Petite histoire de la comptabilité nationale

samedi 31 août 2013

La comptabilité nationale est la représentation comptable d’un circuit économique.

La notion de circuit économique est ancienne puisqu’il est habituel de faire référence aux mercantilistes comme l’Anglais Gregory King à la fin du XVIIe siècle, ou Vauban en France et plus encore aux physiocrates avec le “Tableau économique” de François Quesnay (1694-1774) datant de 1758, pour les actes de naissance de l’analyse du circuit économique.
Karl Marx (1818 - 1883) s’inspirera de ce circuit pour construire ses schémas de la reproduction capitaliste et Vassili Leontief (1906-1999) y puisera l’idée des tableaux input-output ancêtres des TES d’aujourd’hui.

Un circuit économique peut être construit dès que les agents économiques sont regroupés en catégories constituant des pôles. Le circuit indique simplement la nature et le sens des flux entre ces pôles.

La caractéristique essentielle des circuits décrivant des économies utilisant la monnaie est la dualité. À la circulation des biens et services, il faut opposer la circulation de la monnaie. Le circuit est toujours double. Les flux reliant deux pôles peuvent donc être lus de deux manières différentes.

La comptabilité nationale est une représentation ce qui veut dire que des choix théoriques sont nécessaires, car une représentation n’est pas une réduction (modèle réduit ou maquette). La représentation retenue privilégie certains aspects et en néglige d’autres.

C’est une représentation comptable, ce qui pose deux problèmes. Il faut choisir un système comptable et il faut ignorer ce qui ne peut pas se comptabiliser.

Pour le premier problème c’est la comptabilité en partie double qui a été retenue mais en utilisant la méthode des comptes écrans. Dans les Comptes économiques intégrés (CEI) [1], cela se traduit par l’existence de la colonne “Biens et services” qui correspond à l’idée que les productions sont livrées à un marché et non pas à tel ou tel agent particulier, de même la consommation est satisfaite à partir d’un marché sans que l’on s’interroge sur l’origine du produit.
Pour le second problème, certaines conventions ont été adoptées pour améliorer la qualité des comptes nationaux, par exemple en estimant la valeur de la production des services non-marchands par leur coût de production.
Les systèmes de comptes nationaux se sont construits après la deuxième guerre mondiale parce que les conditions de leur apparition étaient réunies.

La théorie économique keynésienne rendait utile l’élaboration d’indicateurs macro-économiques.
Les impératifs de la reconstruction dans un climat de pénurie de ressources et les ébauches de planifications indicatives réclamaient un système comptable synthétique.
Les progrès de l’analyse statistique et les méthodes utilisées en URSS et développées ailleurs par les spécialistes des relations interindustrielles permettaient de réaliser des analyses prospectives.
La volonté d’intervention des pouvoirs publics en matière de régulation conjoncturelle ou d’orientation à moyen terme renforce ces conditions favorables.
Les travaux de Richard Stone (1913-1991) en Angleterre seront à l’origine du “modèle normalisé de la comptabilité nationale” de l’ONU et de l’OECE, Simon Kuznets (1901-1985) établira les comptes pour les États-Unis. En France c’est une petite équipe d’économistes groupés autour de François Perroux (1903-1987) qui prépare et élabore le premier modèle de la comptabilité nationale.

Les premiers comptes sont publiés en 1950 dans le cadre d’une Comptabilité nationale française (CNF) tenue par Le Service des études économiques et financières du Ministère des Finances (le SEEF est devenu depuis la Direction de la Prévision) sous l’autorité de Claude Gruson (1910-2000). À partir de 1963, la responsabilité de la CNF est transférée à l’INSEE.
Des améliorations constantes sont apportées à ce système de comptes. Le souci de rapprocher la CNF du système normalisé de l’ONU conduit à la grande réforme de 1976 et à l’entrée en vigueur en France du Système élargi de comptabilité nationale (SECN).
Une réforme des comptes de l’ONU (dont le système datait de 1968) entraîna une nouvelle transformation de la comptabilité nationale en France. Les comptes nationaux sont désormais établis selon le Système européen de comptabilité 95 (SEC 95).
Ce nouveau système est adopté par tous les pays de l’Union européenne, ce qui permet une harmonisation très poussée de leurs comptes. Il reproduit très largement un système préparé sous l’égide de l’ONU, dont tous les pays membres doivent s’inspirer.
L’adoption du SEC 95 est l’occasion de la mise en place d’une nouvelle base de comptes, c’est-à-dire d’une révision de l’ensemble des évaluations. En même temps, une nomenclature d’activités et de produits rénovée a été introduite ; elle décrit, en particulier, les services dans un plus grand détail. Les premiers comptes selon la nouvelle base sont disponibles depuis avril 1999.
Le SEC 95 n’apporte pas de bouleversement, mais il introduit plusieurs améliorations. Elles visent à prendre en compte les modifications de l’environnement économique, tout en enrichissant sa description.

[1Les comptes économiques intégrés remplacent le Tableau économique d’ensemble dans le nouveau système de comptes utilisé actuellement dans l’Union européenne.


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