Mondialisation et inégalités de développement

mardi 14 janvier 2014

Il est très difficile de comparer les niveaux de vie entre des pays développés et des pays en développement :
- la place du secteur informel dans les pays en développement est très importante et sa non prise en compte statistique (par définition) conduit à sous-évaluer le revenu par habitant
- ce revenu par habitant est toujours monétaire pour les pays riches alors que dans les pays en développement il faut une place pour des revenus et des dépenses non monétaires
- les inégalités entre revenu moyen des États ne montrent pas les inégalités entre habitants des pays riches et pauvres puisque les moyennes dissimulent des inégalités internes à chaque État.

Cette carte interactive proposée sur le site Curiosphere.tv permet de prendre conscience rapidement des inégalités de développement dans le monde.

Le projet GapMinder développé par une équipe d’enseignants suédois permet d’accéder à des diagrammes reliant de très nombreuses variables économiques et démographiques. Les graphiques sont dynamiques et peuvent être modifiés rapidement. Vous pouvez associer le niveau de revenu par habitant et l’espérance de vie à la naissance, la taille des familles et la durée de vie, l’évolution du revenu par habitant et celle des inégalités...

Le rapport du PNUD 2005 a utilisé les méthodes du projet GapMinder et élaboré cette présentation très claire des inégalités de développement.

Le site GapMinder propose aussi des vidéos réalisées par un des auteurs du projet, Hans Rosling, professeur de "Développement global" à l’Université de Stockholm. Son talent de pédagogue et son humour sont au service d’une remarquable démonstration de la diversité des situations observables dans le monde.

Mesurer la pauvreté

La mesure de la pauvreté appliquée par la Banque mondiale, souvent utilisée pour apprécier les progrès réalisés dans la poursuite du « premier objectif de développement du millénaire » qui vise à réduire de moitié la pauvreté dans le monde de 1990 à 2015, est très discutable. Elle est accusée de sous-estimer très largement la pauvreté.

Compte tenu de ces réserves, il est possible de partir du rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) pour 2003 qui titrait un encadré traitant des inégalités de revenu de la manière suivante : Inégalités de revenus dans le monde : écarts honteux et tendances ambiguës. Le revenu est réparti de manière plus inégale entre les habitants de la planète (coefficient de Gini de 0,66) [1] que dans la plupart des pays où les inégalités sont les plus criantes (au Brésil par exemple, le coefficient de Gini était de 0,61).
On pouvait lire à la fin du XXe siècle que les 5 % les plus riches du monde reçoivent un revenu 114 fois supérieur à celui des 5 % les plus pauvres. Les 1% les plus riches obtiennent autant que les 57 % les plus pauvres. Enfin, les 25 millions d’Américains les plus aisés disposent d’un revenu équivalant globalement à celui des quelque 2 milliards d’habitants les plus pauvres de la planète.
Dans le rapport du PNUD de 2013 les commentaires montrent une évolution favorable.
Ainsi, la transformation des pays du Sud au XXIe siècle s’est accompagnée d’avancées majeures dans les domaines de la santé, l’éducation, les transports, les télécommunications et l’engagement civique dans la gouvernance nationale. Les conséquences pour le développement humain ont été profondes : la proportion de personnes vivant dans une pauvreté extrême est passée de 43,1 % en 1990 à 22,4 % en 2008 ; plus de 500 millions de personnes sont sorties de la pauvreté, uniquement en Chine.
Il y a bien un réquilibrage. Pour la première fois en 150 ans, le produit combiné des trois principales économies du monde en développement – le Brésil, la Chine et l’Inde – est presque égal à lui seul aux PIB combinés des vieilles puissances industrielles
du Nord : Canada, France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni et États-Unis.En 1950, la Chine, l’Inde et le Brésil ne représentaient à eux trois que 10 % de l’économie mondiale, alors que les six puissances économiques traditionnelles du Nord comptaient pour plus de la moitié.
En 2050, selon les prévisions de ce Rapport, la Chine, l’Inde et le Brésil représenteront ensemble près de 40 % de la production mondiale dépassant
largement les productions combinées du bloc du Groupe des Sept actuel.
Aujourd’hui, les pays du Sud dans leur ensemble fournissent près de la moitié de la production mondiale, contre un tiers en 1990.

Cependant, des défis importants en termes de développement n’ont pas été résolus. Selon les estimations, environ 1,57 milliard de personnes, soit plus de 30 % de la population des 104 pays étudiés dans le Rapport, vit dans une pauvreté multidimensionnelle [2]. Dans de nombreux pays du Sud qui présentent une croissance rapide, la population vivant dans une pauvreté multidimensionnelle est supérieure à celle vivant dans la pauvreté liée au revenu. De plus, l’inégalité des revenus augmente dans de nombreux pays. Selon des calculs relatifs à l’IDH ajusté aux inégalités pour132 pays en 2012, près du quart de la valeur de l’IDH, 23 % est perdu en raison des inégalités.
Entre 1990 et 2005, les tendances de l’IDH ajusté aux inégalités dans 66 pays montrent que les inégalités générales ne diminuent que de manière marginale, car la réduction des inégalités en matière d’éducation et de santé a été compensée par une augmentation des inégalités de revenu. L’Amérique latine, inversement aux tendances globales, a vu chuter ses inégalités de revenu depuis 2000, mais elle présente encore
la répartition la plus inégalitaire de toutes les régions. L’Afrique subsaharienne présente les inégalités les plus importantes dans le domaine de la santé, alors qu’en Asie du Sud les inégalités les plus accentuées concernent l’éducation.

Ainsi il faut prendre en compte les inégalités entre pays mais aussi les inégalités entre les habitants d’un même pays et ne pas se fier uniquement aux indicateurs monétaires.
Car la relation entre croissance et développement est complexe.

Depuis les travaux d’Amartya Sen, les comparaisons concernant le développement ne sont plus limitées au PIB par habitant mais renvoient à des indicateurs plus larges comme l’indice de développement humain (IDH) ou l’indice de pauvreté humaine (IPH) dans ces deux versions (une pour les pays en développement (IPH1) l’autre pour les pays développés (IPH2) ou encore l’indice sexospécifique du développement humain.
Les statistiques concernant ces indices sont publiées chaque année par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) dans son rapport annuel (pour 2013 le rapport est à cette adresse)

Des "coûts de l’homme" à la "capabilité" (capacité)

Le grand économiste français François Perroux a énoncé dès le début des années 1960 la nécessité de penser l’économie autrement qu’à travers la seule prise en compte de la dépense solvable. Ainsi, appelant à l’établissement d’un "statut humain de la vie" fondé sur les "coûts de l’homme", François Perroux précise, dans Le Pain et la Parole, que nourrir, soigner, instruire et libérer les êtres humains constituent des opérations "tout élémentaires propres à procurer à chacun les "biens de départ". Il ajoute qu’il ne s’agit nullement de mener toutes ces opérations contre le gré des gens, mais bien au contraire de les « mettre, par l’effort commun, en situation de pouvoir se nourrir, se former et opérer leur propre libération » ce qu’il écrivait déjà sous une autre forme dans L’économie du vingtième siècle en 1961 : « Si un seul agent est privé de la capacité inhérente à sa nature générique, qui est de choisir des objectifs subsumés par une finalité, l’organisation est suboptimale ».
Si Amartya Sen ne semble pas avoir été influencé par François Perroux, il retrouve l’idée que la couverture des besoins essentiels, l’épanouissement et la liberté de la personne, ce qu’il désigne par le concept de "fonctionnements" est l’objectif qui doit être soutenu par les organisations internationales en charge de l’économie mondaile, ou encore qu’il faut considérer le "développement comme liberté". La notion de "fonctionnements" désigne les différentes choses qu’une personne peut souhaiter faire ou être. Parmi ces différents "fonctionnements" humains, il en est de très simples, tels qu’être convenablement nourri ou vivre en bonne santé, et d’autres plus complexes, comme ressentir de l’estime pour soi ou participer à la vie de sa communauté. C’est sur cette base, qu’Amartya Sen élabore la notion de "capacité" [3], qui fait référence aux "différentes combinaisons de fonctionnements" qu’un agent économique est en mesure de réaliser. Il faut alors envisager le développement comme « un processus d’expansion des libertés réelles dont les personnes peuvent jouir », processus au sein duquel les libertés sont appelées à jouer le rôle tout à la fois de moteur et de pierre de touche.

S’inspirant des travaux d’Amartya Sen, l’indice des capacités fondamentales conçu par l’ONG Social Watch est la moyenne de trois variables dont les données sont disponibles pour la plupart des pays : le nombre d’enfants qui meurent avant 5 ans, la part des enfants qui sont allés jusqu’à l’école primaire et la proportion de naissances assistées par des professionnels de santé.
En utilisant cet indicateur il apparaît qu’aujourd’hui (2008) la moitié de la population mondiale connaît un niveau de progrès social jugé critique car moins de 70 % des besoins fondamentaux définis par cet indicateur y sont assurés.

Depuis l’an 2000, près de la moitié des pays (76 pays) ont connu des progrès sociaux tandis que 37 % stagnaient (56 pays) et 15 % régressaient (24 pays).

[1Le coefficient de Gini mesure les inégalités de revenu sur une échelle allant de 0, l’égalité parfaite, et 1, l’inégalité absolue.

[2Une mesure du nombre et de l’intensité des privations
multiples dont souffre chaque individu sur le plan de la santé, l’éducation et du niveau
de vie.

[3On trouve souvent dans la littérature économique, une autre désignation : capabilité. Voir : Equality of what ?, The Tanner lecture on Human Values, Stanford University (conférence du 22 mai 1979) - le texte original est disponible en ligne - reproduit dans Choice, Welfare and Measurement, The MIT Press, 1982, pp. (Traduction française in Ethique et économie, Paris, PUF, 1993) et Inequality Reexamined, Oxford University Press, 1992 (traduction française : Repenser l’inégalité, Paris, Seuil, 2000).


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