Mise en route du mécanisme européen de stabilité

mercredi 9 octobre 2013

Le Monde daté du 9 octobre.
Pour Klaus Regling et son équipe, le jour J arrive enfin. Sauf surprise de dernière minute sur les marchés, c’est en effet cette semaine, probablement mardi 8 octobre, que le Mécanisme européen de stabilité (MES) devrait lancer son premier emprunt obligataire. " Nous sommes confiants, car nous avons eu des retours très positifs des investisseurs ", commente Christophe Frankel, directeur général délégué du mécanisme.

Ces dernières semaines, lui et Klaus Regling, le directeur général, ont fait le tour des financiers afin de récolter leur sentiment sur l’émission à venir. Si tout va bien, le MES devrait au minimum lever trois milliards d’euros. " C’est une jolie façon de fêter notre première année de fonctionnement ", ajoute M. Frankel.

Ce dispositif a été créé pour venir en aide aux pays en difficulté dans la zone euro. " Sa mission est d’aider les Etats, mais aussi les banques, afin d’éviter qu’un problème localisé ne mette en péril la stabilité de toute la zone ", dit Frédérique Cerisier, chez BNP Paribas.

Coussin de sécurité

Pour cela, il dispose de plusieurs outils. Il peut d’abord prêter directement de l’argent aux Etats - à condition que le gouvernement aidé entreprenne des réformes structurelles favorables à la compétitivité. Dans ce cadre, Chypre a ainsi bénéficié d’un prêt de 9 milliards d’euros l’année dernière.

Le MES peut également recapitaliser les banques, par l’intermédiaire d’un crédit à l’Etat, comme il l’a fait pour les établissements espagnols à hauteur de 41,3 milliards d’euros. Dans les cas les plus critiques, il peut aussi directement acheter des obligations souveraines, afin d’éviter au pays à la peine d’être exclu des marchés financiers. " C’est une panoplie d’outils très complète ", commente Rémi Lelu de Brach, gérant taux chez Quilvest Gestion.

Le MES prendra la suite du Fonds européen de stabilité financière (FESF), créé en 2010, qui a déjà prêté pour près de 192 milliards d’euros à la Grèce, au Portugal et à l’Irlande. A partir de ce mois-ci, le FESF n’accordera plus de nouvelle aide. Mais il continuera, lui aussi, d’emprunter sur les marchés. " Comme les prêts qu’il a accordés courent sur vingt ou trente ans, il devra régulièrement refinancer sa dette auprès des investisseurs ", précise M. Frankel.

A la différence du FESF, qui relève du droit privé et fonctionne grâce à une garantie des Etats, le MES a le statut d’institution publique européenne - une structure jugée plus solide et convaincante par les marchés. Il est capitalisé à hauteur de 700 milliards d’euros par les Etats membres, dont 80 milliards effectivement versés, et 620 milliards mobilisables si besoin. Sa capacité de prêt s’élève à 500 milliards (dont 50 milliards déjà engagés en Espagne et à Chypre).

Trop peu, jugent certains économistes. " Si l’Italie ou l’Espagne venaient à rencontrer des difficultés, ce serait loin de suffire ", prévient Bruno Colmant, spécialiste de ces sujets à l’Université catholique de Louvain (Belgique). " Ce mécanisme permettra de gagner du temps en rassurant les marchés, mais il ne réglera pas le problème des dettes publiques, qui continuent de monter ", ajoute M. Lelu de Brach. Du côté du MES, on assure que pour une Europe tournant enfin la page de la crise, les 450 milliards encore disponibles offrent un coussin de sécurité largement suffisant en cas de problème.

Au-delà de ces débats, l’intérêt du MES réside, pour ses défenseurs, dans les possibilités qu’il offrira à l’avenir. Les titres qu’il émet pour se financer sont, en effet, une forme de dette européenne mutualisée. " Certains rêvent d’y voir un embryon d’euro-obligations ", commente Mme Cerisier. Dans le cas où la zone euro renforcerait son union budgétaire, le MES serait, il est vrai, l’institution la mieux placée pour devenir le Trésor européen. Mais de telles évolutions ne seraient possibles que si les Etats acceptent de concéder au mécanisme une part de leur souveraineté. Autant dire qu’elles n’interviendront probablement pas avant des années...


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