Tests économétriques de la fonction d’investissement

samedi 25 janvier 2014

Les tests économétriques des fonctions d’investissement sont très nombreux et ils montrent :
- le rôle privilégié du financement interne surtout en période de stagnation où l’accélérateur ne joue pas un rôle dynamique ; dans ce type de conjoncture, la rationalisation et la reconstitutions des marges d’autofinancement prennent le dessus
- l’interdépendance des décisions financières et réelles (contrairement aux conclusions de Modigliani-Miller), la FBCF étant un moyen parmi d’autres d’utiliser la marge d’autofinancement, il n’est pas toujours celui qui est retenu (l’entreprise peut préférer distribuer des dividendes, se désendetter, constituer des réserves, faire des placements spéculatifs, choisir la croissance externe..).

- Dans le rapport sur les comptes de la Nation pour 1993, l’INSEE proposait une mise au point sur les déterminants de l’investissement productif. La discussion porte sur l’équation retenue dans le modèle Amadeus de l’INSEE

Dans cette équation I est l’investissement total en volume, K est le stock de capital productif, Q est la valeur ajoutée, TU le taux d’utilisation prenant soit la valeur historique moyenne soit sa valeur annuelle (t indique la date pour toutes les variables). Ce modèle est valable pour la période 1975-1991 mais il n’explique qu’en partie la baisse des investissements de 1990 à 1993. Sur cette dernière période la contribution du taux de profit apparaît négligeable. Les résultats sont nettement améliorés lorsqu’on peut distinguer les investissements de capacité des investissements de modernisation. Ces derniers apparaissent plus sensibles aux considérations de profitabilité.

Le modèle MIMOSA (Modèle intégré mondial pour la simulation et pour l’analyse) développé par les chercheurs de l’OFCE et du CEPII de 1986 à 1990 a fait l’objet de plusieurs réestimation. Celle de 1996 tient compte des résultats des observations faites sur la période la plus récente [1]. Le modèle couvre dix-huit zones et traite de manière complète 6 grands pays (États-Unis, Japon, Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni). Les modèles des grands pays sont décomposés en quatre secteurs institutionnels et cinq branches (sauf pour le Japon et les États-Unis qui comportent seulement 3 branches). Pour la branche des industries manufacturières, la modélisation de l’investissement productif est complétée par une estimation de la capacité de production. La demande d’équipements productifs est déduite de la maximisation intertemporelle du profit d’une entreprise représentative sous la contrainte de débouchés. La fonction de production retenue est “putty-clay” (substitution entre facteurs avant production complémentarité pendant la production). Cela veut dire que l’entreprise choisit la technique de production (donc son coefficient marginal de capital) pour satisfaire la demande à moindre coût. Ce calcul d’optimation permet de déterminer le coefficient marginal de capital optimal noté k. L’investissement I, dépend du coefficient de capital, d’un mécanisme du type accélérateur liant la formation de capital et le niveau de la production demandée, du rythme de déclassement du matériel usé, et du profit réel.

La fonction s’écrit alors de la manière suivante :

Le mécanisme accélérateur fait intervenir des coefficients de retard notés a, le déclassement se fait au taux d, et le profit réel PROR intervient comme un facteur additionnel. Le coefficient de capital optimal “k” dépend du taux de croissance du progrès technique t, du coût salarial w, du coût d’usage du capital c, et de b l’élasticité de l’investissement par rapport au coût relatif des facteurs.

La fonction d’investissement est en deux parties additives :
- un effet accélérateur
- un effet profit.
Les estimations statistiques montrent que les fonctions sont assez différentes d’un pays à l’autre.

Investissements en équipements de la branche industrie.

L’effet d’accélération domine généralement l’effet de profit, mais ce dernier joue un rôle très important en France à court terme, alors que son rôle est nul aux États-Unis, en Allemagne et au Royaume-Uni. La sensibilité aux prix relatifs du travail et du capital est forte aux États-Unis et au Royaume-Uni, elle est nulle en France et en Allemagne. Cela veut dire que dans ces deux derniers pays, les entreprises ne modifient pas leur technique de production en fonction du coût relatif capital / travail (la fonction de production est du type “clay-clay” c’est à dire sans substitution).

Les deux exemples retenus ici montrent clairement la difficulté d’exprimer l’investissement à partir des indications les plus souvent évoquées par la théorie économique . Ils montrent cependant aussi, et c’est essentiel, que les deux mécanismes de l’accélérateur et du profit expliquent largement les comportements des entreprises même si les logiques dominantes peuvent s’inverser d’une économie à l’autre. Cela renvoie bien entendu aux différentes de structures, et ces dernières sont assez fortes pour qu’il soit possible de parler de différences de systèmes. En dépit des discours annonçant la mondialisation et la globalisation d’un capital qui ne connaît plus de frontières, le capitalisme industriel de la France n’est pas le capitalisme industriel des États-Unis.

Pour conclure le graphique suivant montre les résultats d’une estimation économétrique récente pour la France (sociétés non financières et entreprises individuelles).

source : rapport économique social et financier pour la loi de finances pour 2008

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Fonction d’investissement INSEE

Dans sa note de conjoncture de décembre 2013, l’INSEE tente de répondre à la question : En France, l’investissement des entreprises repartira-t-il en 2014 ?.
Dans cet article un encadré présente la fonction d’investissement utilisée pour cette étude. Cet encadré est en fichier joint ci-contre.
La comparaison des résultas observés et ceux qui sont obtenus avec cette fonction sont assez proches.

Investissements hors construction (bases 100 en 1990)

Sources : Insee, Banque de France]

[1Observations et diagnostics économiques, revue de l’OFCE, n° 58 juillet 1996