Les objectifs de la politique économique conjoncturelle

lundi 10 mars 2014

Gouverner, c’est choisir. Dans une démocratie, les pouvoirs publics sont au service des intérêts exprimés par les citoyens à l’occasion des élections. Le pouvoir politique s’efforce normalement d’agir conformément à cette expression en transformant les souhaits individuels en projet collectif.
Les économistes disent que les gouvernants construisent une fonction collective de bien-être ("fonction de Welfare") [1].
Les objectifs de politique économique sont des variables endogènes (déterminées par le fonctionnement de l’économie) ayant une influence directe sur le bien-être de la collectivité.
Il s’agit le plus souvent d’assurer la croissance économique la plus rapide possible compte tenu des contraintes légales. Depuis une vingtaine d’années les préoccupations écologiques sont aussi prises en compte et on parle de développement durable. La rapidité de la croissance compatible avec le développement durable, ne doit pas mettre en cause certains équilibres jugés fondamentaux : il faut que la population active soit employée avec un taux d’emploi élevé et un taux de chômage faible, il faut aussi que le niveau des prix n’augmente pas trop vite.
Dans le cadre d’une Union régionale, il arrive que les objectifs soient fixés en commun. C’était le cas pour l’Union européenne avec la "stratégie de Lisbonne" aujourd’hui transformée en "stratégie Europe 2020".
La poursuite de ces grands objectifs - qui ont le caractère d’objectif final - passe souvent par la détermination d’objectifs intermédiaires comme le taux d’intérêt, la croissance de la masse monétaire, l’effort de recherche et développement, la compétitivité des entreprises, le taux d’investissement ou d’épargne...
Il est parfois difficile de distinguer entre ces objectifs intermédiaires et les instruments de la politique économique.
Par instruments il faut entendre les variables d’action des pouvoirs publics. Ainsi, par exemple en économie ouverte, le solde de la balance des opérations courantes avec l’étranger occupe une place importante sans qu’il soit facile de dire s’il s’agit d’un objectif final ou intermédiaire ou d’un instrument.

En 1960, l’économiste britannique Nicholas Kaldor a imaginé de représenter par une figure géométrique simple l’objectif de croissance équilibrée.
Cette représentation initialement destinée à facilité la présentation des "performances" des économies de l’OCDE a connu un vif succès et elle est désignée par l’expression de “carré magique” pour souligner combien la réalisation simultanée des 4 objectifs est improbable.
Le diagramme comporte 4 axes permettant de suivre 4 objectifs.
La croissance du PIB (axe gradué de manière croissante de 0 à x % pour faire apparaître une amélioration des performances - pour tenir compte des conjonctures actuelles il faut graduer l’axe à partir d’une valeur négative puisque la “croissance” du PIB est parfois négative) ; le taux de chômage (axe gradué en valeurs décroissantes, par exemple de 15 à 0 %, si on pense que 15% est la valeur maximum du taux de chômage) ; le taux d’inflation est gradué de la même manière (de 15 à 0 % et même des valeurs négatives si les économies considérées connaissent une déflation) ; le solde des échanges extérieurs rapporté au PIB (l’axe est gradué de - 3 ou 4 % pour aller jusqu’à + 3 ou 4 % ce qui revient à considérer qu’un excédent est une performance recherchée).

En réalité les représentations possibles sont nombreuses et il est essentiel de repérer la manière dont les axes sont graduées. La méthode la plus simple pour éviter les erreurs d’interprétation est de choisir une même forme de représentation en graduant les axes depuis le centre sauf pour les échanges extérieurs et en allant du pire au meilleur.

Les objectifs

**Le plein emploi

Par "plein emploi" il faut entendre le taux de chômage le plus faible possible, parce que le taux de chômage ne peut pas être nul.
Il y a en permanence des destructions et des créations d’emplois et le passage des uns aux autres n’est ni automatique ni immédiat. Les structures de l’appareil productif et les institutions qui organisenet le fonctionnement du marché du travail se traduisent par des rigidités plus ou moins importantes qui expliquent la présence permanente de décalages entre l’offre et la demande de travail.
Le taux de chômage incompressible est souvent désigné comme "taux de chômage structurel".

[(Chercher le plein emploi c’est rapprocher le taux de chômage effectif du taux de chômage structurel et essayer de réduire ce dernier autant qu’il est possible de le faire. )]

L’objectif de plein-emploi est socialement reconnu et certains responsables politiques ont parfois évoqué la possibilité d’inscrire le “droit au travail” dans une nouvelle déclaration des droits de l’homme (préambule de la Constitution de 1946).
Dès 1945, dans la Charte des Nations Unies, les États membres se sont engagés à agir, ensemble et individuellement, en vue de réaliser le plein emploi dans leurs économies respectives.
En 1992 le Traité de Maastricht en son article 2, donnait pour mission à la Communauté européenne de « promouvoir […] un niveau d’emploi élevé ».
Le Federal Reserve Act, modifié en octobre 1978, définit ainsi la mission de la Banque de réserve fédérale (FED) des États-Unis d’Amérique : « Maintenir en moyenne une croissance des agrégats monétaires et de la quantité de crédit compatible avec le potentiel de croissance de la production, de manière à tendre vers les objectifs suivants : un taux d’emploi maximum, des prix stables et des taux d’intérêt à long terme peu élevés. »
Si l’objectif de plein emploi est affiché par tous les gouvernements c’est pour des raisons sociales (prendre en compte le sort de ceux qui veulent travailler) et économiques (ne pas utiliser tout le travail disponible c’est du gaspillage et une perte de bien être collectif).

Nombre de demandeurs d’emplois France métropolitaine.

Source : DARES

**La stabilité des prix

Stabiliser les prix c’est éviter l’inflation et éventuellement la déflation.
Si cet objectif a longtemps été moins surveillé que le plein emploi c’est parce qu’en économie fermée, l’inflation n’a pas toutes les implications observables en économie ouverte. La compétition internationale impose de réduire l’écart d’inflation avec les principaux partenaires commerciaux pour éviter de perdre des parts de marché.
Au plan interne l’inflation ne touche pas les différentes composantes de la population de la même manière : les titulaires de revenus fixes (les rentiers) et plus généralement les prêteurs, sont affectés négativement, en revanche ceux qui peuvent indexer les revenus sur les prix et les emprunteurs tirent souvent un avantage de l’inflation car « l’inflation mange les dettes ».
Certains voient dans cette différence de situation la source de préférences politiquement affichées - la droite serait toujours pour la lutte contre l’inflation - la gauche y verrait davantage une contrainte à prendre en compte l’objectif prioritaire étant la lutte contre le chômage.

[(La construction de l’Union économique et monétaire a fait de la lutte contre l’inflation le seul objectif assigné en permanence à la Banque centrale européenne. )]

L’objectif macroéconomique en matière d’inflation se formule, et se mesure, dans les termes d’une valeur-cible de l’indice général des prix, exprimée en pourcentage de hausse annuelle de celui-ci. Dans le cas de la zone euro, la cible est fixé à 2%, ainsi lorsque le taux d’inflation observé se rapproche de ce seuil, la BCE doit prendre des mesures de politique monétaire pour réduire la croissance de la masse monétaire afin de ne pas alimenter les tensions inflationnistes.

Taux d’inflation France (indice des prix à la consommation)

Source : INSEE

**Les équilibres

1) L’équilibre des transactions courantes.

Les relations économiques entre résidents et non résidents influencent l’équilibre macroéconomique. Le solde des transactions courantes se traduit par des entrées ou des sorties de devises. Ces mouvements affectent les réserves de change et la formation du taux de change. Lorsque la valeur des importations dépasse celle des exportations (déficit commercial) la monnaie nationale est moins demandée et son prix (en monnaie étrangère), que les économistes appellent son taux de change, va baisser. Cela rend plus coûteuses les importations si elles sont payées en monnaie étrangère et à l’inverse cela réduit la recette tirée des exportations. Les résultats des résidents qui échangent avec des non résidents se détériorent.

2) L’équilibre des finances publiques.

S’il est absurde de penser qu’un gouvernement prélève durablement plus qu’il ne dépense, un déficit budgétaire durable et important devient un handicap.
Comme il faut bien financer le déficit les gouvernements concernés doivent emprunter ce qui signifie qu’ils doivent payer des intérêts.
On montre [Voir cet article] que si le taux de croissance du PIB est inférieur au taux d’intérêt, la dette publique augmente mécaniquement (inversement, si le taux d’intérêt est inférieur au taux de croissance du PIB, la dette diminue automatiquement). Les critères du traité de Maastricht et du traité d’Amsterdam imposent aux gouvernements de la zone euro de respecter des seuils fixés pour l’ensemble des administrations publiques respectivement à 3% pour le rapport du déficit public au PIB et 60% pour le rapport de la dette publique au PIB.

**La croissance

Parce que la croissance économique mesure l’augmentation durable du PIB par habitant elle est la condition de l’amélioration du niveau de vie si les prix augmente moins vite que le PIB.

[(Ainsi c’est la croissance du PIB réel (le pouvoir d’achat du PIB) qui est recherchée. Un niveau de vie plus élevé élargit les choix des consommateurs et autorise des modifications du mode de vie.)]

Un survol rapide des sources de la croissance montre que l’intervention publique peut contribuer à en augmenter le rythme.
Pour produire plus il faut utiliser plus de travail et plus de capital, on parle dans ce cas de croissance extensive. Les pouvoirs publics peuvent influencer la quantité et la qualité du travail disponible en modifiant la législation sur le temps de travail. Ils peuvent former directement du capital (investissements publics) et soutenir l’investissement des entreprises (taux d’intérêt faibles, subventions...)
Une autre manière d’augmenter la production consiste à améliorer l’efficacité du travail et du capital, on parle alors de croissance intensive (agir sur la productivité du travail et du capital). Les gouvernements peuvent conduire des politiques de formation, soutenir les dépenses de recherche développement, et l’innovation.
Toutes les études récentes montrent l’influence déterminante des investissements publics (éducation et infrastructure), des investissements privés en particulier en technologie de l’information et de la communication (TIC), des structures favorisant la mobilisation de l’épargne et de la stabilité des prix. Voir l’article consacré aux théories de la croissance endogène
Mais il s’agit des déterminants structurels de la croissance.
Les pouvoirs publics peuvent aussi souhaiter agir sur les évolutions conjoncturelles en pratiquant des politiques de relance en cas de récession ou de stabilisation quand l’inflation devient excessive.

Les conflits d’objectifs

Si la représentation graphique des quatre objectifs - croissance du PIB, faible taux de chômage, faible taux d’inflation et équilibre extérieur est un "carré magique" c’est parce que ces objectifs sont souvent en conflit.
Une période d’expansion forte est généralement inflationniste et le chômage est faible, inversement une période de récession est caractérisée par un taux de chômage important et normalement par une faible inflation. Il est arrivé cependant que la conjoncture se traduise par une combinaison d’un taux d’inflation élevé et d’un taux de chômage lui aussi important : on parle alors de stagflation.

**Croissance et emploi

La liaison est d’abord arithmétique puisque la production peut être calculée comme le produit du nombre d’heures de travail employé et de la productivité horaire.
Si en une heure de travail la production réalisée vaut 10 euros et que le volume de travail employé représente 100 heures, alors la production vaut 1000 euros.
Toutes choses égales par ailleurs (productivité horaire et durée du travail inchangées) une croissance du PIB de 2% entraîne une augmentation de l’effectif employé équivalente soit 2%. En réalité le lien n’est pas aussi simple parce que la productivité du travail dépend de l’intensité du travail et que celle-ci varie avec la croissance de la production. Il y a un cycle de la productivité. Quand le taux de croissance du PIB diminue, les entreprises n’ajustent pas immédiatement les effectifs, elles font varier la durée du travail et l’intensité du travail, la productivité par travailleur diminue. Inversement en situation de reprise, les entreprises n’augmentent pas immédiatement l’emploi. Das un premier temps elles utilisent les employés plus longtemps et plus intensément, la productivité par travailleur augmente. Il y a ainsi un décalage temporel entre l’évolution de la production et celle de l’emploi.
Si pour répondre à une variation de la demande de produits les entreprises peuvent faire varier l’emploi, elles peuvent aussi choisir d’utiliser plus de capital. Parce que à court terme le prix du capital et sa productivité ne changent pas beaucoup, et que la substitution du capital au travail dépend des prix réels relatifs (le salaire et le prix des équipements sont corrigés par les productivités) des deux facteurs de production, les évolutions du salaire nominal, du niveau général des prix (inflation) et de la productivité du travail viennent perturber la relation entre production et emploi.
Il ne suffit pas que la production augmente pour que l’emploi augmente.
Enfin, la mondialisation de la production se traduit souvent par des délocalisations qui affaiblissent davantage le lien entre croissance du PIB et emplois (sur le territoire national).

Un schéma et des graphiques pour illustrer

Relation entre les taux de croissance du PIB (en volume), de la productivité horaire du travail et de l’emploi.

Source : INSEE comptes nationaux annuels pour la France.



L’évolution de l’emploi ne détermine pas directement celle du chômage.

Le chômage est la différence entre le nombre d’emplois et la population active (ceux qui ont un emploi et ceux qui en cherchent un).
L’emploi c’est la demande de travail adressée par les entreprises au marché du travail sur lequel se présentent les actifs qui font une offre de travail. C’est pour cette raison qu’il y a un "marché du travail" [2].
La population active n’est pas entièrement exogène, son évolution dépend aussi de la conjoncture. Lorsque le chômage est très important certains travailleurs sont découragés et se retirent du marché du travail, l’activité diminue ce qui réduit d’autant le chômage mesuré ; on parle alors de flexion de l’activité. Quand la croissance devient plus forte, ces travailleurs découragés reviennent sur le marché du travail, le taux d’activité augmente, et le chômage ne diminue pas autant qu’il le devrait.
Un emploi en plus ce n’est pas forcément un chômeur en moins.

**Croissance et inflation

L’inflation c’est l’augmentation auto-entretenue du niveau générale des prix.
La destruction créatrice (apparition et disparition d’activités productive) qui résulte des innovations (de produit, de procédé ou organisationnelle) bouleverse le système des prix. Tous les prix sont instables puisqu’ils traduisent les tensions entre offres et demandes des biens et des services.
En plus de cette déformation du système de prix, l’observation montre que le niveau général des prix calculé comme un indice pondéré de l’ensemble des prix évolue lui aussi. Ainsi depuis la seconde guerre mondiale l’indice des prix augmente chaque année, plus ou moins, sauf dans les périodes de récession fortes (celles-ci ont été très rares).
Il y a donc un lien positif entre croissance du PIB et taux d’inflation.
- La croissance économique peut faire naître des tensions sur l’utilisation des ressources productives, le travail bien sûr mais aussi les matières premières et l’énergie. Ces tensions induisent l’augmentation du salaire nominal et des prix des produits de base. Pour les salaires nominaux il faut ajouter qu’en période de croissance le chômage est faible et les salariés sont en position de force pour négocier les augmentations. On parle alors d’inflation par les coûts.
- Mais la croissance économique peut aussi être à l’origine d’une inflation par la demande. La croissance de la production c’est aussi la croissance des revenus et cela autorise une augmentation de la demande de produits. Cette dernière peut aussi être alimentée par le canal du crédit (création de monnaie par les banques). Si l’offre réagit avec retard parce toutes les capacités de production sont employées les prix des produits vont augmenter.

[(Il est essentiel de comprendre que si la demande et les coûts peuvent être des sources d’inflation, la condition nécessaire pour que l’inflation se manifeste est l’augmentation de la quantité de monnaie en circulation (la masse monétaire).)]

**Inflation et chômage

C’est à la fin des années 1950 que Nicholas Kaldor choisit de représenter les performances économiques par le "carré magique" et qu’il présente ce qu’il appelle "les six faits stylisés de la croissance" [3].

Les faits stylisés

En 1957 afin de désigner certains faits "typiques" de l’économie, qui peuvent être significatifs sans pouvoir être chiffrés rigoureusement, Nicholas Kaldor emploie l’expression de "faits stylisés". Ces derniers portent sur des grandeurs macro-économiques (des agrégats).
Il repère 6 faits stylisés :
1) la productivité des travailleurs augmente de façon continue
2) le capital par tête augmente de façon continue
3), la rentabilité du capital est stable au cours du temps
4) le ratio entre le capital et la production est stable au cours du temps
5), le travail et le capital reçoivent chacun une part du revenu total qui est stable au cours du temps
6) il existe d’importantes différences de taux de croissance de la productivité et du revenu par habitant entre pays.

En 1989 Paul Romer reprend ces faits stylisés en 1989, et en ajoute 5 nouveaux :
1) le taux de croissance moyen n’est pas fonction du revenu par tête
2) la croissance de la population est corrélée négativement avec le niveau de revenu par tête
3) la croissance du commerce international est positivement corrélée à celle de la production
4) la croissance du capital n’est pas suffisante pour expliquer la hausse de la production
5) les travailleurs qualifiés ou non tendent à migrer vers les économies les plus riches (là où la dotation en progrès technique et la rémunération du travail sont les plus fortes)
En 2009, le même Paul Romer fait le point avec Charles Jones. D’après les auteurs, les six nouveaux faits stylisés identifiés soulignent l’importance de quatre variables :
1) les idées,
2) les institutions,
3) la population,
4) le capital humain.
On retrouve les facteurs impliqués dans les théories de la croissance endogène développées entre autres par ces deux auteurs.



L’observation des fluctuations du taux de croissance permet de vérifier que le taux de chômage diminue et l’indice des prix augmente quand la croissance économique s’accélère (expansion) et inversement, le ralentissement de la croissance économique s’accompagne d’une augmentation du taux de chômage et d’une réduction de l’inflation.
Au début des années 1960 la "courbe de Phillips" établit une relation statistique négative entre le taux de croissance du salaire nominal et le taux de chômage. Quand le chômage est faible, les salaires nominaux augmentent rapidement et inversement, un chômage élevé ralentit l’augmentation des salaires nominaux. La relation est vite transformée en remplaçant la croissance des salaires nominaux par celle des prix. La courbe de Phillips devient une relation "inflation-chômage" pouvant être interprétée comme un arbitrage : plus de chômage pour avoir moins d’inflation ou plus d’inflation pour avoir moins de chômage. Cette relation a joué un rôle très important dans la définition des politiques ce qui justifie la présentation détaillée faite dans cet article

[(La politique économique conjoncturelle devient simple puisqu’il faut choisir entre deux objectifs : la croissance inflationniste assurant le plein emploi et la stabilité des prix avec une croissance insuffisante pour garantir le plein emploi. )]

Les gouvernements pouvaient alors mener des politiques de stabilisation (stop) et des politiques de relance (go). Parce que la relation inflation-chômage donne des arguments aux défenseurs du rôle de l’Etat comme pilote de l’économie elle a été particulièrement discutée.

[(Si tous les économistes sont d’accord pour dire qu’à long terme il n’y a pas de relation de Phillips (le niveau de production de plein emploi ne dépend ni du niveau des prix ni de sa variation) en revanche pour le court terme la question n’est pas tranchée.)]

**Croissance potentielle et chômage d’équilibre

Puisque la croissance économique est rendue possible par l’augmentation des effectifs, du stock de capital et de la productivité du travail et du capital, il existe un taux de croissance pouvant être déduit par le calcul à partir de l’évolution des effectifs (corrigés de la durée du travail), des investissements (corrigés par le degré d’utilisation des équipements) et des productivités.
Cette croissance théorique est la croissance potentielle.

Il est possible de dégager statistiquement la tendance de l’évolution du PIB. Cette croissance tendancielle est assimilable à la croissance potentielle. Bien entendu, le PIB effectif s’écarte du PIB potentiel sous l’effet des chocs de demande et d’offre subit par l’économie. L’écart entre croissance potentielle et croissance effective est la composante conjoncturelle de la croissance.
Pour illustrer voici deux estimations de l’écart de production (output-gap) qui sépare la croissance effective et la croissance potentielle et pour en savoir plus sur cette notion de croissance potentielle et son utilisation pour expliquer le chômage voir cet article

Écart de production de l’économie française

Source : L’économie française - 2004-2005, INSEE

France depuis 1975

Source : données des Perspectives économiques de l’OCDE, écart entre croissance effective et croissance potentielle (output-gap)

Le fonctionnement de l’économie entraîne en permanence des créations et des disparitions d’entreprises donc d’emplois ce qui entraine un chômage frictionnel qui correspond à un "chômage de plein-emploi" (pour la France ce taux de chômage incompressible est proche de 7%). Pour comprendre le rôle des flux d’emplois et de main d’œuvre voir cet article
L’écart entre le taux de chômage effectif et le taux de chômage frictionnel, est un chômage sur lequel il est possible d’agir. Il contient deux composantes : une partie cyclique dépendant de la conjoncture et une partie relativement stable. Le chômage conjoncturel s’ajoute ainsi au chômage structurel.
Le taux de chômage structurel est le taux de chômage qui existerait en l’absence de chocs conjoncturels (dans ce cas il contient le taux de chômage frictionnel). Il est directement lié au taux de croissance du PIB potentiel ou tendanciel.
C’est ici qu’interviennent les distinctions entre taux de chômage structurel, taux de chômage naturel et taux de chômage d’équilibre présentées dans cet article et résumées par ce schéma.

**Croissance et équilibre des transactions courantes.

La politique économique dans un pays qui participe à un système de change fixe [4] peut se heurter à une contrainte extérieure présentée dans cet article.
C’est le cas lorsque la croissance économique s’accompagne d’une augmentation des importations qui n’est pas compensée par celle des exportations. cela correspond à une spécialisation de l’appareil productif qui n’est pas bien adaptée à la demande intérieure (il faut importer pour satisfaire cette demande) ou/et à la demande extérieure. Comme le creusement du déficit des transactions courantes se traduit par des sorties de devises, le gouvernement doit défendre le niveau du taux de change en procédant à des ventes de devises contre sa monnaie. Quand cela n’est plus possible parce que les réserves de change sont épuisées, il faut procéder à une dévaluation et adopter un nouveau taux de change.
En acceptant de participer au Système Monétaire Européen la France s’est imposée l’obligation de défendre la valeur du franc relativement aux autres monnaies du système en particulier le mark allemand. L’expérience de la politique de relance conduite en 1981 a montré qu’une augmentation importante de la demande des ménages soutenue par une augmentation des dépenses publiques entrainaient une nette dégradation du solde extérieur.
Par ailleurs, quand les capitaux peuvent circuler librement d’un pays à l’autre, ce qui est le cas pour la France depuis l’abandon du contrôle des changes [5] il est impossible de conduire à la fois une politique monétaire "autonome" et une politique de change fixe [6].
On doit à Robert Mundell une représentation schématique de ce triangle d’incompatibilité.

[1Cette fonction peut-elle être construite par une procédure démocratique à partir de l’expression des préférences individuelles ?
Le “paradoxe du vote” mis en évidence par Condorcet en 1785 montre qu’il existe des situations dans lesquelles la transitivité des choix individuels ne conduit pas forcément à un choix collectif transitif (la transitivité impose que si A est préféré à B et B préféré à C alors A est préféré à C). L’économiste américain Kenneth Arrow dans un ouvrage célèbre publié en 1951 Social choice and individual values, reprend cette approche et établit le "théorème d’impossibilité" suivant lequel il n’existe pas de procédure démocratique validant le passage des choix individuels à une décision collective.
Les deux seuls cas dans lesquels le passage respecte les conditions logiques élémentaires sont l’unanimité des votants et la dictature du décideur.
La fonction de préférence collective est donc fatalement en partie discrétionnaire. Elle reflète les poids respectifs que les décideurs accordent aux différentes composantes de l’opinion publique.
La vie politique peut alors être analysée comme un marché. Les citoyens "demandeurs" expriment leurs préférences en tenant compte de la contrainte qu’ils devront subir en contrepartie. Ils font jouer la concurrence entre les offreurs de politiques publiques. Ces derniers poursuivent des objectifs relevant de la probabilité de réélection et des avantages financiers, de pouvoir ou d’image, mais aussi de convictions personnelles et du sens du service de l’Etat (le dosage varie d’un responsable à l’autre). Pour en savoir plus voir cet article.

[2Il faut cependant comprendre que c’est une métaphore car il y a en fait des marchés du travail (par métier et qualification, local, régional, national, et suivant le type de contrat...).

[3Il s’agit de caractéristiques observées à long terme, le carré magique décrivant les relations de court terme.

[4Voir cet article.

[5Le contrôle des changes rétabli par un décret de 1968 sera suspendu en 1984 et définitivement supprimé en 1989.

[6Un pays qui déciderait une relance autonome en baissant les taux d’intérêt verrait immédiatement les capitaux placés dans sa devise se porter sur d’autres monnaies offrant une meilleure rémunération. Sur le marché des changes, il en résulterait des ventes massives de sa devise et donc une dépréciation qui finirait par rendre impossible son maintien dans la bande de fluctuation autorisée par l’appartenance au régime de changes fixes. En revanche, l’abandon d’une des trois conditions permet la poursuite des deux autres : en changes fixes, il est possible de conduire une politique monétaire autonome (baisse ou hausse des taux d’intérêt par rapport à ceux des partenaires) à condition que le contrôle des changes empêche les mouvements de capitaux (respectivement sorties ou entrées) qui inévitablement en découlent.
Si au contraire, dans ce même contexte de changes fixes le contrôle des changes est levé, il faut renoncer à toute politique monétaire autonome.
Enfin, un gouvernement peut mener la politique monétaire de son choix en l’absence de contrôle des changes s’il abandonne tout objectif de change fixe. Par exemple, une relance monétaire favorise les sorties de capitaux mais la dépréciation du taux de change qui en résulte n’est plus considérée comme problématique puisque le taux de change est décidé par les seules forces du marché.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 12976 / 1308956

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Économie générale  Suivre la vie du site L’État et les politiques économiques  Suivre la vie du site Cours   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP + AHUNTSIC

Creative Commons License