Les politiques monétaires dites "quantitative easing"

dimanche 23 février 2014

Le quantitative easing (assouplissement quantitatif) est une politique monétaire non conventionnelle utilisée par certaines banques centrales (la Banque du Japon depuis 20 ans, la Banque d’Angleterre et la Banque de réserve fédérale - FED - depuis 2008) pour permettre aux banques ordinaires d’augmenter la masse monétaire (accorder des crédits à l’économie) en augmentant les excédents de réserve de ces banques ordinaires.

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Appels d’offre - BCE

En situation normale la Banque centrale agit sur la liquidité bancaire en intervenant sur le marché interbancaire. Elle offre des liquidités (de la monnaie centrale) contre la remise de titres (mis en pension) soit à l’initiative des banques soit par des appels d’offre. Cette méthode consiste pour la FED à acheter aux banques des bons du trésor américain, permettant à la fois aux Etats-Unis de financer leurs déficits et aux banques de récupérer du cash qu’elles vont idéalement réinvestir dans l’économie. Voir le document joint à gauche.

Lorsque ces moyens ne suffisent pas parce que les banques refusent de se prêtre mutuellement des liquidités - celles qui ont des excédents préfèrent les conserver en les déposant à la Banque centrale - et que ce comportement prive les entreprises et les ménages du crédit bancaire indispensables à la reprise économique, il faut mettre en place d’autres procédures.
Les banques centrales peuvent alors décider d’acheter aux banques des titres présentant une garantie solide comme des titres de la dette souveraine (Bons du Trésor, OAT...) et non plus de simplement comme pour les appels d’offre de prêter contre des titres.

La FED

Depuis février 2008, la FED a lancé trois opérations désignées par QE1, QE2 et QE3.

Le premier round « QE1 » (2008-2010 : La Fed rachète des créances toxiques

Ben Bernanke, qui était déjà à la tête de la Fed à l’époque, approuve le plan Paulson de 700 milliards de dollars, visant en partie à racheter les organismes de refinancement Freddie Mac et Fannie Mae tandis que le reste de la manne inonde les marchés. La Fed a ainsi assuré une liquidité durable en achetant des créances toxiques, ce qui a permis de redresser aussi bien la valeur des actifs financiers que celle des biens immobiliers.
1700 milliards de $, fin du programme en juin 2009

Le second round « QE2 » (2010-2011) : La Fed participe à l’autofinancement de la dette américaine

Le deuxième QE a débuté en novembre 2010 pour soutenir la croissance et éviter que les taux d’emprunt à long terme se mettent à grimper. La Fed décide d’acheter des bons du Trésor, permettant aux Etats-Unis d’autofinancer leur dette, ce qui calme les spéculateurs [1].
1000 milliards de $, fin du programme en juin 2011

Le troisième round « QE3 » (depuis 2012)

Comme le QE1 et le QE2 n’ont pas été aussi bénéfiques qu’espéré la Fed décide d’acheter pour 85 milliards de dollars d’actifs par mois, avec toujours un même objectif : peser sur les taux et favoriser la reprise économique.
Ben Bernanke cède sa place à la tête de la FED en février 2014 et est remplacé par Janet Yellen à un moment où le programme QE3 doit normalement s’arrêter. Cet arrêt ne sera pas brutal, la majorité des commentateurs pensent qu’il s’agit d’une diminution progressive des montants accompagnés de l’affirmation du maintien des taux directeurs à un niveau très bas même si le taux de chômage continue de se réduire.

Japon et Angleterre

Les deux rounds japonais

- QE1 mars 2001, mars 2006. 30 000 milliards de yens contre des bons d’État
- QE2 en 2014, 70 000 milliards de yens contre des bons d’État.

Les deux rounds anglais

- QE1 : en 2009, 200 milliards de Livres en Obligations d’État
- QE2 : 2013, 375 milliards de Livres en titre de dette souveraine.

Que faut-il penser de cette politique non conventionnelle
- Le point de vue de Joseph Stiglitz dans cet article : Mystification monétaire du 4 Octobre 2012.
- Celui de Nouriel Roubini dans Les trappes qui attendent la FED à sa sortie du 29 avril 2013.
Le département analyse et prévision de l’OFCE a publié en octobre 2013 sous le titre Politiques monétaires : est-ce le début de la fin ? une étude très intéressante faisant le point sur les politiques non conventionnelles pratiquées dans la zone euro, comparées aux politiques de QE. Le texte intégral est à cette adresse et figure dans les documents recommandés sur le présent site
Voici le résumé :
Depuis 2009, les principales banques centrales mettent en oeuvre des politiques
monétaires expansionnistes afin de stimuler l’activité économique,
réduire les risques de spirale déflationniste et soutenir le système financier. Ces
politiques se sont traduites par des taux d’intérêt fixés à leur plus bas niveau ou
presque et par des mesures non conventionnelles. L’amélioration récente du
climat conjoncturel et la volonté affichée des banques centrales d’organiser le
retrait progressif des mesures non conventionnelles posent la question d’une
éventuelle normalisation des politiques monétaires. Pour autant, toute hausse
des taux d’intérêt d’ici 2014 est exclue. En effet, le risque inflationniste est
inexistant et la croissance anticipée trop modérée pour entrainer une baisse
rapide du taux de chômage. Or, la Réserve fédérale et la Banque d’Angleterre ont
conditionné un relèvement du taux d’intérêt à une cible de taux de chômage.
Cette politique de communication (forward guidance ou orientation prospective)
relative aux taux d’intérêt a pour objectif d’ancrer les anticipations de taux et de
fournir par ce biais un soutien à la croissance. Cette stratégie accompagne
l’ensemble des mesures non conventionnelles de nature plus quantitatives telles
que les programmes d’achat de titre ou les opérations exceptionnelles de refinancement
du système bancaire. La normalisation des opérations de politique
monétaire passe par un retrait progressif de ces mesures non conventionnelles.
Mais l’annonce de Ben Bernanke d’un éventuel ralentissement progressif du
rythme des achats de titres par la Réserve fédérale a provoqué de la volatilité sur
les marchés et une augmentation rapide des taux à long terme. Dès lors, les
banques centrales doivent faire preuve d’une grande prudence afin d’éviter une
normalisation trop hâtive des politiques monétaires. Ceci d’autant plus que les
risques associés à ces mesures (développement de nouvelles bulles, indépendance
des banques centrales ou risques inflationnistes) ne paraissent pas être
aujourd’hui la principale menace dans les pays industrialisés.

[1Cette politique revient en fait à financer la dette publique par la création monétaire puisque les banques qui ont prêté à l’État en achetant de la dette revendent cette dette à la FED qui crédite leurs comptes en monnaie.


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