilés, organismes de titrisation, OPCVM, sociétés d’assurance et autres intermédiaires financiers, à l’exclusion des auxiliaires financiers) dans les encours de
financement dont bénéficient les agents non financiers résidents – ANF1
Le taux d’intermédiation au sens strict correspond à la part des seuls crédits octroyés par ces IF dans le total des financements des ANF.
Le taux d’intermédiation au sens large prend en compte, outre ces crédits, les titres émis par les ANF et détenus par les IF.


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