Ouverture et développement

lundi 3 février 2014

Les défenseurs de la doctrine libre-échangiste sont favorables à l’ouverture croissante des économies parce qu’ils considèrent que celle-ci permet à la fois à tous les pays qui participent à l’échange d’être gagnants, et pour ceux qui sont en retard de bénéficier d’un mécanisme de rattrapage, de convergence des niveaux de développement.

Source : Banque mondiale, indicateurs de développement 2002

Ce graphique montre que dans l’ensemble la hiérarchie des niveaux de revenu n’a pas été modifié puisque la majorité des États se trouvent à proximité de la diagonale. Toutefois certains ont nettement amélioré leur position (la Chine, la Thaïlande, l’Indonésie,la République de Corée...) alors que d’autres ont reculé dans le classement (le Niger, la Zambie, le Venezuela, Haïti, Madagascar...)

Le commerce un outil pour le développement.

- La croissance économique permet de mettre en place un bon système éducatif, une alimentation saine, une eau salubre et de bons services sanitaires qui constituent des éléments indissociables du développement humain. Le lien entre IDH (Indicateur de développement humain) et niveau de PIB par habitant est évident d’abord parce que le revenu par habitant a une pondération d’un tiers dans l’IDH mais aussi parce que le niveau de revenu conditionne la mise ne place des équipements améliorant la santé et l’éducation (le lien est d’ailleurs réciproque puisque les théories de la croissance endogène soulignent le rôle positif du capital humain sur la croissance économique).

Le graphique indique que le développement humain et le développement économique évoluent souvent conjointement. [1]

- La croissance économique ne repose pas seulement sur l’accumulation de capital physique.

- Les nouvelles théories de la croissance (théories de la croissance endogène) font une large place au rôle de l’accumulation de capital humain et à la dimension des marchés (économies externes et économie d’échelle).

- Mais pour d’autres auteurs, il y a d’autres facteurs déterminants, peut-être plus profonds, à examiner, ils relèvent du contexte social, culturel, géographique et institutionnel.

L’ouverture stimule la croissance économique.

- Le commerce permet à un pays de se spécialiser dans les activités productives dans lesquelles il est relativement plus performant que d’autres et d’exploiter ainsi un avantage comparatif.
- Le commerce élargit le marché qui s’offre aux producteurs locaux, leur permettant de mieux tirer parti des économies d’échelle, ce qui augmente les revenus et l’efficacité de la répartition des ressources. Ce sont les gains statiques du commerce.
- Le commerce a pour effet positif de stimuler la croissance à long terme seulement s’il augmente le taux d’investissement ou améliore les incitations au développement et à la diffusion de la technologie. ce sont les gains dynamiques du commerce.
- Les économies ouvertes investissent davantage.
- Les économies ouvertes échangent davantage d’idées.
- L’ouverture influence la "qualité" des institutions. [2].
- L’ouverture provoque l’ajustement des économies vers une plus grande efficacité (effet escompté de la concurrence, les activités moins efficaces disparaissent).
- Des succès marquants ont été obtenus en matière de croissance tirée par l’exportation (le miracle (?) asiatique).

La spécialisation internationale, la division internationale du travail concernent tous les produits comme le montre l’exemple du recyclage du papier et du carton donnant naissance à une activité internationalisée mélangeant l’économie informelle et la technologie d’aujourd’hui : "Les tribulations d’un papier en Chine" (Vidéo de 23 minutes - visible en cliquant sur l’image - De Jean Crépu, Pierre Bolton et Philippe Baillon – ARTE GEIE / Crescendo Films – France 2007)

Commentaire

Le recyclage du papier est un enjeu crucial pour les années à venir. Le marché des papiers cartons récupérés révèle une surprenante réalité. Le tri des papiers et cartons génère en France un excédent de 500.000 tonnes et de 5 millions de tonnes pour L’Union Européenne. Mais nos vieux papiers ont trouvé preneurs à l’autre bout de la planète. Le géant chinois est en train de bouleverser les marchés du recyclage en devenant le 1er importateur au monde de papiers et cartons récupérés.

Visite dans la société chinoise Fook Woo, spécialisée dans le commerce des déchets et le recyclage du papier où se fabrique de nouveaux produits qui partent ensuite vers l’Europe et le monde entier. Nous les consommerons et le voyage des déchets reprendra son cycle. La boucle est bouclée.
Les exigences du marché mondial et le poids des réglementations environnementales font aujourd’hui de la récupération et du recyclage du papier un enjeu crucial pour les années à venir. Mais le marché des papiers cartons récupérés révèle aujourd’hui une surprenante réalité.
Victime de son succès, le tri des papiers et cartons génère en France un excédent de 500.000 tonnes et de 5 millions de tonnes pour l’Union Européenne. Loin d’être perdus pour tout le monde, nos vieux papiers ont trouvé preneurs, mais à l’autre bout de la planète. Avec une croissance de plus de 9% par an et sa demande insatiable de matières premières, le géant chinois est en train de bouleverser les marchés du recyclage en devenant le premier importateur au monde de papiers et cartons récupérés. Le monde de la récupération a bien changé, les déchets sont devenus de la matière première très convoitée et le marché est désormais mondialisé. Achetés par la société chinoise Fook Woo spécialisé dans le commerce des déchets et le recyclage du papier nos vieux papiers arrivent par containers dans le grand port de Hong Kong. Ils viendront se mélanger à tous les papiers et cartons récupérés dans la grande métropole de Hong Kong par ceux que l’on appelle ici les « scavengers », les récupérateurs de rue qui vivent de leur collecte.
Ces milliers de tonnes de déchets de papiers et cartons, dont les nôtres, prennent ensuite le chemin de la grande usine de papier recyclé Fook Woo situé en territoire chinois à une centaine de kilomètres de Hong Kong. Ici se fabrique avec une main d’œuvre bon marché de nouveaux produits : papier journal, papier toilette, mouchoirs, essuies mains et autres cartons d’emballage.
La boucle est bouclée, ces nouveaux produits partent vers l’Europe et le monde entier, nous les consommerons et le voyage des déchets reprendra son cycle.

Mais le commerce ne suffit pas et l’ouverture a aussi des effets négatifs pour les populations concernées.

Avec un peu de brutalité on peut ouvrir ce développement par la vidéo L’Île aux fleurs (Ilha das Flores), court métrage documentaire brésilien réalisé par Jorge Furtado, sorti en 1989 et dont on voudrait pouvoir dire qu’il appartient au passé. Douze minutes : c’est le temps durant lequel nous suivons le parcours d’une tomate, depuis sa production dans la plantation de Monsieur Suzuki, jusqu’à son point d’arrivée, décharge publique de l’île aux Fleurs. Film pamphlet, systématique et grinçant, ce court métrage dénonce la sous-humanité qu’entraîne l’économie de marché et les millions de Brésiliens qui souffrent de la faim.

L’ouverture et plus généralement la "mondialisation" en cours, modifient considérablement les conditions d’existence des populations aussi bien dans les pays en développement que dans les pays développés.
Le Bureau International du Travail (BIT) rend compte de ces difficultés dans un rapport intitulé "Une mondialisation juste - Créer des opportunités pour tous" . La totalité du rapport est disponible en ligne, la seconde partie contient l’essentiel des éléments d’appréciation.

« Le processus actuel de mondialisation génère des déséquilibres, entre les pays et à l’intérieur des pays. Des richesses sont créées, mais elles ne sont d’aucun profit pour trop de pays et trop de personnes. Faute d’avoir suffisamment voix au chapitre, ils ne peuvent guère influer sur le processus. Pour la vaste majorité des femmes et des hommes, la mondialisation n’a pas répondu à leurs aspirations, simples et légitimes, à un travail décent et à un avenir meilleur pour leurs enfants. Beaucoup d’entre eux vivent de l’économie informelle, sans droits reconnus, et dans de nombreux pays pauvres qui subsistent de façon précaire en marge de l’économie mondiale. Même dans les pays dont l’économie est florissante, certains travailleurs et certaines collectivités ont souffert de la mondialisation. »  [3]

Ainsi même un pays qui dispose de richesses naturelles peut comme le montre l’exemple de l’Angola et du pétrole, rester caractérisé par des inégalités considérables.

Voir l’illustration.

Arte a proposé en 2006 un Thema intitulé Angola : le pétrole et la misère
Après le Nigeria, l’Angola est le deuxième pays producteur de pétrole du continent africain. Un pays où la misère et la dévastation provoquées par vingt ans de guerre civile contrastent avec les installations ultramodernes des puits de forage.
Documentaire de Richard Klug
(Allemagne, 2006, 29mn)
Les immenses réserves de l’Angola se trouvent en mer, à quelques encablures de la côte. À la qualité du pétrole angolais s’ajoutent d’autres atouts, qui expliquent l’intérêt des pays industriels : la relative stabilité du gouvernement, l’absence de menace terroriste directe et surtout, pour les États-Unis, la proximité par rapport aux pays arabes. En 2005, les revenus générés par l’or noir ont été estimés à près de 7 milliards de dollars. Et pourtant, l’Angola offre toujours une image de grande misère, avec des infra-structures routières quasi inexistantes en dehors de la capitale Luanda, peu de travail et un état sanitaire déplorable. Seul le programme d’aide alimentaire de l’ONU permet de nourrir une population rurale qui ne tire encore aucun bénéfice de l’exploitation pétrolifère menée sous la bannière de Total.

Un humain sur trois ne dispose pas de sanitaires les plus élémentaires, un sur quatre n’a pas d’électricité, un sur sept vit dans un bidonville, un sur huit a faim et un sur neuf ne dispose pas d’eau potable, enfin un sur six doit se débrouiller avec moins de 1,25 dollar par jour (seuil de pauvreté absolue retenu par le PNUD.
- Le nombre de travailleurs indépendants augmente souvent dans les pays pauvres (c’est un signe du recul de l’économie officielle et du développement de l’économie informelle et de la précarisation qui l’accompagne).
- Les inégalités de revenus à l’intérieur des économies nationales augmentent souvent.
- Les rythmes de croissance sont très inégaux et le partage des richesses entre État reste très inégalitaire.

Pourtant, en 2013 la part des pays "en développement" (émergents compris) a dépassé celle des pays développés dans le PIB mondial !

La participation au commerce mondial a des effets bénéfiques sur le développement mais celui-ci ne supprime pas les inégalités qui se sont effectivement aggravées dans la plupart des pays et des régions ces vingt dernières années, même s’il y a des exceptions et que les données sont loin d’être parfaites. En même temps, toutefois, les revenus réels des couches les plus pauvres de la population ont augmenté en moyenne dans toutes les régions et pour toutes les catégories de revenu.

Il apparaît que, en s’accentuant, la mondialisation commerciale et la mondialisation financière ont eu des effets identifiables distincts et opposés sur la répartition des revenus.
En effet, la libéralisation du commerce et la croissance des exportations sont associées à une diminution des inégalités de revenu, alors que l’ouverture financière est associée à une aggravation de ces inégalités.
Cependant, leur effet combiné sur l’accentuation des inégalités a été beaucoup plus faible que celui du progrès technologique, surtout dans les pays en développement.
La diffusion des technologies est naturellement elle-même liée à la mondialisation, mais on constate que le progrès technologique a néanmoins un effet distinct identifiable sur les inégalités.
L’effet inégalitaire de l’ouverture financière — ressenti essentiellement par l’intermédiaire de l’investissement direct étranger (IDE) — et celui du progrès technologique semblent s’exercer de la même manière, par la valorisation des qualifications professionnelles plutôt que par la limitation des possibilités de progrès économique. Cette constatation est corroborée par le fait que l’accès accru à l’éducation est associé avec une répartition en moyenne plus égale des revenus.

[1Les pays figurant dans l’ovale situé au-dessus de la courbe semblent invalider ce résultat. l’indiquent. L’Afrique du Sud, la Namibie et le Botswana sont des pays à revenu moyen où le taux d’infection par le VIH/SIDA est élevé et où l’espérance de vie a chuté de manière spectaculaire alors que le niveau de revenu a jusqu’à présent été maintenu. La Guinée équatoriale et le Gabon dont le revenu a augmenté rapidement en raison de la production de nouveaux champs de pétrole, n’ont pas enregistré une progression correspondante du développement humain.

[2Il s’agit d’une dimension difficilement mesurable mais qui est essentielle. Par exemple, il semble qu’il existe une relation assez nette entre degré d’ouverture élevé et respect du droit ou réduction de la corruption.

[3Page 3 du synopsis du rapport


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