Méthodes d’analyse macroéconomique et microéconomique

samedi 31 août 2013

À la question « pourquoi travaillons nous ? » Jean Fourastié répondait : pour satisfaire des besoins. Ainsi la production est destinée à la consommation censée satisfaire les besoins ressentis et exprimés par les hommes confrontés à la rareté.
Si l’économiste décide d’étudier la consommation il peut le faire de deux manières très différentes.

  • Il peut s’efforcer de comprendre pourquoi un individu est d’accord pour acheter une quantité donnée d’un produit à un prix donné. Pour ce faire il doit réunir des informations portant sur les goûts de l’individu concernant ce produit et les autres (préférences), ses ressources (revenu disponible), le prix du produit et aussi celui des autres produits. En prenant sa décision il doit comparer la satisfaction qu’il retirera de sa consommation à celle à laquelle il renonce en utilisant ainsi son revenu. Chaque décision a en effet un coût d’opportunité qui n’est rien d’autre que le constat suivant : choisir c’est exclure. La microéconomie est une théorie de la décision.
  • Mais l’économiste peut aussi aborder la question autrement en utilisant des informations enregistrées par les statisticiens au plan national.
    Il considère alors qu’il n’est pas essentiel de comprendre pourquoi tel ou tel individu consomme telle ou telle quantité de tel ou tel produit. En revanche il veut savoir quels sont les causes du ralentissement des dépenses de consommation entraînant des fermetures d’entreprises.
    Disposant des données portant sur le revenu, les prélèvements obligatoires, les prestations sociales, les taux d’intérêt, le rythme de l’inflation, les cours boursiers, la valeur des biens immobiliers possédés, les anticipations... il peut chercher à lier ces différentes variables à la consommation des ménages. Il construit alors une fonction de consommation : la valeur de la consommation finale devient une variable déterminée par le niveau des variables déterminantes évoquées ci-dessus. Certaines jouent un rôle essentiel, d’autres n’ont pas ou peu d’effet.
    La macroéconomie traite des relations qui sont établies statistiquement entre des grandeurs correspondant à des concepts comptables.

Parce que la microéconomie s’intéresse aux comportements et la microéconomie aux données globales, on considère souvent que ce qui les distingue c’est le niveau d’analyse : la micro concernerait les agents individuels (les ménages, les entreprises) alors que la macro s’intéresserait aux questions impliquant l’ensemble des agents et en particulier l’État. C’est vrai mais c’est une approche réductrice parce que par exemple, il existe une analyse microéconomique de l’équilibre général (ensemble des marchés et des agents) ou de l’intervention de l’État.

Essayons d’aller un peu plus loin.

Deux logiques… deux domaines d’analyse

La logique du circuit va identifier des pôles (des catégories d’agents) entre lesquels on va étudier la circulation séquentielle ou simultanée de flux de valeurs (des opérations) et les conditions d’ajustement ou de désajustement de ces flux (par exemple l’égalisation de l’épargne à l’investissement).
L’analyse de circuit s’intéresse à des flux en valeur combinant des quantités et des prix unitaires, la décomposition selon ces deux éléments doit ensuite être précisée.

La logique du marché est centrée sur l’échange à un moment donné. Elle cherche davantage à identifier ceux qui participent à l’échange en se rendant sur les différents marchés et à étudier les processus d’équilibre ou de déséquilibre sur ceux-ci. Il s’agit appréhender séparément les prix unitaires des biens échangés et les quantités échangées C’est pour cela que l’on dit souvent que l’analyse de marché est une théorie des prix, l’inverse de l’analyse de circuit.

Microéconomie

La microéconomie est une analyse théorique des comportements des agents (consommateurs et producteurs).
C’est une théorie de la décision (praxéologie) ce qui implique une définition :
- des attentes (objectifs) des agents
- des moyens qui sont à leur disposition (environnement et contraintes de rareté)
- d’une règle de comportement (rationalité économique)

Les comportements doivent être confrontés ce qui implique d’étudier les modalités de la coordination :
- par le marché
- par une ou des institutions (entreprise, État…)

L’analyse microéconomique suit une méthode générale : l’analyse des choix sous contrainte (s).
À l’origine (dernier quart du XIXe siècle), le calcul différentiel permet la recherche d’un optimum sous contrainte (s) ; actuellement et de plus en plus, la théorie des jeux permet d’introduire l’incertitude [1] dans la théorie des choix.

Dans sa forme initiale la microéconomie enseignée dans les cycles basiques de formation a trois caractéristiques principales :
- un haut degré d’abstraction parce qu’il est très difficile de décrire la totalité du réel par un système d’équations
- un traitement réducteur du temps (raisonnement atemporel le plus souvent, statique)
- une analyse nécessairement partielle puisqu’elle traite d’un aspect spécifique en considérant que l’environnement est stable.
Les développements théoriques ont permis de dépasser les deux derniers caractères mais au prix d’une formalisation de plus en plus complexe.

La macroéconomie

La macroéconomie est une analyse théorique des relations statistiques entre des grandeurs économiques mesurables (dépenses de consommation pour l’ensemble des agents et revenu disponible dans l’économie).

C’est un outil permettant de décrire le fonctionnement global d’une économie à partir d’un système d’enregistrement comptable :
- les comportements individuels n’ont pas à être expliqués c’est leur manifestation qui est prise en compte par agrégation
- les conclusions sont des outils de décision en particulier pour la politique économique
Le problème de la coordination disparaît et laisse la place à celui de la cohérence :
- le circuit doit être bouclé
- il peut être influencé (politique économique)

L’analyse macroéconomique suit une méthode générale : la construction d’un circuit économique.
À l’origine (les années 30 à 70), une rupture totale est opérée avec l’analyse microéconomique - le circuit remplace le marché, et les comportements individuels sont remplacés par des fonctions globales (fonction de consommation, dinvestissement...) liant des variables (le revenu national et la consommation des ménages...).
Depuis, les macroéconomistes se sont efforcés de retrouver les fondements microéconomiques de la macroéconomie. Il s’agit alors de justifier la forme des fonctions macroéconomiques retenues (pourquoi la consommation des ménages est-elle proportionnelle au revenu national ?).

L’analyse macroéconomique a quatre caractéristiques principales :
- elle utilise des systèmes de comptes nationaux (SEC 95) et des modèles (maquettes des relations économiques)
- elle prend en compte une période d’analyse avec un début et une fin permettant ainsi une analyse qualifiée comme statique comparative (on compare deux états de l’économie - avant/après) ou dynamique (on suit les états de l’économie en continu)
- elle permet des exercices de simulation et de prévisions pour intégrer les changements de l’environnement.

Opposition de méthodes ou de paradigmes ?

La microéconomie s’inscrit évidemment dans le paradigme [2] de l’individualisme méthodologique [3].

L’étude du comportement individuel, dans une perspective compréhensive, permet de déboucher sur le fonctionnement global du système par des opérations d’agrégation des comportements individuels. Dans ces conditions, si la macroéconomie existe elle n’est rien d’autre qu’une des applications possibles de la microéconomie par extension du champ, par changement de l’horizon de l’analyse.
Un système organisé est toujours l’addition de ses différentes composantes : le tout est la somme des parties. Les entités globales construites hors de l’individualisme méthodologique ne peuvent pas être dotées d’une capacité d’action : c’est l’homme qui fait le système.

Mais...

... si le tout n’est pas la somme des parties, si l’homme est un individu social, l’étude d’un système ne peut être conduite à partir du seul comportement des agents. Ces derniers sont d’ailleurs déterminés en partie, par le fonctionnement même du système. Adopter cette perspective, conduit à commencer par la macro avant éventuellement d’aborder la micro.”

[1Depuis Frank Knight on oppose l’incertitude au risque. Le risque est probabilisable, l’incertitude ne l’est pas. Ainsi le calcul économique est possible dans une situation risquée, il ne l’est pas face à l’incertitude.

[2Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent d’explication du monde qui repose sur une base définie. C’est un modèle théorique de pensée qui répond à un système de valeur.

[3L’ individualisme méthodologique est une conception d’ensemble des sciences sociales, qui se définit par trois postulats :
- tout phénomène social résulte de la combinaison d’actions, de croyances ou d’attitudes individuelles (l’analyse consiste à « comprendre » le pourquoi des actions, des croyances ou des attitudes individuelles)
- comprendre les actions de l’acteur individuel, c’est en reconstruire le sens qu’elles ont pour lui
- l’acteur adhère à une croyance, ou entreprend une action parce qu’elle a du sens pour lui.
Pour aller plus loin vous pouvez lire l’article contenant cet extrait.


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