Salaire et productivité du travail

vendredi 7 février 2014

La liaison entre évolution des salaires et évolution de la productivité du travail est intuitive : si le salaire "rémunère" la contribution du travail, une plus grande efficacité doit entraîner un salaire plus élevé.
L’analyse micro-économique de la production valide cette intuition.

Salaire et productivité du travail que dit la théorie

L’employeur qui veut maximiser son profit doit choisir le niveau de production correspondant en tenant compte du prix du produit et des coûts du capital et du travail. En situation de concurrence pure et parfaite il ne peut agir sur le prix du produit et pas davantage sur ceux du travail et du capital. Ces trois prix sont des données résultant des échanges sur les marchés du produit, du travail et du capital.
Dans ces conditions il utilisera du travail supplémentaire tant que ce supplément de travail lui rapporte moins qu’il ne lui coûte. Une unité de travail utilisée en plus augmente la valeur produite plus ou moins en fonction de la productivité de cette unité de travail. Ainsi tant que la productivité en valeur d’une unité supplémentaire de travail a une valeur supérieur au salaire nominal unitaire il est souhaitable de l’utiliser. mais dès qu’elle devient inférieur il faut arrêter d’utiliser plus de travail.
Cela revient à dire que l’employeur utilise du travail jusqu’à ce que la productivité de ce travail soit égal au salaire réel.

Démonstration

En notant Y la quantité produite, p le prix unitaire des produits vendus, N et K respectivement les quantités de travail et de capital, w le salaire nominal (par unité de travail), r la rémunération nominale du capital (par unité de capital), alors :
- la production s’écrit Y = f (N, K) ce qui signifie simplement que la quantité produite est fonction des quantités de travail et de capital utilisées
- le profit s’écrit ∏ = p.Y - (w.N + r.K)
Le profit est maximum quand les dérivées premières de cette fonction par rapport aux variables (N et K car w, r et p sont donnés en concurrence parfaite) sont nulles et quand les dérivées secondes sont négatives (pour que ce soit un maximum) [1].

Soit ici
p. ∂Y/∂N - w = 0 et p.∂Y/∂K - r = 0
Soit
∂Y/∂N = w/p et ∂Y/∂K = r/p
w/p est le salaire réel unitaire (quantité de produit valant p qu’on peut acheter avec une unité de salaire et r/p est le prix réel du capital.
donc le profit est maximum pour la quantité de travail qui égalise la productivité marginale du travail et le prix réel de ce travail, et pour la quantité de capital qui égalise la productivité marginale du capital et le prix de réel du capital.

Pour le sujet traité dans cet article on vérifie que pour que le profit soit maximum il faut que le salaire unitaire soit égal à la productivité marginale du travail.

Dans la réalité la productivité marginale n’est pas mesurable au niveau de l’ensemble des entreprises et les conditions de concurrence pure et parfaite ne sont pas remplies, ni sur le marché du travail ni sur celui des produits. Cela ne conduit pas pour autant à rejeter l’idée que le lien entre salaire réel et productivité doit se vérifier.

Cette liaison est d’ailleurs essentielle quand on veut comparer les coûts du travail entre des pays différents. Le "prix" du travail (le salaire nominal) doit être corrigé par les productivités (une heure de travail peut correspondre à des valeurs produites différentes) et par les prix des produits (le pouvoir d’achat d’un euro n’est pas le même partout).
Pour un pays donné, si la productivité évolue comme le salaire réel conformément à ce qu’annonce la théorie, le coût salarial unitaire réel doit rester stable au fil du temps.
Cette stabilité se vérifie à peu près pour la France (une légère augmentation) comme le montre le graphique ci-dessous pour la période 1999-2013. En revanche pour l’Allemagne on voit clairement que la baisse du coût salarial unitaire réel s’explique par le retard pris par l’évolution des salaires relativement à celle de la productivité.

Source : Les coûts salariaux au sein de la zone euro, Question d’Europe n°289, 23-09-2013, Fondation Robert Schuman.

Salaire et productivité du travail que disent les faits

Dans une note du Conseil d’Analyse Économique en avril 2013, Philippe Askenazy, Antoine Boziob et Cecilia García-Peñalosac, s’interrogent sur la "Dynamique des salaires par temps de crise". Il s’agit de comprendre comment le salaire super brut peut augmenter en France un peu plus vite que la productivité dans une période de crise.

L’examen détaillé des comportements des entreprises (les employeurs) pendant la période 2008-2011 permet de mieux comprendre certaines rigidités salariales.
Depuis 2008, le salaire réel net moyen en France continue de croître à un rythme annuel de 0,8 % dans le secteur privé. Un quart de cette évolution est dû à un effet de composition, les réductions d’emploi ayant touché en priorité les salariés à faible rémunération. Les trois quarts restants s’expliquent par l’augmentation des rémunérations des salariés demeurant en emploi.
De nombreuses enquêtes menées auprès de dirigeants d’entreprises en France comme à l’étranger montrent que les entreprises sont réticentes à infléchir leurs pratiques salariales. Pour préserver la motivation des travailleurs et le climat social, deux déterminants essentiels de la productivité, les entreprises préfèrent réduire l’emploi que les salaires.

Stratégies de réduction des coûts des entreprises, 2009 en % des entreprises interrogées

Source : Banque centrale européenne (2009) : Wage Dynamics in Europe, Final Report of the Wage Dynamics Network

En second lieu, les institutions du marché du travail français, en particulier les modalités de définition des minima salariaux et de financement de la protection
sociale, jouent aussi un rôle dans cette dynamique salariale.
Outre le SMIC, les accords de branches, qui couvrent près de 90 % des salariés du privé, définissent pour la plupart des minima de salaires dont la revalorisation induit de forts effets d’entraînement. Par ailleurs, le financement de la protection sociale repose essentiellement sur des cotisations assises sur les salaires, ce qui implique un écart important entre salaire net et coût du travail.

[1Dans les hypothèses habituelles utilisées pour décrire les fonctions de production les conditions de second ordre sont satisfaites - les productivité marginales du capital et du travail sont décroissantes donc leurs dérivées sont négatives.


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