Vérifications empiriques des modèles de spécialisation internationale

samedi 7 septembre 2013

Le modèle ricardien a fait l’objet dans les années 50 et 60 de différents tests qui de façon générale ont donné des résultats mitigés.
Dans deux articles publiés au début des années 1950, Wassily Leontef a produit une "vérification" du modèle HOS qui a donné naissance à une discussion connue comme [*le paradoxe de Leontief*].
Mesurant les quantités de facteurs (capital et travail) utilisées pour produire 1 unité de chaque exportation américaine. fait le même calcul pour la même démarche pour les importations. Puisque les États-Unis, étaient relativement intensif en capital (beaucoup de capital par travailleur), on s’attendait à ce que les Etats-Unis apparaissent exportateurs nets de biens et/ou de services riches en facteur capital mais c’est le résultat inverse qui est établi !
Pour résoudre ce paradoxe qui invalidait la théorie de la spécialisation sur la base des dotations factorielles, plusieurs explications ont été avancées. Le plus connue est celle de Peter Kenen (1965 ) : selon lui, Leontief a omis de prendre en compte [*le capital humain*] présent dans la qualification du travail. Une heure de travail d’ouvrier ne peut pas être traitée comme une heure de travail d’ingénieur ou de chercheur. L’éducation, la formation et l’apprentissage par la pratique - learning by doing - permettent de constituer un capital humain qui peut être comme le capital matériel, accumulé. Dans ces conditions si on ajoute le capital humain au capital physique, les exportations américaines sont relativement plus intensives en capital que les importations, et le paradoxe de Léontief disparait. En fait, les États-Unis exportent des biens et/ou des services nécessitant du travail hautement qualifié ou des compétences particulières dont ne disposent pas (ou moins) les partenaires économiques des États-Unis.
Pour l’explication néo-factorielle reposant sur le cycle de vie du produit et présentée par Robert Vernon ce dernier avait pris la précaution d’indiquer que selon lui son explication ne vaut que dans un contexte particulier : celui des firmes américaines sur la période allant de 1945 à la fin des années soixante. Après cette période, le rattrapage européen rend le schéma inadapté. Il reste que ce modèle peut être repris et étendu à d’autres pays en prenant en compte les innovations comme principe explicatif des échanges internationaux. Comme il est difficile de mesurer les innovations (?) il faut se tourner vers ce qui peut les expliquer en retenant la part des dépenses de recherche-développement dans le chiffre d‘affaires des firmes ou du secteur. On devrait alors vérifier que le commerce international doit être plus intense dans les industries où la recherche-développement est relativement importante que dans celles où elle est plus faible. Une telle proposition a été vérifiée pour différents pays autres que les Etats-Unis (Japon, Royaume-Uni, etc) et différents secteurs (électronique, biens de consommation durable, pétrochimie, etc). On a ainsi montré que ce type d’explication permet de comprendre le dynamisme des échanges mondiaux pour les produits des industries électromécaniques, chimiques : ce sont globalement des secteurs où les dépenses de recherche-développement sont importantes. Cependant, une part significative du commerce international ne s’explique pas par l’innovation. Par exemple, les produits intermédiaires. Enfin, l’approche technologique n’offre pas d’explication, notamment dans les cas de déséquilibres commerciaux nationaux persistants et de coexistence dans de nombreuses branches d’importations et d’exportations similaires (échanges croisés de produits similaires ou échanges intra-branche).

Dans un article récent Henri Bourguignat « Le libre-échange : un paradigme en situation d’inconfort ? » [1] revient sur la discussion ouverte par P.A. Samuelson montrant que le principe des coûts comparatifs de Ricardo-Mill se heurte à certaines difficultés si, dans le cas de deux pays comme la Chine et les États-Unis, le premier rattrape rapidement son retard technique dans ce qui était à l’origine le bien de spécialisation du second. La nouvelle théorie de l’échange international (économies d’échelle et différenciation de la demande) elle même, n’échappe pas au questionnement lié à la globalisation.

[1Revue d’économie politique, 2005/5 Vol. 115, p. 531-543. Disponible à cette adresse. Lecture facile et recommandée


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