Rigidités nominales et rigidités réelles

samedi 4 janvier 2014

Quand peut-on parler de rigidités en économie ?

1) Les rigidités peuvent être nominales.

Les salaires nominaux sont rigides s’ils s’ajustent lentement aux variations du niveau général des prix. Les prix sont rigides s’ils s’ajustent lentement aux variations de la demande globale.
Ces rigidités ont des fondements microéconomiques.
a) Pour les salaires, il existe plusieurs explications
- Ils sont souvent fixés sur une période donnée et définie à moyen terme dans des négocaitions qui sont difficiles et qui comportent des risques pour l’employeur (uengrève par exemple). Ils sont donc rigides car ils ne sont pas modifiés immédiatement quand le niveau des prix varie.
- Les négocaitions se font généralement par entreprise ou par branche, jamais pour l’économie entière et à des dates échelonnées dans le temps, tous les salaires n’évoluent pas en même temps, ils sont endécalage par rapport à l’évolution des prix.
- Les salariés prennent en compte l’évolution des prix avec retard, ils sont victimes d’une certaien illusion monétaire parce qu’i faut du temps pour que les variations de prix soient "visibles".
Il y a donc un décalage entre les variations de prix et l’adaptation des salaires.
Au total le délai d’ajustement, même s’il n’est jamais très long dépasse un semestre en Europe et plus d’une année aux États-Unis.
lunettes de soleil Pour les prix les explications sont encore plus nombreuses.
- Les producteurs peuvent préférer réduire les délais de livraison ou fournir moins de services complémentaires plutôt que d’augmenter les prix (et inversement).
- Ils peuvent aussi faire varier leurs stocks.
- Les entreprises préfèrent généralement attendre que leurs concurrents prennent la décision de changer les prix avant de le faire. Cela entraîne un défaut de coordination qui décale la variation des prix des évolutions réelles du marché.
- Très souvent la formation des prix passe par l’application simple d’une marge aux coûts de production. Les prix ne changent que lorsque les coûts se modifient. Bien entendu, si le marché reste orienté durablement à la hausse ou la baisse du prix, l’ajustement interviendra, mais il le fait avec retard.
- Pour fidèliser leurs clients les entreprises peuvent choisir une stratégie de prix stabilisés sur des périodes assez longues. C’est une sorte de contrats implicites.
- L’engagement peut d’ailleurs être explicité dans un contrat pour une durée fixée à l’avance.
- Le changement des prix a un coût. Les coûts d’étiquetage et coûts de catalogues peuvent freiner l’ajustement des prix aux conditions du marché.
- En situation de concurrence imparfaite les taux de marge n’évoluent pas de la même manière en période d’expansion et de ralentissement. En période d’expansion les marges se réduisent ce qui freine l’augmentation des prix.
- Certains seuils de prix sont "symboliques" ce qui limite leur franchissement (99 euros par exemple).
Toutes ces explications permettent de comprendre pourquoi les ajustements de prix ne correspondent pas aux fondamentaux du marché en situation de concurrence imparfaite.

2) Les rigidités peuvent être réelles

Les rigidités réelles sont des ajustements lents des salaires nominaux à la productivité du travail et au niveau de chômage.
Elles peuvent découler de la forme des négociations salariales : contrats implicites (l’employeur garantit l’emploi et le salarié accepte un salaire fixé pour une période donnée), salaire d’efficience (les employeurs garantissent un salaire élevé en contrepartie des efforts du salarié quelque soit la conjoncture), pouvoir de négociation salariale des syndicats.
La courbe de Phillips qui décrit la liaison entre variation du salaire nominal et taux de chômage est un exemple de rigidité réelle puisqu’elle montre que la croissance du salaire nominal est d’autant plus rapide que le taux de chômage est plus faible. C’est la traduction de l’influence du taux de chôamge sur la négociation salariale.

Le keynésianisme : une histoire de rigidités et de concurrence imparfaite

Tous ceux qui acceptent l’existence d’un marché du travail peuvent opposer le schéma classique au schéma keynésien à partir du degré de flexibilité du salaire nominal ou du salaire réel.
- si le salaire nominal est parfaitement flexible, le marché du travail est toujours équilibré, il n’y a pas de chômage autre que celui qui traduit les caractéristiques structurelles de l’économie (cas n°1)
- si le salaire nominal est rigide, un chômage involontaire peut apparaître (cas n°2)
- si le salaire réel est rigide, un chômage involontaire peut apparaître. (cas n°3)

Le premier cas (n°1) est celui retenu dans la présentation classique traditionnelle : une hausse (baisse) des prix n’a pas d’influence sur le salaire réel (le salaire nominal s’ajuste) ni sur la production ou l’emploi.
Cette conception semble dénuée d’intérêt puisque la réalité montre que le chômage involontaire existe.
La réponse à cette objection est bien connue : ce sont les réglementations publiques et tous les obstacles au fonctionnement correct du marché du travail qui expliquent un taux de chômage supérieur au taux naturel de chômage.

Dans ce cas (n°2) une hausse (baisse) des prix ne s’accompagne pas d’un ajustement du salaire nominal donc le salaire réel diminue (augmente) aussi longtemps que le salaire nominal ne compense pas la hausse (baisse) des prix : le chômage diminue (augmente) provisoirement (relation inflation-chômage).
Cette liaison qui correspond, on l’a vu, à une courbe d’offre de court terme croissante, a été présentée comme “keynésienne”.
La Théorie générale expliquerait le chômage de deux manières :
- l’insuffisance de la demande
- la rigidité du salaire nominal
L’interdépendance entre les marchés, du travail et des biens permettrait d’accorder ces deux déterminations et c’est donc un rejet définitif de l’approche par le circuit.
L’opposition entre des classiques qui de manière walrasienne considèrent que les ajustement se font par les prix et des keynésiens qui considèrent qu’ils se font par les quantités n’est pas fondée.
Pour l’analyse des marchés l’équilibre peut être obtenu par ajustement des prix (Walras) ou des quantités (Alfred Marshall).
Pour l’analyse keynésienne l’équilibre concerne des flux monétaires c’est à dire simultanément des prix et des quantités.

**La théorie des équilibres avec rationnements

Si l’analyse “classique” de l’équilibre (Walras - Marshall) et l’analyse “keynésienne” de la demande effective prennent en compte l’interdépendance entre les offres et les demandes, elles s’opposent sur un point important.
L’interdépendance classique “vide” les marchés parce que le “commissaire-priseur” fait converger le prix et les quantités vers un équilibre particulier : celui qui permet à tous les offreurs et tous les vendeurs qui sont prêts à payer le prix d’être satisfaits.
À la fin des années 60, des économistes américains cherchant des fondements microéconomiques pour l’analyse keynésienne vont partir de cette oppositon.
À la suite des travaux de Robert Clower et Axel Leijonhufvud on appelle :
- offre et demande notionnelles les offres et les demandes exprimées, pour un niveau de prix donné, par des agents qui ne sont soumis à aucun rationnement
- offre et demande effectives celles qui seront réalisées compte tenu des rationnements.
Les rationnements correspondent au fait que lorsque les agents arrivent sur le marché ils prennent le prix et font les échanges sans que la présence d’un commissaire-priseur assure l’équilibre avant l’échange.
Les marchés sont des mécanismes de détermination des quantités échangées pour un prix donné.
Lorsque le prix p1 est inférieur au prix p* qui s’établirait si le marché fonctionnait avec ajustement des prix, la quantité échangée est la quantité offerte O1
Lorsque c’est le prix p2 supérieur au prix d’équilibre p*, alors la quantité échangée est D2.
Dans le premier cas la demande est contrainte, dans le second c’est l’offre.
Les échanges se font avec rationnement de l’offre ou de la demande.
Une partie seulement des courbes de demande et d’offre correspond à un échange possible.
Si les différents marchés (marché du travail et des biens par exemple) sont interdépendants, il y a des effets de report des déséquilibres d’un marché sur un autre.
Un excès d’offre sur les deux marchés, chômage, et production contrainte par la demande correspond à l’explication keynésienne.
Un excès d’offre sur le marché du travail et de demande sur le marché des biens correspond au cas classique d’un salaire réel trop élevé pénalisant l’offre de produits.

Chômage keynésien

Le marché des biens est commandé par la demande effective (prix fixes).
L’offre de travail est donnée.
Le salaire réel est fonction décroissante de la demande de travail.
Les entrepreneurs lancent la production DE et embauchent ND.
Ce niveau d’emploi correspond à un salaire plus élevé que celui qui conduirait à l’équilibre de plein emploi.
Le chômage (rationnement sur le marché du travail) s’explique par le niveau insuffisant de la demande effective (rationnement sur le marché des biens.

Chômage classique

Le marché du travail détermine la demande de travail.
Si le salaire réel est supérieur au salaire d’équilibre et qu’il ne s’ajuste pas (prix fixes), il y a du chômage.
La production offerte est insuffisante relativement à celle qui pourrait être absorbée par la demande si le salaire était au niveau d’équilibre.
Le coût excessif du travail explique le chômage (rationnement) et l’insuffisance de l’offre de produits (rationnement).

Les deux exemples montrent que le diagnostic est essentiel pour traiter le problème du chômage. Une erreur d’appréciation conduirait à aggraver les déséquilibres.
Edmond Malinvaud décrit l’ensemble des configurations possibles à partir de deux variables centrales.
Le niveau de la demande autonome, c’est à dire la demande qui ne dépend pas directement de la production, ou encore celle sur laquelle on peut agir de l’extérieur, et le niveau du salaire réel.
Il existe en effet un niveau de salaire réel w/p* et un niveau de la demande autonome A* conduisant à l’équilibre sur les deux marchés.
Si la demande autonome est insuffisante (A < A*), le chômage est keynésien.
Si le salaire réel est supérieur au salaire d’équilibre (w/p > w/p*) le chômage est classique.
Si le salaire réel est inférieur au salaire d’équilibre et si la demande autonome est supérieure à la demande d’équilibre, les tensions inflationnistes vont se manifester.

En chômage keynésien (I) il faut stimuler l’activité en élevant la demande autonome. La demande de travail suivra et le salaire va augmenter.
En inflation contenue (II), il faut refroidir l’activité en réduisant la demande autonome. La stabilisation de la conjoncture s’accompagnera d’une augmentation du salaire réel (sous l’effet de la baisse des prix).
En chômage classique (III) il faut réduire le coût du travail, la demande autonome va se réduire pour laisser la place à une demande provoquée par la distribution de revenus liée à la croissance de la production autorisée par le rétablissement de la rentabilité.
En chômage mixte, avec chômage keynésien dominant (IVK) il faut surtout agir par la hausse de la demande autonome, mais avec une réduction du coût du travail.
En chômage mixte avec chômage classique dominant il faut réduire le coût du travail bien entendu mais avec une politique d’accompagnement pour stimuler l’activité.

La caractéristique du chômage keynésien

Une autre représentation [1] fait intervenir les prix des deux marchés : le salaire nominal (w) et le niveau des prix (p).

Si les prix s’ajustaient pour compenser les écarts entre offre et demande sur les deux marchés
(O > D → baisse du prix et D > O → hausse du prix),
le cheminement vers l’équilibre interviendrait naturellement.

Dans la réalité les prix et le salaire nominal sont rigides à la baisse (l’excès d’offre ne s’accompagne pas d’une baisse du prix).

Le schéma d’ajustement est incomplet et on constate que la situation la plus stable est celle du chômage keynésien. Le chômage keynésien ne se résorbe pas spontanément simplement sous l’effet du jeu du marché.
Il faut une intervention publique pour conduire le relèvement de la demande effective.

**La concurrence imparfaite

Le troisième cas (n°3) correspond aux nombreuses situations faisant du salaire réel une convention et non pas un prix de marché. Il faut alors accepter que les salariés et/ou les employeurs ont un moyen d’agir sur le salaire réel (concurrence imparfaite).
La négociation salariale porte sur le salaire réel dès que les salariés ne sont plus soumis à l’illusion monétaire : le salaire réel négocié dépend des forces en présence et de leur appréciation mais aussi des stratégies des salariés et des employeurs
niveau de protection sociale
niveau du chômage
relation entre les destructions et les créations d’emploi (courbe de Beveridge)
les employeurs peuvent accepter de fixer le salaire réel au dessus de la productivité du travail pour augmenter celle-ci (théorie du salaire d’efficience)
le poids et l’efficacité des organisations syndicales
la nature des relations entre insiders et outsiders….

Micro-macroéconomie …encore les rigidités nominales

Les rigidités nominales renvoient aux préférences théoriques de chaque école :
- la viscosité des salaires nominaux pour Keynes et les keynésiens (les salaires nominaux sont ajustés aux mouvements de prix avec retard) en raison du caractère conventionnel de la formation des salaires. À long terme l’écart est corrigé parce que la réduction de la production qui suit par exemple la baisse du niveau des prix a entraîné du chômage ce qui conduit les salariés à réviser les conventions…
- la viscosité des prix pour les néo-keynésiens : les salaires ne sont pas les seuls prix qui souffrent de retard d’ajustement, tous les prix ne changent pas en même temps (théorie des “coûts d’affichage” - menu cost - pour désigner le fait qu’un changement de prix comporte un coût…). Une baisse du niveau général des prix peut alors être prise en compte avec retard par un producteur, ses prix seront provisoirement maintenus, ce qui entraînera une réduction de la demande qui lui est adressée et une baisse de sa production…À long terme cet effet disparaît.
- les erreurs d’ajustement temporaires liées à la confusion entre évolution du niveau général des prix et évolution des prix relatifs pour les néoclassiques comme Friedman ou Lucas : le vendeur (l’entrepreneur mais aussi le salarié) prend la baisse des prix pour une baisse de son prix, il réduit son offre (la production diminue) avant de s’apercevoir de son erreur. À long terme cette confusion n’a pas de sens.

Micro-macroéconomie …et rigidités réelles

Les rigidités réelles sont au cœur des “nouvelles théories du marché du travail” (présentées en détail dans des articles dédiés sur ce site) : la théorie du salaire d’efficience, la théorie des contrats implicites, la théorie “insiders-outsiders”, la théorie du “chômage d’hystérèse”…Elles sont aussi à l’origine d’une autre présentation de la notion de chômage naturel : le chômage d’équilibre dans l’analyse WS-PS (wage setting / price setting).

**Chômage d’équilibre l’interprétation "classique"

Deux équations décrivent la formation du salaire et la formation du niveau des prix comme des fonctions du taux de chômage. Ces équations peuvent être obtenues à partir “d’observations macroéconomiques de bon sens” ou de la description des comportements d’agents en concurrence imparfaite :
L’équation de salaire exprime les rigidités réelles, le niveau du salaire réel est plus élevé quand le taux de chômage est faible
L’équation de prix prend deux formes
- les prix obéissent à un comportement de marge simple,
- il y a une influence du taux de chômage (celui-ci traduit l’inefficacité de la production donc des prix plus élevés)
Il existe un taux de chômage (un seul) compatible avec les caractéristiques de l’économie commandant la formation des salaires et des prix.
C’est ce niveau de chômage qui est appelé niveau de chômage d’équilibre.
Il est d’autant plus élevé que : le salaire de réservation, les prélèvements publics sur les salaires et sur les entreprises, les marges de profits, les facteurs de hausse des prix et des salaires sont plus élevés.
Il diminue si la productivité s’élève.
On reconnaît les explications libérales habituelles.
Tous ces éléments sont structurels mais les études économétriques montrent que l’explication principale du niveau de chômage (dans ce cadre d’analyse) est l’écart entre le salaire de réservation (prétentions des salariés) et la productivité du travail.
Pour que le taux de chômage d’équilibre s’élève il suffit alors que les salariés ne réduisent pas leurs prétentions salariales lorsque la productivité du travail n’augmente plus ou augmente moins vite.
On peut le dire autrement : le taux de chômage d’équilibre s’élève quand le partage des gains de productivité réduit le taux de marge.

**Chômage d’équilibre l’interprétation "keynésienne"

Le taux de chômage d’équilibre peut être déduit de la courbe de Phillips.
Si la liaison entre le taux de chômage et le taux de croissance des salaires nominaux est acceptée, une augmentation du chômage s’accompagne d’un ralentissement de la croissance des salaires nominaux.
Si la croissance de la productivité du travail est exogène, le coût salarial unitaire va baisser plus ou moins cela dépend de la plus ou moins grande flexibilité du salaire, à la hausse et à la baisse.
Les prix vont s’ajuster à cette baisse du coût salarial unitaire et l’inflation sera plus ou moins réduite en fonction de la vitesse plus ou moins grande d’ajustement des prix aux coûts. Pendant cette période d’ajustement la part des profits dans la valeur ajoutée augmente (le taux de marge augmente) puisque les coûts baissent avant les prix.
Le mécanisme d’indexation accélère la désinflation puisque la réduction de l’inflation est répercutée dans les salaires nominaux, il faut donc prendre en compte l’ajustement plus ou moins complet et plus ou moins rapide des salaires nominaux aux prix.
Ces enchaînements se manifestent tant que la croissance du salaire réel reste inférieure à celle de la productivité (tant que le coût effectif du travail diminue).

**Le NAIRU : taux de chômage d’équilibre “choisi”

Les salaires nominaux sont indexés avec retard sur les prix (coefficient d’indexation " γ " compris entre 0 et 1) et ils sont soumis à l’influence du chômage : la courbe de Phillips s’écrit (en taux de variation) :
w = γ p(t-1) - λU + b (1)
Les prix sont fixés par un comportement de marge en fonction des variations du coût du travail (w) (le coût du capital est constant), et variations aléatoires liés à des chocs imprévus (z).
Le coût du travail évolue en fonction des variations du salaire nominal et de celle de la productivité du travail (π).
L’inflation a donc quatre composantes :

Ce taux de chômage, qui n’accélère pas l’inflation, (NAIRU “non accelerating inflation rate of unemployment”), est le taux de chômage d’équilibre de long terme. Pour une cible d’inflation donnée le NAIRU ne dépend que de la croissance de la productivité et des rigidités réelles.
Un ralentissement de la croissance de la productivité se traduit par une augmentation du NAIRU.
Si on refuse l’augmentation du chômage, il faut accepter l’accélération de l’inflation parce que la croissance du salaire réel est supérieure à celle de la productivité (B).
À moins que les rigidités réelles soient réduites.

Application à la désinflation compétitive

Sans chercher à reconstruire toute l’analyse en économie ouverte ce qui précède permet d’interpréter la politique de désinflation compétitive.
Le taux de chômage d’équilibre est d’autant plus bas que la norme d’inflation acceptée est plus élevée.
Dans les économies ouvertes,
- l’inflation est soumise à des facteurs extérieurs (taux de change, variation des prix des autres pays modifiant les prix des importations donc les coûts de production internes),
- l’inflation interne ne doit pas mettre en danger la compétitivité.
Un taux de chômage effectif plus élevé que le taux de chômage d’équilibre entraîne une évolution des salaires réels favorable en terme de compétitivité (ils augmentent moins vite que la productivité et les entreprises peuvent réduire leurs prix).
À l’inverse un taux de chômage inférieur au chômage d’équilibre provoque une détérioration de la compétitivité.
Par ailleurs, une amélioration de la compétitivité augmente la demande intérieure et stimule les exportations, ce qui doit améliorer la demande de travail et réduire le chômage et inversement.
Le chômage et la compétitivité entretiennent des relations réciproques.
A gauche de UU’ la compétitivité se dégrade parce que le chômage effectif est inférieur au chômage d’équilibre. A droite de UU’ c’est l’inverse.
Au dessus de DD’, la forte compétitivité stimule la croissance économique ce qui doit réduire le chômage. Au dessous de DD’, la compétitivité étant faible, le chômage s’accroît parce que la demande de produits est insuffisante.
Il existe une position d’équilibre sur ce diagramme : (E) celle pour laquelle le taux de chômage d’équilibre, une fois atteint, la compétitivité ne se dégrade plus.
Pour aller vers cette position, il faut tenir compte de la position de départ.
Une économie caractérisée par une compétitivité dégradée, parce que le partage profit salaire est trop favorable aux salariés, devra supporter une forte augmentation du chômage effectif pour redevenir compétitive, ce qui à terme réduira le chômage.
Sur le graphique cela correspond au passage de 1 à 2 puis à 3.

Réelles ou/et nominales

**Retour (à nouveau) aux rigidités nominales

C’est l’écart entre le taux de chômage effectif et le taux de chômage d’équilibre qui explique la dynamique des salaires et des prix.
Les rigidités nominales se manifestent dans les deux sens puisque la formation des salaires subit l’influence de l’inflation actuelle et passée, et parce que la formation des prix intègre l’effet des hausses des salaires nominaux présente et passée.
Avec la définition précédente du taux de chômage d’équilibre l’accélération ou le ralentissement de l’inflation ne dépendent que de l’écart entre taux de chômage effectif et taux de chômage d’équilibre.
Donc si le taux de chômage effectif est durablement supérieur au taux de chômage d’équilibre, le taux d’inflation est réduit durablement.
La réduction durable de l’inflation passe ainsi par un chômage effectif élevé.
Le concept correspondant à cette analyse est le “ratio de sacrifice” c’est à dire le coût en chômage d’une réduction durable d’un point du taux d’inflation.
Ce ratio est d’autant plus élevé que les rigidités nominales sont fortes pour les salaires et pour les prix.

Les rigidités nominales expliquent que le retour au taux de chômage effectif après un choc de demande (choc nominal) se fait plus ou moins vite.

**Retour (à nouveau) aux rigidités réelles

Les rigidités réelles traduisent l’influence des événements affectant les conditions de production des entreprises, sur la formation des salaires et des prix.
La vitesse d’adaptation aux conséquences des chocs réels est plus ou moins grande.
Ce sont des délais de réaction des grandeurs réelles (taux de chômage, salaire réel).
A l’occasion d’un ralentissement de la croissance de la productivité du travail, par exemple, ou sous l’effet d’un choc pétrolier, la croissance du salaire réel doit s’ajuster pour éviter une dérive inflationniste.
La rigidité réelle de l’économie est résumée dans la liaison de Phillips, c’est la sensibilité de la croissance des salaires à l’augmentation ou à la réduction du chômage (soit, avec la forme retenue ici, “ γ” le coefficient de la relation de Phillips).
Les rigidités réelles influencent donc le niveau du chômage d’équilibre.

[1Pierre Alain Muet, , Théories et modèles de la macroéconomie, Economica, 1990


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