Systèmes monétaires et régimes de change

mercredi 15 janvier 2014

Les devises sont les instruments de paiement libellés en monnaie étrangère.
Cette appellation concerne toutes les créances détenues sur l’étranger libellées en monnaies étrangères et payables à l’étranger, qu’elles soient représentées par des avoirs (en monnaies étrangères) auprès de banques étrangères, des traites ou des chèques (toujours libellés en monnaies étrangères et payables à l’étranger).
Il faut réserver ainsi le mot “devise” à la désignation de la monnaie étrangère.

Les opérations de change sont nécessaires au bon déroulement de la plupart des transactions économiques qui s’effectuent entre les pays. Les transactions internationales enregistrées en balance des paiements ne conduisent pas toujours à des opérations de change. C’est le cas, par exemple, d’un commerce de troc ou des dons en nature accordés au reste du monde ou reçus de lui. Cependant, pour l’essentiel, le règlement des opérations économiques internationales suppose le recours à des transactions en devises, ce qui pose notamment le problème de leur convertibilité.
La définition d’un système monétaire international contient nécessairement deux références : un régime de change et un instrument de paiement pour les relations entre résidents et non-résidents.

Les régimes de change.

Les opérations de change donnent lieu à une confrontation entre des agents souhaitant passer d’une monnaie à une autre. Ces opérations peuvent donc s’analyser comme des achats ou des ventes de monnaie nationale contre devises. Ainsi, il y a un marché des changes, ou plutôt des marchés des changes, sur lesquels les variations des offres et des demandes de monnaie et devises permettent de déterminer le prix d’une monnaie dans une autre c’est-à-dire le taux de change de cette monnaie relativement à l’autre puisqu’un taux de change exprime le nombre d’unités monétaires d’une économie nationale obtenues contre une unité monétaire d’une économie étrangère : 1 euro = 1,58 dollars par exemple.

Sur les marchés des changes, le cours des monnaies varie quotidiennement. _ L’attitude des autorités monétaires du pays considéré relativement à cette possibilité de variation prend deux formes principales : l’indifférence, le contrôle et l’intervention.
- Lorsque les Banques centrales des deux pays surveillent et garantissent un certain taux de change, c’est parce que les deux États ont décidé d’être dans un régime de change fixe.
- Dans le cas ou cette garantie n’est pas assurée (indifférence), les deux pays sont dans un régime de change flexible (on disait dans les années 1970 "régime de change flottant").
Depuis les accords de la Jamaïque (1976) le régime de change normal est celui du change flexible, mais les États participant à une entente régionale peuvent adopter un régime de change fixe, et en pratique l’intervention et le contrôle du taux de change assurant une certaine stabilité est demeuré le régime de change dominant dans la majorité des États.

Dans un régime de change fixe, les Banques centrales interviennent pour corriger le niveau du taux de change lorsque le taux du marché des changes s’écarte de la valeur officielle fixée entre les les deux monnaies (la détermination d’un taux de change officiel est une décision politique). Pour des raisons évidentes de souplesse et de commodité une marge de tolérance est prévue (dans le Système monétaire européen - SME- la marge de variation tolérée retenue en 1979 était de ± 2,25%.
Si le taux du marché s’établit hors de cette marge, les Banques centrales des deux États interviennent pour ramener le taux du marché dans la marge acceptée autour du taux officiel. L’intervention prend la forme d’une vente de la monnaie qui s’est appréciée contre la monnaie qui s’est dépréciée. Cette intervention ne peut pas être permanente parce qu’elle conduirait à l’épuisement des réserves du pays dont la monnaie se déprécie. Lorsque l’écart est durable il faut modifier le taux de change officiel, c’est à dire procéder à une dévaluation (réévaluation pour l’autre monnaie).
La volonté de conserver la stabilité du taux de change conduit à adopter une politique économique évitant la dépréciation ou l’appréciation. Le régime de taux de change fixe implique donc une “contrainte de politique économique”.
En même temps il apparaît clairement qu’en régime de change flexible, il ne peut pas y avoir de dévaluation (réévaluation) mais simplement une dépréciation (appréciation).
Dans un régime de change flexible la contrainte de change disparaît ce qui constitue à l’évidence un avantage certain.
En contrepartie, la flexibilité introduit une incertitude dans les relations économiques intégrant le futur. Les agents ignorent quel sera le taux de change qui s’appliquera lors du dénouement de leurs engagements. Cette incertitude a un coût puisque pour se prémunir contre le risque de change, les agents doivent procéder à des ventes ou des achats à terme de devises à un prix fixé à l’avance. Cette assurance, qui consiste à reporter le risque sur celui qui s’engage à terme, a, comme toutes les assurances un coût qui créé une distorsion dans le système de prix.

Depuis les accords de la Jamaïque (1976) le régime de change normal est celui du change flexible, mais les États européens participant au Système Monétaire Européen, ont depuis 1979 choisis le régime de change fixe.

Pour un exposé des raisons qui poussent un nombre croissant de pays à passer des changes fixes au changes flexibles, lire sur le site Melchior cet article de Matthieu Mucherie.

Le choix d’un instrument de réserve.

De nombreuses réponses sont possibles et la plupart ont d’ailleurs été utilisées.

- Une monnaie marchandise comme dans le cas du système de l’étalon-or

Celui-ci a théoriquement fonctionné de 1879 (abandon du bi-métallisme or et argent) à 1914 (abandon de la convertibilité en or de nombreuses monnaies à cause de la guerre). Les monnaies sont convertibles en or à un prix (taux) fixé officiellement donc les taux de change sont fixes (si une once d’or vaut "x" francs français et "y" dollars US alors un dollar vaut "x/y" francs français).
Les règlements entre résidents et non-résidents se font théoriquement en or (our économiser les frais entraînés par les conversions et les assurances liés aux transferts il était plus commode d’utiliser une monnaie bénéficiant d’une confiance totale : la livre sterling).
Avec un tel système il ne peut pas y avoir durablement d’excédent ou de déficit commercial : c’est le mécanisme de l’ajustement automatique.
Un déficit commercial entraîne des sorties d’or ce qui réduit le stock d’or donc la quantité de monnaie (elle est déterminée par le stock d’or puisque la monnaie est convertible). Cette réduction de la masse monétaire entraîne une baisse des prix donc un supplément de compétitivité ce qui réduit le déficit commercial. Ce rééquilibrage est renforcé par le fait que la réduction du stock d’or et de la masse monétaire entraîne une augmentation du taux d’intérêt (il y a moins de monnaie donc elle est "plus chère"). Un taux d’intérêt plus élevé entraîne des entrées de capitaux étrangers et la balance des capitaux s’améliore...
Avec le système étalon-or, la politique monétaire est donc fortement contrainte par l’évolution du stock d’or mondial, qui détermine naturellement la croissance de la masse monétaire. L’avantage d’une telle contrainte réside dans l’absence d’inflation.
Par contre, elle a pour inconvénient majeur de dissocier largement la croissance de l’offre de monnaie de l’activité économique réelle. Comme les prix (prix des biens et services, salaires) évoluent lentement, les modifications de conjoncture passent par des ajustements sur les quantités (fort chômage en période de dépression et capacités de production insuffisantes en période de croissance). Il en résultait une croissance économique un peu plus faible et mais surtout beaucoup plus variable lorsqu’on la compare à d’autres périodes.

- Une ou deux monnaies nationales convertibles ou non en en or

C’est le système du Gold Exchange Standard (GES) proposé en 1922 à l’occasion des accords de Gènes (il ne fonctionna jamais réellement) et servant de base aux accords de Bretton Woods en 1944. Ce choix est forcément associé à un régime de change fixe pour garantir la stabilité de la valeur des monnaies relativement à la monnaie de réserve (dollar ou livre sterling). La monnaie qui a le statut d’instrument de réserve joue le rôle de liquidité internationale et à ce titre elle doit circuler en quantité suffisante pour alimenter la croissance du commerce mondial. Il faut donc que le pays qui émet cette monnaie connaisse un déficit de sa balance des paiements courants (il doit importer plus qu’il importe ou/et investir à l’étranger). En même temps ce système accorde un privilège aux États dont la monnaie fait fonction d’instrument de paiement et de réserve puisque cette monnaie est toujours acceptée comme moyen de paiement sans que son abondance ne mette en cause sa valeur.
Ces deux aspects inséparables seront à l’origine de la crise du système monétaire international à partir de la fin des années 1960.

- Toutes les monnaies

On laisse alors la liberté aux banques centrales de choisir l’instrument de réserve qui convient le mieux aux opérations qu’elles réalisent.
C’est ce principe qui est retenu dans les accords de La Jamaïque (1976) puisque ces accords ne précisent pas quel put être l’instrument de réserve indiquant simplement qu’il ne peut s’agir de l’or (les accords procèdent à une démonétisation définitive de l’or, puisque toute référence à l’or est interdite).
Ce système revient en fait à faire émerger un petit nombre de "grandes monnaies" qui deviennent de fait des monnaies de réserve. Aujourd’hui, le dollar et l’euro.

- Une monnaie supra-nationale

Celle-ci joue le rôle de la monnaie centrale permettant les compensations dans les relations entre monnaies nationales de la même manière que dans un système monétaire avec monnaie de banque (monnaie scripturale). Il faut alors un organisme chargé de la compensation, sorte de banque mondiale. C’est cette idée qui inspire le plan Keynes en 1944.
Elle sera reprise dans le Système monétaire européen sous une forme atténuée avec la création de l’ECU (european currency unit).

La combinaison d’un régime de change et d’un instrument de réserve donne un système monétaire international.


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