Origine des gains de productivité

lundi 14 octobre 2013

Dans une synthèse qui fait autorité intitulée Deux siècles de travail en France [1] Olivier Marchand et Claude Thélot estiment que en France de 1830 à 1990 la productivité par travailleur a été multipliée par 13 et la productivité horaire par 25 !
Cela veut dire que la richesse réelle produite (en pouvoir d’achat) en une heure est 25 fois plus importante au bout des 160 ans de la période. Et sur la période d’après guerre, 1946-2002, la productivité horaire a été multipliée par 8,5 !

Source : Olivier Marchand, Claude Thélot et INSEE pour après 1990.

L’une des conséquences évidente mais pourtant souvent oubliée c’est la réduction de la durée du travail qui a été permise par cette croissance de l’efficacité. La durée légale du travail en France est d’environ 1600 heures par an aujourd’hui alors que la durée réelle moyenne du travail ouvrier dépassait les 3500 heures par an au début du XIXème siècle, pour un temps de vie bien plus court, ce qui signifie que le temps contraint par le travail dans une vie a considérablement diminué.

Durée du travail (en heures)

Source : Olivier Marchand, Claude Thélot

Comment peut-on expliquer cette formidable transformation ?
Parce que les statistiques disponibles portent principalement sur la productivité du travail c’est cet indicateur qui fait l’objet de la majorité des analyses.

Origine des gains de productivité du travail

Dans un article intitulé "Un siècle de productivité globale des facteurs en France" [2] les auteurs décomposent l’évolution de la productivité par travailleur et de la productivité horaire observée en France de 1890 à 2002 (variation en % en moyenne par an).

Ce tableau montre d’abord comment la décomposition est opérée ce qui revient à dire quelles sont les changements qui influencent le rythme d’évolution de la productivité du travail.
La productivité horaire notée π est le rapport du PIB noté Y au nombre d’heures travaillées obtenue en multipliant le nombre de travailleurs N par la durée du travail D
soit : π = Y / (N.D)
Pour des taux de croissance faible (ce qui est le cas ici) on peut retenir la règle suivante :

le taux de croissance de la productivité horaire est égal au taux de croissance de la production diminuée du taux de croissance du nombre d’heures travaillées pour l’ensemble des travailleurs.

L’évolution du nombre total d’heures travaillées est elle même calculée en faisant la somme du taux de croissance du nombre de travailleurs et de celui de la durée du travail (en général négatif puisque la durée du travail diminue historiquement).
Se limiter à cette décomposition c’est négliger deux autres causes pouvant expliquer l’évolution de la productivité du travail : le changement de l’intensité capitalistique (les travailleurs utilisent plus de capital ce qui accroit leur efficacité) et le progrès technique (la productivité totale des facteurs) résumant tout ce qui n’est pas expliqué par ce qui précède.
Ainsi, la lecture du tableau indique que pendant la période 1945-1973 la productivité horaire du travail a augmenté de 5,28% par an grâce à l’augmentation de l’intensité capitalistique au rythme annuel de 1,31% et du progrès technique pour 3,97% par an. L’augmentation de la productivité horaire aurait été encore plus forte si la durée du travail n’avait pas diminuer de 0,26% par an.

Dire que la productivité du travail varie en raison du fait que les travailleurs disposent de plus de capital et que la productivité totale des facteurs améliore l’efficacité du travail et du capital c’est une explication imprécise.

Comment expliquer l’évolution de la productivité totale des facteurs ?

Ici il n’y a pas d’analyse statistique disponible et c’est normal puisque la variation de la productivité totale des facteurs est calculée par différence comme un résidu : elle est la partie inexpliquée (par la contribution du travail et celle du capital) de la croissance du PIB.
Cela n’interdit pas de mettre en évidence facilement des facteurs favorisant son augmentation.

- La productivité totale des facteurs augmente sous l’effet de l’amélioration des qualifications et des changements dans l’organisation du travail.
- Elle augmente aussi parce que les structures de la production se modifient entre des secteurs et/ou des branches dont la productivité est différente. Les innovations viennent renforcer l’efficacité des ressources utilisées et le progrès technique est la source d’une destruction créatrice.
- Elle augmente enfin parce que la croissance économique permet de réaliser des économies de dimension et qu’il existe une liaison logique entre les variations de la production et celles de la productivité.

Le schéma suivant est un aménagement de celui proposé par Arnaud Parienty et Pascal Combemale [3].

Les explications de l’augmentation de l’efficacité de la production - la productivité totale des facteurs - sont donc nombreuses.
Il n’est pas inutile de rappeler en quoi elles consistent et comment elles opèrent.
Les développements correspondant aux trois explications avancées sont dans des articles complémentaires.
- Productivité, formation des travailleurs et organisation de la production.
- Productivité, structures de l’économie et innovations
- Productivité et croissance économique

[1INSEE 1991

[2Bulletin de la Banque de France • N°139 • Juillet 2005

[3La productivité, Nathan, 1993.


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