Qu’est-ce que la croissance économique ?

samedi 8 février 2014

Dans "Regards sur le monde actuel" publié en 1945, le poète et écrivain français Paul Valéry écrivait : le temps du monde fini commence. Cet avertissement n’avait à l’époque aucune ambigüité, il signifiait simplement qu’il n’y avait plus de territoires inconnus à découvrir sur la terre. Plus de "terra incognita", plus de taches blanches sur les cartes, plus d’espace à conquérir qui pourrait fournir ce que n’avons pas encore, autrement dit : plus d’ailleurs.
Si l’interprétation actuelle conserve ce sens premier elle s’est aussi considérablement enrichie dans deux directions en apparence opposées : la peur de l’épuisement des ressources et de la fin de la croissance, l’espérance liée aux progrès des techniques.

La croissance durable est-elle possible ?

Si le monde est fini alors l’exploitation des ressources qu’il contient doit être gérée autrement : il y a un patrimoine commun universel qu’il faut sauvegarder pour éviter d’entrer dans une période d’extinction massive ce qui est une illustration de la recherche d’un développement durable.

La grande peur de l’autodestruction nourrie tout un courant de la contestation du type de développement économique à l’œuvre aujourd’hui : une illustration dans le genre complainte larmoyante du dernier des humains...

Mais, si le temps des grandes découvertes concernant la planète semble approcher de sa fin, la fréquence des grandes découvertes scientifiques s’est accélérée : on peut prévoir approximativement la fin de l’ère du pétrole, mais on ne peut prévoir les découvertes scientifiques du futur et leurs conséquences, on ne peut même pas les imaginer [1]

L’aveuglement consisterait à reprendre sans précaution ce que le philosophe anglais Francis Bacon pouvait écrire au XVIIème siècle : « Le but de la Science, de la Connaissance, de la Technique, c’est de réaliser tout ce qui est possible », en oubliant l’avertissement lancé depuis par Albert Einstein le 6 août 1945 : « Il y a des choses qu’il vaudrait mieux ne pas faire ». [2]

La question du développement durable est désormais inscrite dans l’agenda des gouvernements parce que les mécanismes du marché mettent en route des incitations en direction des consommateurs et producteurs, conduisant à l’accélération de l’activité économique qui se traduit par des pressions sur l’environnement local et mondial (dégradation du système climatique, pertes de biodiversité, pénuries d’eau, surexploitation des ressources marines et plus généralement des ressources non renouvelables.
Dans tous ces domaines, les risques d’un possible franchissement de seuils critiques sont autant de menaces réelles sur la durabilité à long terme de la croissance économique.

Dans une synthèse publiée en 2001 l’OCDE souligne cette inquiétude :
« Si l’on considère les 20 prochaines années, la croissance du PIB mondial qui selon les projections devrait atteindre 75 % en volume (dont les deux tiers dans les pays membres de l’OCDE) et la progression de la population mondiale qui devrait se situer entre 1 et 2 milliards de personnes (principalement dans les pays en développement) font qu’il est encore plus urgent que les décideurs prennent au sérieux le défi du développement durable. »

Que cette question soit abordée par une organisation comme l’OCDE seulement au début du XXIe siècle peut surprendre car elle était posée depuis longtemps.
Avec un certain retentissement dès 1972 par les experts du club de Rome lorsqu’ils font l’inventaire des difficultés auxquelles devront faire face les sociétés. La composition du [Club de Rome] et le titre choisi pour le rapport Meadows [3] ont probablement réduit la diffusion du rapport dans les milieux scientifiques.
Lors de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement humain qui se tient la même année la question des conditions d’un modèle de développement compatible avec l’équité sociale et la protection de l’environnement est posée officiellement.
Il faudra 15 ans pour que ce premier essai soit transformé. En 1987, le rapport Brundtland propose la définition du développement durable :

[(« Le développement durable est un type de développement qui permet de satisfaire les besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations futures de satisfaire les leurs ».)]

Mais c’est seulement en 1992, au sommet de Rio, que la notion de développement durable et celle des trois piliers (économie/écologie/social) est officialisée clairement : le développement durable est un développement économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement soutenable.

La poursuite de cette voie impose de respecter deux conditions :
- l’élimination des externalités négatives responsables de l’épuisement des ressources naturelles et de la dégradation de l’environnement
- la maîtrise des biens publics indispensables à la poursuite à long terme du développement économique, comme ceux qui reposent sur le bon fonctionnement des écosystèmes, la salubrité de l’environnement et la cohésion de la société (protection sociale, éducation, santé...).

En 2009 j’ai trouvé sur un site de partage de vidéos la mise à jour de cette présentation qui nous interpelle en posant la question « le saviez vous ? » : aucun doute en 2014 tout cela est déjà largement dépassé.

D’autres questions doivent être aborder pour passer de la description à l’explication. Il faudra tenter de comprendre comment l’accumulation du capital, l’organisation du travail et le progrès technique permettent la croissance économique.
Il faudra ensuite expliquer pourquoi les sociétés démocratiques restent caractérisées par des inégalités importantes en dépit de l’affirmation d’une exigence de cohésion sociale.
De même, si les économistes s’accordent en général pour dire les formes actuelles de l’internationalisation des échanges et de de la production sont sources de croissance, ils savent aussi qu’elles posent de nombreux problèmes parce qu’elles affectent la cohésion sociale et font parfois obstacle au développement en même temps qu’elles modifient les cadres de l’action publique.

Comment mesurer la croissance économique ?

L’indicateur retenu pour mesurer la croissance économique c’est le taux de croissance du PIB (produit intérieur brut).

1. Qu’est-ce qu’un taux de croissance ?

C’est un taux de variation mais comme il est le plus souvent positif on parle de taux de croissance.
Un taux de variation c’est un rapport qui exprime la part en pourcentage représentant la variation d’une grandeur relativement à cette grandeur.

Si on écrit PIB2013 pour le PIB de 2013 et PIB2012 pour le PIB de 2012 alors

Taux de variation du PIB = (PIB2013 - PIB2012) / PIB2012

Voici les taux de croissance du PIB (mesurés aux prix de l’année précédente chaînés c’est-à-dire en volume) [4] de 1950 à 2012.

Source : INSEE Comptes de la Nation

Attention : la lecture d’un graphique de ce type doit être prudente : un taux de croissance plus faible, se traduit quand même par une augmentation du PIB (ce dernier augmente simplement moins vite que l’année précédente). Le PIB diminue seulement quand le taux de croissance devient négatif. Si cette situation (taux de croissance négatif) se produit pendant deux trimestres consécutifs au moins, on dit que l’économie est en récession.

2. Qu’est-ce que le PIB ?

C’est un indicateur synthétique de la richesse créée (produite) dans l’année par les producteurs qui résident sur le territoire national (les résidents).

Il reste à dire comment on mesure la création de richesse.

Il faut distinguer la valeur de la production et la valeur ajoutée par les producteurs qui est la véritable création de richesse.

En comptabilité nationale la production c’est :
- la création de produits destinés à être vendus sur un marché (production marchande)
- ou obtenus à partir de facteurs de production eux mêmes vendus sur un marché (production non-marchande).

Comme certains produits sont transformés et intégrés dans d’autres on ne retient pas la valeur produite que nous venons de définir la valeur ajoutée par les producteurs :

Valeur ajoutée = valeur de la production - valeur des dépenses de consommations intermédiaires

Et pour les services non-marchands :

Valeur ajoutée = coût total de la production - valeur des dépenses de consommations intermédiaires

La valeur ajoutée par tous les producteurs résidents, augmentée des impôts sur les produits et des droits de douane et diminuée des subventions est appelée produit intérieur brut, PIB.

3. La croissance économique n’est pas un stock c’est un flux

Les stocks sont le résultat d’une accumulation, par exemple le stock de capital fixe (les équipements) à un moment donné est le résultat des vagues successives (des flux) de FBCF (formation brute de capital fixe) et de la consommation annuelle de capital fixe (l’amortissement puisque les équipements s’usent et perdent de leur valeur).

Le PIB est un flux, la richesse correspondante est en presque totalité utilisée (détruite) dans l’année.

Sur le site dédié à l’exposition temporaire organisée du 26 mars 2013 au 5 janvier 2014 à la Cité des sciences à Paris et intitulée "L’ÉCONOMIE : KRACH, BOOM, MUE ?" vous pouvez lire cette vidéo animation qui présente de manière simple le PIB et la croissance



et encore celle-ci vraiment élémentaire

[1Les autorités londoniennes avaient calculé, dans la seconde partie du XIX° siècle, que si le développement des véhicules à cheval se poursuivait, la ville serait enfouie sous le crottin et qu’il fallait donc limiter la circulation.

[2Le 6 août 1945 la première bombe atomique est utilisée à Hiroshima. Selon les estimations, à la fin de l’année 1945 la bombe d’Hiroshima avait tué 140 000 personnes, et des dizaines de milliers de blessés devaient succomber au cours des années suivantes. La nouvelle est saluée par la presse comme une formidable avancée : "Une révolution scientifique" titre Le Monde du 8 août ; "Une révolution stratégique" annonce Le Parisien libéré du même j Il faut cependant considérer le contexte : la bombe atomique, c’est d’abord la fin de la guerre et la victoire sur les Japonais. L’horreur atomique n’apparaîtra pas immédiatement. En août 1945, on ne dispose que des informations américaines, on ignore encore l’effet des radiations et surtout on sort à peine de six années de guerre, de privations, d’atrocités et de bombardements parfois terriblement meurtriers : l’aviation britannique, en détruisant Dresde, avait fait environ 120 000 victimes en 3 nuits.

[3Le titre de la traduction française "Halte à la croissance" (éditions Fayard) ne correspond d’ailleurs pas au titre original : "The Limits to Growth".

[4Pour comprendre ce que sont des prix de l’année précédente chaînés voir cet article et pour la distinction entre valeur et volume voir celui-ci.


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