Productivité, structures de l’économie et innovations

samedi 28 septembre 2013

La croissance des économies s’accompagnent de changements structurels qui ont été mis en évidence depuis longtemps. Elle est aussi fondamentalement déséquilibrée parce qu’elle est à la fois la cause et la conséquence des nombreuses innovations de produits et de procédés qui en sont inséparables.

Les transformations structurelles.

Si un secteur dans lequel la productivité est élevée occupe un nombre croissant de travailleurs provenant d’un secteur caractérisé par une faible productivité, mécaniquement la productivité moyenne augmente. Ainsi le recul de la population active agricole au profit de celle qui se consacre à l’industrie peut expliquer l’accélération des gains de productivité après 1945. De même le passage à une économie dans laquelle 70% des actifs sont dans le secteur tertiaire (et pour une partie importante dans les services non marchands) peut expliquer le ralentissement des gains de productivité observé depuis trente ans dans la plupart des pays développés.

La distinction entre les trois secteurs et l’évolution de leur place respective sont souvent rattachés aux travaux de Jean Fourastié et Colin Clark. Selon eux, la répartition de la population active entre les 3 secteurs évolue toujours de la même façon se traduisant par un déplacement des actifs du secteur primaire (agriculture, sylviculture, pêche) vers le secteur secondaire (industrie et BTP) puis tertiare (services).
À mesure que les individus voient leurs revenus augmenter, leur demande de denrées alimentaires — principal produit de l’agriculture — atteint ses limites naturelles, et ils commencent à être demandeurs d’un volume relativement plus grand de produits industriels. Parallèlement, grâce aux nouvelles techniques et machines agricoles, la productivité de la main-d’œuvre augmente plus vite en agriculture que dans l’industrie, ce qui rend les produits agricoles relativement moins chers et réduit d’autant leur contribution au produit intérieur brut (PIB). Cette même évolution de la productivité relative de la main-d’œuvre a aussi pour effet de diminuer les besoins en travailleurs agricoles, tandis que les possibilités d’emploi dans l’industrie augmentent. De ce fait, la production industrielle finit par contribuer davantage au PIB que la production agricole, et l’emploi dans le secteur industriel devient prédominant.
Les revenus continuant d’augmenter, les besoins des individus deviennent moins « matériels » et commencent à se reporter sur les services — dans une multitude de domaines, dont la santé, l’éducation ou les loisirs. Mais la productivité de la main-d’œuvre dans le secteur des services ne progresse pas aussi rapidement qu’en agriculture et dans l’industrie, car la plupart des tâches ou des emplois dans ce secteur ne peuvent être assurés par des machines. Cela rend les services relativement plus chers par rapport aux produits agricoles et industriels, et accroît d’autant la place qu’ils occupent dans le PIB. La moindre mécanisation des services explique aussi pourquoi les emplois continuent d’augmenter dans ce secteur alors qu’ils diminuent dans les deux autres, les progrès technologiques ayant pour effet d’accroître la productivité de la main-d’œuvre et donc de supprimer des postes. Au bout du compte, le secteur des services supplante l’industrie comme principal secteur de l’économie.

Comme les secteurs connaissent des gains de productivité différents la productivité moyenne est modifiée quand ces changements structurels se manifestent. C’est la thèse de la croissance déséquilibrée défendue par William Baumol au milieu des années 1960.
Si certaines activités ne peuvent économiser du travail autant que d’autres, et s’il est nécessaire de rémunérer ce travail à peu près de la même manière quel que soit le secteur où il est mobilisé (les salariés veulent conserver leur position sociale,si A gagne comme B pour une heure de travail lorsque B connait une augmentation de 10% A réclame une augmentation équivalente) le coût de certaines activités augmentera plus vite que d’autres, ces activités absorbant alors une part croissante du revenu national. Les économistes appellent cela "la maladie des coûts".
La production de services publics non marchands connaissant de faibles gains de productivité celai peut expliquer le développement des dépenses publiques. Même à activité publique inchangée, son coût relatif augmenterait.
Le modèle de Baumol distingue deux grands types d’activité : celles où il est possible de réaliser en permanence d’importants gains de productivité, par exemple les industries automobiles ou chimiques ; et celles où il est pratiquement impossible d’économiser le travail utilisé au cours du temps. l’éducation par exemple.
Dans un livre publié en 2012 sous le titre "The Cost Disease : Why Computers Get Cheaper and Health Care Doesn’t " Baumol revient sur son modèle de 1967 et il nunace les conclusions précédentes. il estime désormais que le transfert de la main-d’œuvre vers le secteur stagnant ne mène pas forcément à un ralentissement des gains de productivité moyens dans l’économie. Il en est ainsi parce que si certaines activités comme la recherche connaissent effectivement des gains de productivité plus faible que ceux de l’industrie la production de la recherche contribue à l’amélioration de la productivité de l’industrie, la recherche est donc plus efficace que ce que montre la seule prise en compte de sa productivité directe.

Le rôle des innovations

Il est évident que la productivité globale des facteurs (ou productivité totale des facteurs) est modifiée par l’existence d’innovations de produits et/ou de procédés.
Le premier auteur à avoir donner une place importante aux innovations dans l’explication de l’évolution des économies [1] c’est Joseph Schumpeter
Selon Schumpeter le système capitaliste : « ...constitue, de par sa nature, un type ou une méthode de transformation économique, et non seulement il n’est jamais stationnaire mais il ne pourra jamais le devenir ». Le moteur du système, c’est l’innovation et le progrès technique à travers le phénomène de « destruction créatrice » : « le nouveau ne sort pas de l’ancien, mais à côté de l’ancien, lui fait concurrence jusqu’à le nuire ». C’est une manière de dire que les activités qui disparaissent ont une productivité inférieure à celles qui les remplacent. L’innovation est une source de gains de productivité.
L’innovation ne peut jouer son rôle que parce qu’il existe des hommes capables de les mettre en œuvre.
C’est grâce à un « entrepreneur innovateur  » que la dynamique économique se fait sentir à travers des progrès aussi bien quantitatifs (avec l’augmentation du niveau de production) que qualitatifs. L’entrepreneur est donc l’acteur fondamental de la croissance économique. Il aime le risque et est à la recherche du profit maximal. L’innovation lui permettra d’obtenir un monopole temporaire sur le marché. Il sera donc le seul pendant un certain temps à pouvoir produire cet objet qui lui rapportera des profits importants, aussi longtemps qu’il pourra protéger son innovation.
La croissance est un processus permanent de création, de destruction et de restructuration des activités économiques.

Dans les études conduites actuellement sur la relation innovations-productivité les économistes retiennent généralement 4 types d’innovations :
l’innovation en produit (nouveau produit ou amélioration significative de biens et services existants), l’innovation en procédé (changement dans les méthodes de production ou de distribution), l’innovation en organisation
(changement dans les stratégies managériales, l’organisation du travail ou les
relations extérieurs) et l’innovation en marketing (changement dans la conception
du produit, l’emballage, le placement ou la politique de prix).

Les résultats des études conduites sur des échantillons d’entreprises en France montrent que les innovations en procédés, organisationnelle et en marketing ont des effets significatifs positifs sur la productivité. Les changements des méthodes de production, de l’architecture organisationnelle ou encore de marketing (modifications significatives du design, de l’emballage ou des méthodes de ventes et de distribution) sont plus rentables que l’introduction de produits nouveaux ou significativement améliorés.
L’amélioration des conditions de travail et l’instauration de systèmes de gestion de connaissances appropriés favorisent le rendement des employés ce qui se répercute directement sur la productivité de l’ensemble de l’organisation.

[1Joseph Scumpeter, Théorie de l’évolution économique (Theorie der wirtschaftlichen Entwicklung), première édition, 1911 ; deuxième édition, 1926. Le livre est sous-titré Recherches sur le profit, le crédit, l’intérêt et le cycle de la conjoncture. Disponible en français aux éditions Dalloz 1999 et en ligne à cette adresse.


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