Taux d’intérêt négatifs : comment est-ce possible ?

vendredi 31 janvier 2014

Un taux d’intérêt négatif inverse le sens de la rémunération entre le prêteur et l’emprunteur. Quand le taux est positif, ce qui est la situation normale, le prêteur reçoit un revenu (l’intérêt) en paiement du service rendu à l’emprunteur. Quand le taux est négatif, c’est l’inverse et il est assez difficile de comprendre comment un prêteur peut accepter de verser un revenu à l’emprunteur.
Pourtant, les taux d’intérêt négatifs existent dans trois cas de figure :
- un taux d’intérêt réel peut être négatif
- un taux nominal pour des titres de dettes (obligations) peut être négatif
- le taux des dépôts à la Banque centrale peut-être négatif.

Taux d’intérêt réel négatif

Il suffit pour cela que sur la période observée le taux d’intérêt nominal (celui qui figure dans le contrat de prêt) soit inférieur au taux d’inflation.
Si vous prêtez à 2% et que les prix augmentent en moyenne de 3% dans l’année, vous percevez un intérêt qui ne compense pas la perte de pouvoir d’achat que vous subissez.
Exemple :
Vous disposez de 1000 euros et vous renoncer à acheter un produit qui vaut 1000 euros, parce que vous préférez prêter cette somme à 2% pensant que vous aurez à la fin de l’année 1020 euros. Ce sera le cas effectivement (sauf si l’emprunteur est défaillant) mais avec 1020 euros vous ne pourrez plus acheter le produit dont le prix a augmenté de 3% passant à 1030 euros. En fait vous avez perdu 10 euros et l’emprunteur a gagné ces 10 euros. Bénéficiant des 1000 euros il peut acheter tout de suite le produit qui vaut 1000 euros en début de période, il vous rembourse 1020 en fin de période mais s’il devait acheter le produit à cette date il devrait le payer 1030. Il a donc gagné 10 euros, différence entre ce qu’il a "économisé" en achetant tout de suite grâce au crédit (30 euros) et l’intérêt qu’il verse, 20 euros.
Tous les emprunteurs et tous les prêteurs savent que ce qui est important ce n’est pas le taux nominal mais le taux réel.

Taux réel = taux nominal - taux d’inflation

Taux nominaux négatifs pour les créances

Des exemples récents pour l’émission d’emprunts par les États (France ou Allemagne) montrent que cette situation se produit régulièrement depuis la mi-2012 pour les emprunts à court terme.
Voici par exemple l’adjudication pour la première semaine de mai 2013 pour les bons du Trésor (en millions d’euros).

Source : cette page de l’agence France Trésor

Près de 4 milliards d’euros ont été ainsi prêtés au Trésor public contre des bons à trois mois au taux nominal de - 0,004% [1].

Comment peut-on expliquer cela ?

Sur le marché de la dette souveraine les acteurs principaux sont les banques ordinaires et les banques centrales (des autres pays). Les banques ordinaires sont tenues de détenir une proportion importante de leurs capitaux dans des actifs sans risque (ayant une note suffisamment élevée) et pour satisfaire cette obligation, renforcée par les normes de Bâle III et par la création de l’Union bancaire européenne, elles achètent de la dette publique en grande quantité. Pour les banques centrales qui achètent de la dette française, il s’agit de placer des euros détenus pour diversifier leurs avoirs et ces placements doivent être eux aussi sans risque. Les sommes en jeux sont gigantesques et elles se concentrent sur un petit nombre de marchés, ceux qui sont assez liquides et qui présentent toute la gamme de dette possible. C’est le cas pour les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France.
L’offre de prêt est abondante et la demande l’est beaucoup moins, alors, comme dans une vente aux enchères, quand tout le monde veut prêter de l’argent à la France, cela améliore les conditions d’emprunts, et fait baisser les taux d’intérêt.

Taux de la BCE négatifs

Le taux des facilités de dépôt (le taux plancher de la BCE) est celui qui rémunère les dépôts faits par les banques à la BCE. Ce taux est actuellement (janvier 2014) à 0%.
Peut-il être négatif ?
Sachant que l’inflation, même faible est positive en 2013 et le restera probablement en 2014, le taux réel est déjà négatif. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit !
La question de la réduction du taux nominal des facilités de dépôt a été posée à plusieurs reprises ces derniers mois, particulièrement en novembre 2013 et il existe des précédents comme la banque centrale de la Suède (entre juillet 2009 et septembre 2010) et de la Banque centrale du Danemark (depuis juillet 2012).
Cette mesure serait une réponse à l’accumulation des réserves des banques déposées à la BCE. Ce choix des banques, placer à la BCE sans rendement, plutôt que d’accorder des crédits à l’économie est un frein pour l’investissement et la croissance. Un taux négatif représenterait l’équivalent d’une taxe et ferait peut-être bouger les lignes. Il n’est pas certains cependant que les banques se tourneraient vers l’économie réelle. Le manque de projets d’investissements fiables peut pousser les banques à alimenter des bulles financières ou immobilières ou bien à prêter aux clients à risque. Par ailleurs, les taux négatifs diminuent les profits des banques qui pourront être tentées de récupérer le manque à gagner sur les taux qu’elles appliquent aux prêts aux ménages et entreprises.

Taux de la BCE et EONIA

[1Un rapide calcul montre que 10 millions d’euros de ces bons du Trésor coûtent au prêteur une somme assez faible : 100 euros. Certes le taux est négatif mais il est très faible. Ce qui n’enlève rien au fait que cela signifie que la france s’endette à taux préférentiels.


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